‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 795 sur 922 · Manuscrits de Paris · texte numérisé non relu

Manuscrits de Paris

Bernard lui donne rendez-vous au couvent des Franciscains de Nîmes. L'infant s'y rencontre le lendemain avec les consuls de Carcassonne. C'est là sans doute que Fernand prêta serment au tribun et aux consuls, et que les conjurés, selon l'usage de ces temps religieux, s'unirent solennellement par le rite eucharistique et burent le vin de la délivrance nationale dans le calice d'argent rejeté par le roi de France. Puis ils se séparent ; la cour quitte Nîmes; le roi repart pour Paris, Pecquigny se rend à Rome, Fernand revient à Perpignan, et les consuls s'acheminent vers leurs cités albi-

geoises.

Entre Nîmes et Montpellier, Patris et Sant-Marti abordent Probi et Garcia, et chemin faisant leur confient leur accord secret avec l'infant de Mayorque. Les syndics d'Albi répondent qu'ils ne peuvent s'engager sans consulter Délicios. Mais où donc est Bernard, leur oracle? Il s'est dérobé de Nîmes; il est parti seul à une autre heure, par une autre porte, par un autre chemin que les syndics, et s'est rendu, par le versant septentrional de la Montagne- Noire, dans l'Albigeois. Le Vendredi Saint (1 5 mars) il prêche aux Cordeliers d'Albi. Quelques jours après, il prêche aux Mineurs de Carcassonne. Il ne dit rien du roi; il ne parle que du sage vidame ; il espère encore dans la cour romaine. Mais si l'Albigeois n'obtient rien, alors on agira, et s'il faut des martyrs il y en aura : parole tristement prophétique. Les consuls arrivent à Carcassonne. Probi et Garcia consultent Bernard. Il répond qu'il ne peut blâmer les libérateurs de la Patrie. Quant à lui, il

aoa LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

reste à demi dans l'ombre. Les syndics se rendent à la Commune ; les consuls délibèrent avec les notables de Carcassonne. Patris leur communique leur ligue avec don Fernand. Consuls, syndics, notables, sont unanimes pour la liberté. Bernard, consulté, répond : Pourtant il faut l'assentiment du consul d'Albi. Garcia va chercher cette adhésion. En attendant son retour, Bernard prépare les esprits. Philippe, dit-il, en n'arrêtant pas l'inquisition a forfait à ses devoirs de roi. Ainsi le tribun rompt ouvertement avec le Capétien. Mais Garcia ne revient pas d'Albi. Trois des consuls, Guilhem Estèbe, Philippe Oalric, et Guilhem Salvi, et le viguier Guilhem de Presencs, ont seuls approuvé la conjuration. Albi délaisse donc Carcassonne. Il faut se hâter, s'écrie l'énergique Patris, et Bernard est député vers l'infant de Mayorque.

Mais pourquoiDélicios est-il chargé de ce message? Évidemment, c'est qu'il est l'ami de don Fernand, Il est du sang des princes baléares. Il a rencontré dans les couvents du Midi, et sous le capuchon franciscain, deux autres infants, ses parents : don Jaïcmé, troisième fils du roi de Mayorque, etPierreTrencabel, descendant des vicomtes de Carcassonne *. C'est dans leur cloître que s'est formée la conjuration et la candidature de don Fernand, acceptée par les consuls. Tous les princes de l'albigisme du dernier siècle se retrouvent, on le voit, dans l'olivisme de Narbonne. Saisset complète le groupe des ennemis du roi de France. Délicios part avec son

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