Patricii, de Patris
191 ' LES ALBIGEOIS ET L'INi^UlSlTION
Navarre : ainsi la puissance des Capétiens, naguère bornée par la Loire, étendue maintenant jusqu'aux Pyrénées, déborde déjà des deux côtés sur l'Espagne. Le roi revint bientôt dans le Midi pour recevoir lui-même l'hommage des peuples, et diriger en personne l'expédition de Catalogne. Le pape Boniface VIII s'entremit pour terminer cette guerre d'Aragon. La médiation du pontife ayant échoué, Philippe se disposait à franchir les Pyrénées. Mais le roi don Pedro, après avoir repris Gironna, était mort; don Alonzo et don Jaïcmé, ses deux fils, qui lui succédèrent tour à tour, étaient moins affectionnés aux peuples d'en deçà les monts. Ces peuples insensiblement devenaient plus Français et ces princes plus Espagnols. La voix du sang s'affaiblissait; enfin le pape reprit la négociation, et le roi don Jaïcmé conclut la paix avec son cousin Philippe le Bel*.
Ce jeune roi de France unissait la beauté du sang d'Aragon au génie moins guerrier que politique des Capétiens. Sous la figure la plus chevaleresque il avait l'esprit d'un légiste ; il s'entourait de légistes plus que de chevaliers, et devait user de parlements plus que de batailles. Son tempérament était éminemment métallique , brillant et corrupteur comme l'argent, dur et solide comme le bronze, tranchant, insensible, inexorable comme la hache du bourreau. Mais ces vices et ces vertus de roi, il les employait avec une activité fiévreuse à la construction laborieuse et magnifique de la France. Ce