LIVRE TREIZIÈME
bientôt par violence et par mensonge commencent ses rapines. Il ravit la Normandie et la Gascogne. Charles (d'Anjou) vient en Italie et fait périr Gonradin. J'en vois un autre vendre sa. fille comme un corsaire vend son esclave (Robert d'Artois). 0 avarice qui fait trafiquer de sa propre chair I Je vois enfin les fleurs de lis entrer dans Anagni et le Christ captif dans son vicaire *. »
Le grand poëte gibelin est l'écho vengeur de tous les griefs des races méridionales contre la maison de France. Cette politique habile, persistante, imperturbable des Gapets, cupide dans Philippe-Auguste, rapace dans Blanche de Gastille, féroce dans Charles d'Anjou, inexorable même sous la mansuétude candide de saint Louis, débordant en cent ans de la Loire aux Pyrénées, des Pyrénées jusqu'à l'Èbre, et des Alpes jusqu'à la mer de Sicile et d'Afrique, révoltait les poétiques et chevaleresques nations du Midi néo-latin. La mort de Manfred, le supplice de Gonradin, l'écrasement de Ramon VII, le massacre séculaire des Albigeois, les avaient tellement épouvantées que leur imagination bouleversée plaçait le berceau de la noble mais cruelle dynastie dans l'échoppe sanglante d'un boucher, et dans les rouges vapeurs d'un abattoir. Eh ! le Midi n'était-il pas un abattoir d'hommes et une boucherie de chair humaine ! Toutefois cette boucherie n'était pas seulement royale ; elle était surtout théocratique. Saïsset, esprit violent, langue intempérante, a bien pu dans ses fureurs proférer à son insu ces