Luc, XIX
LIVHE QUATORZIÈME 28i
vendre notre peau et manger notre chair, et nous n'avons ni maître ni protecteur qui nous défende. Mais notre front n'est-il pas armé de cornes ? Dressons-nous donc tous à la fois contre nos bourreaux, frappons-les de nos cornes, et nous les chasserons de cette prairie, et nous aurons sauvé notre vie, ainsi que la vie des nôtres. C'est ce qu'ils firent. Or, qui sont, mes seigneurs, ces gras béliers, sinon les habitants de Carcassonne, ce pré, dont la foi catholique entretient l'opulente' verdure et qu'arrosent tant de sources de prospérité spirituelle et temporelle? Qui sont ces gras béliers, sinon les riches citoyens de la ville de Carcassonne, écorchés par des bourreaux qui les enlèvent tour à tour, tantôt ceux-ci, tantôt ceux-là, pour s'approprier leurs richesses? N'est-ce pas un gras bélier que cet homme si considérable, le père du seigneur Améric Castel, que les traîtres Prêcheurs accusent d'hérésie ? Et le seigneur Guilhem Garrigas, n'est-il pas aussi un hérétique parce qu'il est un gras bélier? Et pareillement le seigneur Guilhem Brunet, et le seigneur Ramon de Gazilhac, et tant d'autres enmurés, que nous voyons cruellement dépouillés de leurs biens, parce que nous n'avons personne qui nous défende contre nos bourreaux * ? »
Ces forts Béliers, sont, effectivement, les derniers agneaux de la vieille Brebis de Toulouse, tondue, égorgée, écorchée vivante et dont les enfants sont dévorés depuis un siècle. Cet apologue est la harangue de l'Insurrection. Carcassonne se soulève :