Spicileg., t. IX, p. 276. — Limborch
acolyte Ramon Estèbe, franciscain de l'énergique race des consuls d'Albi. Il traverse les Gorbières, le Roussillon et arrive à Perpignan. Mais la cour baléare est à Sant-Joan-Pla-del-Gos, château roval sur une cime voisine du Ganigou*. Bernard s'y rend, mais, avant d'arriver, il déchire la lettre des consuls et en enfouit les morceaux dans la grève d'un torrent. Ainsi, eu cas d'arrestation, nulle trace visible ne restera du complot, car évidemment il se défie du vieux roi. Délicios aborde en secret don Fernand. « Seigneur, souvenez-vous de votre serment de Nîmes. Je viens de la part des consuls et des citoyens de Carcassonne. Ils rejettent la domination du roi de France. Philippe laisse l'inquisition dévorer le Midi. Jurez de nouveau d'anéantir l'horrible tribunal, et vous serez reconnu vicomte de Carcassonne, la noble cité vassale de vos ancêtres! » Fernand accepte sans hésiter, fait seller son palefroi et va se mettre furtivement en route avec le moine pour occuper ce poétique trône des amours d'Alphonse le Chaste, des chansons de Pierre II, le martyr, et de la captivité enfantine de Jaicme I, le conquistador ! Mais le vieux roi des Baléares a su l'arrivée de Délicios. Il l'interroge sur sa venue à Pla del-Cos. Bernard tergiverse, balbutie, garde le silence. Le roi va trouver le prince. Une violente altercation s'élève entre le roi et l'infant qui sortit tout échevelé. Mais Bernard ne revit ni don Jaicme ni don Fernand. « Quittez vite le pays, » lui dit le chancelier.