LIVRE ONZIÈME us
qui épouvante les poissons et soulève le fond de la mer. Ainsi il fait monter du fond des cœurs troublés comme un limon impur le mensonge, la déloyauté, la trahison avec lesquelles on pense s'élever et s'affermir. Par là on fait périr la vérité, et l'honnête homme qui veut la dire, perd son droit. »
Ce droit viril, Pierre Cardinal ne l'abdiqua jamais. Jamais il ne perdit la voix devant l'inquisition qui rendait muet l'univers. Mais oii vivait-il cet intrépide chanteur ? Évidemment ce n'est que caché dans les châteaux encore fidèles, ou dans les campements des faidits. Les chants murmurés dans les faubourgs ne pourraient être chantés à gorge déployée que dans les déserts. Pierre Cardinal n'est point cathare non plus que Figueyras dont on chantait encore l'immortel ïambe : Homa trichariz^ I Comme le satirique Toulousain, le cévenol est un libre penseur, un esprit indépendant, un grand citoyen. Sa dame, c'est la patrie romane, c'est la raison humaine, et il s'en est fait le chevalier fauve et sauvage. Faidit gigantesque de la poésie, il a fait de sa viole un carquois hérissé d'épigrammes étincelantes, et de son archet, un arc strident ou siffle toujours l'ïambe implacable et vengeur, et dans cet esprit de guerre, errant dans la forêt horrible des iniquités de son temps, embusqué dans les ruines vénérables de son pays, il guette au passage les tyrans et les dévastateurs, et il transperce d'outre en outre les clercs, les barons, les rois et les papes. Pierre Cardinal ne fut pas seulement un