‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 762 sur 922 · UVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

UVRE TREIZIÈME

pas sa raison d'être. Il devait être abattu avec la théocratie. Son existence était dangereuse pour les rois et les nations. Un roi d'Aragon lui léguera soa royaume, mais le peuple cassera le legs de ce monarque insensé. L'Europe, sur cette pente', tombait en mainmorte, le monde devenait le bourg pourri de Rome,

Philippe le Bel délivra le monde de ce danger. Un despotisme divin est sans espoir : il en reste toujours avec un despotisme humain. Philippe, homme avide et cruel, mais prince souverainement intelligent, entreprenant et laborieux, fut un grand et te'rrible roi, mais un monarque providentiel. Il a plus que tout autre ébauché, échafaudé la monarchie, construit, cimenté, solidifié l'unité delà nation, taillé, dans le vieux granit des Gaules, cet immense bloc territorial, ce magnifique hexagone de la France, d'un poids si décisif dans les balances du monde Ml a conservé, au sud, cet immense bouclier des Pyrénées et des Alpes, et s'efforça d'acquérir au Nord la frontière poudreuse des Flandres, la limite fangeuse du Rhin, qui lui glissa dans les mains, et que la France n'a pu ressaisir depuis. Mais roi moins conquérant que légiste, il fût justicier, et jusque dans ses rigueurs, humain. Il réhabilitâmes Albigeois, choisit ses ministres parmi leshérétiques, leur fitjuger la Papauté, et transféra cette grande coupable, comme par une expiation, captive sur la terre romane et cathare. Son chef-d'œu-

1. Confiant dans Tavenir, nous laissons cette phrase cruellement démentie par les récents désastres de la France.

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vre de politique et d'audace, c'est l'abaissement de la théocratie romaine. Arrachée de Rome, captive dans AvigQon, désarmée de l'inquisition, son tribunal, et de l'ordre du Temple, sa milice, la papauté d'Innocent III et de Boniface VIII n'avait plus que ses foudres qui s'éteignaient dans sa mgtin fumante au vent du siècle. Elle avait subsisté environ deux cent cinquante ans, et couvert l'Europe de plus de ruines qu'une invasion de Tartàres. Mais ce n'était plus qu'un gigantesque fantôme. Le vaillant monarque l'attaqua résolument, le transperça de son épée, la vieille épée de sapience et de justice de la France. Philippe fut le vengeur des rois ; il vengea Henri IV et les deux Frédéric d'Allemagne, Pierre II d'Aragon et Manfred de Sicile, et ce jeune et touchant Conradin. Ah I si les infortunés comtes de Toulouse et de Garcassonne, si les deux millions d'Albigeois égorgés avaient vu cet irréparable abaissement î quellejoie! quel transport! quelle consolation! Mais ils n'auraient pu baiser la main de leur vengeur, car il continuait d'être le bourreau de leurs peuples. Un tressaillement de bonheur dut néanmoins courir dans tous les sépulcres cathares. Philippe fut le plus hardi, le plus entreprenant, le plus audacieux, le plus pugnace, le plus intelligent, le plus novateur, le plus révolutionnaire même des rois capétiens. Et bien qu'il n'ait pas atteint la véritable grandeur, la grandeur magnanime et sainte, nous accorderons volontiers à ce monarque le surnom que lui donnait le moyen âge, et nous l'appellerons avec toute l'Europe : Philippe le Grand.

BERNARD DÉLICIOS

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