LIVRE DOUZIÈME
fut en Europe François d'Assise, et l'Occident eut dans ce moine calabrais l'étonnant spectacle en pleine catholicité d'un gymnosophiste indien. Rome adopta François, mais en le modifiant comme Dominique. Il l'enchaîna au Saint-Siège, le soumit au joug pontifical, et tâcha de l'emprisonner dans les limites de la Bible et de l'Église romaine. Il se forma donc deux tribus franciscaines : l'une soumise, orthodoxe, théocratique ; et l'autre indépendante dans sa spiritualité vagabonde et tacitement ennemie de Rome. Vingt-cinq ans après la mort de son patriarche, Jean de Parme, général de l'ordre, réformait son institut, et remontait à la tradition originelle de François et de Joachim de Flore. Joachim était comme un prophète glorifié dans un lointain nébuleux * : il avait composé quelques traités mystiques sur l'Évangile éternel. 11 s'échappait à la fois et de l'Église et de l'Écriture. Jean de Parme proclama la supériorité de l'Évangile de Joachim sur l'Évangile de Jésus. De sorte qu'en un point ce catharisme monastique était plus hétérodoxe que le catharisme oriental qui du moins conservait le plus pur fragment de la Bible, l'évangile johannite, qui pour lui restait l'Évangile universel, éternel. L'albigisme gardait l'opinion de Grégoire de Nazianze :