UVRE ONZIÈME
firent construire une multitude de Villas-Francas, ou Françaises, de Villes-Neuves, de Chat eaux-Neufs, et de Bastides ou postes fortifiés. Ils emprisonnaient Tinsurrection cathare, comme un lion blessé, dans des lignes continues de camps rustiques pour l'achever dans son dernier repaire.
Montségur en ruines continuait d'être un sanctuaire mystérieux et vénéré. Le sire de Lé vis, campé dans son donjon, l'entoura d'un demi-cercle de fortifications, se déroulant à l'ouest, au nord et à l'est, Mont-Ferrier, Villeneuve-d'Olmès, Lavelanet, La Roca, Gastillon, la Bastide, Belestar et Barrinau. La montagne complétait le blocus au sud. Le cours de l'Ers et la plaine de Mirepois étaient contenus par les Bastides du Peyrat, de Boussignac, de Lordat, le château de la Garde, le bourg des Allemands, campement de Teutons venus au secours de Montfort, sans compter le hameau fortifié de Saint-Félix, surnommé de Tourne-Guette, parce que la vedette royale circulait toujours autour de ses murs. Le donjon de Lévis et la ville de Mirepois occupaient le centre de ce réseau fortifié qui se reliait à l'ouest aux châteaux de Mazères, de Saverdun et de Pamiers appartenant au comte de Foix. Le comte Roger imitait le comte Alphonse et le roi Louis. La vallée de l'Arize était gardée, vers sa source, par la Bastide de Séro ou de la Montagne, et vers son embouchure, par la Bastide de Bes- Plas, ou des belles plaines. C'étaient les avantpostes de l'Abbaye du Mas-d'Azil. La vallée de la Lèze, encore aujourd'hui plaine de Croiizets, était surveillée par la grande abbaye de Lezat, et la com-
m • LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION
manderie de Templiers de la Nougarède. Ces bastides, ces châteaux de la Garde et de la Gardelle, ces Villes Franques, disséminées dans le pays de Foix, le Lauragais, l'Albigeois, le Toulousain, le Rouergue, servent encore à reconstruire la géographie cathare, et signalent les cantons où se maintint le plus longtemps l'insurrection des faidits.
Le comte Alphonse fonda deux villes-franques. L'une au centre du Lauragais, l'autre dans la vallée de l'Aveyron en Rouergue. Villefranque de Lauragais était destinée à contenir ces anciens chefs-lieux du catharisme, Laurac, Fanjaus, le Mas-Saintes-Puelles, Avignonet, Montesquieu, Castelnaudari, Lavaur. Sa destipation est encore parfaitement démontrée par son vieux clocher de briques, plat, à six baies ogivales superposées trois et trois, et flanqué de deux tours rondes et percées d'archères. Dans la no6/tf«a//^a de l'Aveyron où pourtant il avait vingt châteaux superbes, Alphonse fit jeter les fondements de Villefranque de Rouergue. Mais cette forteresse était braquée moins contre les populations cathares des environs, que contre les évêques turbulents d'Albi et de Rhodez.
Vivien, évoque de Rhodez, troublait surtout le sommeil d'Alphonse. Gui de Sévérac nous a tracé le portrait de ce prélat; il l'a fait en langue française. Gui est le premier baron roman qui ait abandonné l'énergique et sonore dialecte de l'Aveyron pour l'aigre jargon de Paris. « Je , Guis, sire de Sévérac, fais saver à vos, sire, coms de Poitou et de Tolose, que Ve viens évêque de