LIVRE DOUZIÈME
le comte ne fût délivré. Roger-Bernard resta un an détenu dans les tours de Carcassonne, héroïque berceau de sa maison. Délivré par la médiation du roi don Jaïcmé, il se rendit en France, il fit hommage au roi Philippe. Le monarque lui rendit sa femme et son comté, le logea dans son palais, le créa chevalier, le fit former aux grâces et aux élégances de sa cour, c'est-à-dire aux distinctions de la servitude, et le renvoya comblé d'honneurs dans les Pyrénées. Désormais la maison de Foix sera la vassale dévouée de la dynastie royale de France.
Le roi d'Aragon, non content d'avoir fait rendre la liberté à Roger-Bernard, voulut s'unir plus étroitement encore avec le valeureux comte, et lui demanda sa sœur qui portait le nom cathare d'Esclarmonda. Il la destinait à son second fils don Jaïcmé, auquel il avait légué Montpellier, Perpignan et le royaume de Mayorque. La jeune infante fut conduite à Perpignan : elle était, dit un contemporain, une des femmes les plus sages et des plus hon^ nétes du monde et très-digne des anciennes Esclarmondes de Foix. On remarque dans son cortège nuptial un Pierre-Roger de Mirepois et un Arnauld de Castelverdun, deux enfants de Montségur. A ses noces, célébrées à Perpignan, les barons des deux versants des montagnes fraternisèrent une dernière fois, et rivalisèrent de galanteries chevaleresques. Et la jeune princesse alla régner sur l'archipel des Baléares conquis et repeuplé parles faidits Pyrénéens. (1275.)
Peu de temps après, le vieux roi don Jaïcmé, le conquistador^ mourut à Valence après un règne de
i«t LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION
soixante ans «. Ce règne, qui commença à Muret par une défaite, se perpétua de victoire en victoire et de conquête en conquête. Il fut un des plus grands rois de FEspagne, un vaillant soldat de Rome contre rislamisme. Il ne céda pourtant jamais aux papes ni sur ses intérêts, ni sur ses amours, car il avait des mœurs presques musulmanes. Il refoula donc l'invasion arabe vers l'Afrique, et concentra habilement son royaume au sud des Pyrénées; mais il affaiblit l'avenir de sa dynastie en divisant ses conquêtes et en mettant au cœur de ses peuples le vampire de l'inquisition.
LIVIIE DOUZIÈME
GVIIBE DE PHILIPPI LE HARDI CONTBE DON PEDRO III, ROI d'aIUGON. — iPIDÉMIE DANS L'OST FRANÇAIS. — UOUT DO MONARQUE CAPÉriEN, ET SON SÉPULCRE A HARBONNE.
Don Pedro III, roi d'Aragon, que le vieux conquistador son père avait emp(?ché de disputer à Philippe le Hardi le comté de Toulouse, une fois monté sur le trône ne fut plus retenu de déclarer la guerre au roi de France. Il avait épousé Constance, fille de Manfred, roi des Deux Siciles, tué, par Charles d'Anjou, à la bataille de Bénévent. L'éyêque de Cozenza, aux suggestions du Pape, avait fait déterrer le cadavre de ce blond et gra-