LIVRE TREIZIÈME
rejoints par des Italiens ennemis du pape, à la tête desquels un condottiere romain, le proscrit Sciarra Colonna. Comme des chasseurs à l'afi'ût, ils y restèrent longtemps à disposer leurs rets pour envelopper leur grande proie dans Anagni. Boniface^ redoutant les Romains, s'était retiré dans sa ville, son berceau, et se défiant encore de ses compatriotes, s'était logé dans sa propre demeure, le palais fortifié des Gaëtan. Là, dans son délire, il dictait une centième bulle contre le roi de France. Il déliait les Français du serment de fidélité. Il se vantait d'avoir, comme vicaire de Jésus-Christ, le droit de gouverner les rois avec une verge de fer,, et de les briser comme des vaisseaux de terre. Sa démence l'égarait dans les nuées de l'orgueil théocratique. C'était le testament de la papauté olympienne. Il devait publier cette bulle le lendemain,, jour de la Nativité de la Vierge (7 septembre 1303), douce et mystique patronne de cette orageuse et tonnante papauté. Tout à coup un grand bruit retentit au dehors. Anagni se remplit d'un tumulte d'armes, d'hommes et de chevaux. C'est Nogaret à la tête de 300 cavaliers et de fantassins italiens *» Us déploient la bannière des fleurs de lis de France et crient : Vive le roi Philippe^ mort au pape Boniface! Le podestat, le capitaine de la ville, livrent Anagni, le palais des Gaétan; et le pontife Boniface, abandonné des cardinaux, des soldats, des valets, reste seul entre les mains du légiste cathare, du faidit albigeois chancelier de France. Petit dans la