LIVRE DOUZlÊîiiE
trois parties : l'Ancien Testament, le Nouveau Testament, etl'Évangile éternel. . . Trois grands hommes ontprésidé à l'inauguration de l'Ancien Testament, Abraham, Isaac et Jacob, le dernier accompagné des douze patriarches. Trois grands hommes ont présidé à l'avancement du Nouveau Testament, Zacharie, Jean-Baptiste et le Christ, accompagné de ses douze apôtres. De même trois grands hommes présideront à la fondation du troisième état, qui est cel ui des moines : l'homme vêtu de lin (Joachim) ; l'ange portant la faulx aiguisée (Dominique) et l'ange portant le signe du Dieu vivant (François d'Assise), par lequel Dieu a renouvelé la vie apostolique, et qui a eu douze apôtres comme le Christ. L'an 1200 a été ainsi l'année de l'avènement des hommes nouveaux, l'année où l'Évangile du Christ a perdu sa valeur. La doctrine de Joachim abrège l'Ancien et le Nouveau Testament. L'Évangile du Christ n'a pas été le véritable Évangile du royaume ; il n'a pas su bâtir la véritable Église. Il n'a conduit personne à la perfection. Le règne appartient maintenant à l'Évangile étemel... Les prédicateurs de ce nouvel Évangile seront supérieurs à ceux de la primitive Église. A l'approche du jour solennel, ceux qui président à l'ordre des moines devront se détacher de plus en plus du siècle... Le triomphe de l'ordre des moines s'effectuera par un homme... qui sera préféré à tous les autres en dignité et en gloire, le triomphe sera précédé du règne de l'abomination, c'est-à-dire du règne d'un Pape simoniaque qui occupera le siège pontifical vers la fin du sixième âge du monde. Cette tribulation, disait
frère Gérard.... aura lieu vers Fan 1260. Alors paraîtra rAnte-Ghrist*. »
Ainsi le nouveau catharisme mettait au-dessus de l'Évangile, TÉvangile de Joachim, et au-dessus de Jésus, François d'Assise, le vice-Ghrist. A François, ils associaient Dominique, Vange à la faulx aiguisée. Les deux apôtres s'étaient embrassés à Rome, disaient les catholiques. Baiser de mensonge I Gar le tragique Gastillan est déjà assis à son tribunal sur le Gapitole, pour juger son frère détesté, le candide Napolitain. L'Évangile éternel parut à Paris, vers 1254, comme saint Louis revenait de la croisade. Le roi qui voyait dans ces mystiques de nouveaux Albigeois, les fit combattre sans doute, par son grand théologien Thomas d'Aquin, et par le chef de l'Université, Guillaume de Saint-Amour 2. L'évêque de Paris déféra l'Évangile éternel au pape Alexandre IV. Un chapitre général se tint à VAra Cœli^ {féy. 1256), Jean de Parme y fut condamné comme joachimite. Il dut abdiquer le généralat franciscain. Son successeur fut Bonaventure, mystique orthodoxe. Jean fut exilé au couvent de la Greccia, près de Rieti. Mais ses deux disciples chéris, Gérard et Léonard, furent condamnés au supplice cathare, au pain de la tribulation et à l'eau de l'angoisse. Ils furent immurés. Gérard mourut dans son cachot. On le priva de la sépulture : son corps fut jeté dans la fosse aux ordures comme le cadavre d'un chien. Voilà les premiers confesseurs joachi-