LIVRE TREIZIÈME
C'est alors que Saïsset et Délicios, l'évêque qui masquait d'un faux patriotisme son orgueil sacerdotal, et le tribun, les consuls et les citoyens de Carcassonne et d'Albi, se rencontrèrent à Paris. Une haute cour formée de comtes, barons, chevaliers, prélats et clercs du Nord et du Midi, fut convoquée à Senlis, et la royauté allait juger à la fois l'épiscopat et l'Inquisition. Philippe s'y rendit, l'évêque comparut, et le chancelier Pierre Flotte exposa les divers chefs d'accusation. Voici les 'principaux : Saint Louis aurait dit à Saïsset, abbé de Saint- Antonin, que le royaume de France serait détruit et que le sceptre des Capets passerait dans d'autres mains à la troisième génération. Saïsset prétendait que le roi Philippe n'était pas de la race de Charlemagne, et qu'il descendait par sa mère de bâtards, c'est-à-dire des rois d'Aragon excommuniés par le Saint-Siège dans l'héroïque vaincu de Muret. Il disait encore que les Français étaient les ennemis des peuples de la Langue d'Oc, et que Pamiers n'était pas du royaume de France. L'évêque enfin aurait engagé à la révolte le comte de Foix et tâché d'empêcher le mariage de son fils Gaston avec Jehanne d'Artois, de la maison de France, pour lui faire épouser une infante d'Aragon, et, par cette alliance et cette insurrection, relever le trône Goth et Aquitain de Toulouse, et fonder à son profit une monarchie pyrénéenne*. Le chancelier s'adressant ensuite directement à l'archevêque de Narbonne : « Je vous dénonce tous ces chefs d'ac-