LIVRE QUATORZIÈME
les frères prêcheurs sont impuissants, qu'on supprime la terreur et les dominicains, qu'on emploie des moyens plus doux et un ordre plus clément. Rome en comprendra la nécessité. Si le pape résistait, le roi peut, de son chef et par raison d'État, suspendre provisoirement le pouvoir exécutif du tribunal dominicain. En attendant, l'Inquisition s'adoucira, le peuple s'apaisera, le Midi respirera *. Telle est en substance la harangue non moins habile que courageuse de l'orateur albigeois qui, toutefois, dans son patriotisme n'oubliait pas son <?ouvent, dissimulait trop l'élément cathare et national, mais pour faire de son ordre séraphique l'ange libérateur et pacificateur du Midi. C'était une harangue douce, insinuante, à la Joan d'Olive. Philippe écoutait ravi le persuasif orateur. Toutefois il restait rêveur et sombrement silencieux. Tout à coup entre dans la salle le frère Nicolas, son confesseur dominicain, conduisant les inquisiteurs de Toulouse, de Carcassone et d'Albi, avec des jacobins de Paris, pour réfuter Délicios. Leur aspect tira le roi de sa rêverie ; d'un geste irrité il leur ordonne de s'éloigner; il laisse éclater son mécontentement : « Ils me content, ajouta-t-il, mensonges sur mensonges pour dissimuler leurs félonies. Je vois bien que toute la vérité m'a été révélée par cet honnête lecteur de Carcassonne. » Philippe évidemment était conquis, et l'état du Midi lui apparut dans sa lugubre réalité. Il refuse d'entendre les inquisiteurs qui se retirent furieux, et ré-