LIVRE QUATORZIÈME
une détention perpétuelle dans les tours du Sénéchal. 11 leva l'amende de 60,000 livres dont il avait écrasé Carcassonne, et celle de 30,000 livres dont il avait accablé Limous, sauf ce qu'avait déjà dévoré le fisc royal*. Albi, qui n'avait point trempé dans la conjuration, se racheta en payant mille livres que Guilhem Amat et Pierre de Gastanet portèrent à Jehan d'Aulnai, sénéchal de Carcassonne. Il rendit quelques débris de leurs biens aux fils des martyrs. Il permit le retour des fugitifs que l'épouvante avait chassés en Espagne. Il rendit aux villes le consulat, mais entièrement transformé, et leurs anciennes libertés, mais octroyées par le trône ; il leur en remit les titres revêtus de son sceau royal. Mais déjà le consulat aboli n'était plus le consulat primitif et populaire. La conquête avait d'abord réduit, puis supprimé les consuls élus par les citoyens, et leur en avait substitué d'autres, directement nommés par les seigneurs. Ces consuls féodaux, leur mandat expiré, désignaient eux-mêmes leurs successeurs qu'ils présentaient à l'approbation du seigneur, du viguier et du sénéchal. Philippe le Bel, en restituant ces débris des antiques libertés, faisait néanmoins une chose très-agréable aux cités romanes, parce qu'il conservait leurs traditions populaires, et qu'en définitive, ces consuls, quoique issus de la croisade et du despotisme royal, restaient quelquefois citoyens et patriotes. Et quelle preuve plus éloquente que ces nobles squelettes rongés par les
i. Mahul, cart. de Garcas.
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vautours aux potences royales de Carcassonne * ? Pendant que Patris était attaché au gibet, son ami, le vidame d'Amiens, expirait en Calabre. Pecquigny, nous l'avons vu, était allé en Italie dans le dessein d'en appeler au pape. Les inquisiteurs de Toulouse l'y suivirent pour l'accuser devant Benoît XI. Ce Pontife, banni de Rome, résidait à Pérouse. Le vidame arriva dans cette ville avec ses calomniateurs. Le jour de la Pentecôte, il voulut assister, dans la cathédrale, à la messe pontificale. Benoît XI était sur son trône sacerdotal. Piètre de Braïda, son maréchal, assistait le Pontife. Dès que Pecquigny entra dans la basilique, le vieux pape l'aperçut et, furieux, s'adressant à Braïda : « Chassez, s'écria-t-il, ce patarini »Le vidame est expulsé de l'église ; il sortit de Pérouse, et traîna de ville en ville l'anathème pontifical. Il se réfugia dans le royaume deNaples où régnait une dynastie consanguine et vassale de la France. Dans son exil il apprit la mort de Benoît XI, son juge, et celle de son accusateur, Guillaume de Peyre. Mais la vacance du saint-siége retardant sa réhabilitation, accéléra sa mort. Il n'eut pas le temps d'attendre l'élection d'un pape aquitain. Il mourut de désespoir en Calabre, martyr de la justice et de l'humanité. La nouvelle de sa mort arriva en Languedoc le lendemain du supplice des consuls (29 septembre). Il fut comme le quinzième martyr de Carcassonne. Le
1. Libertés et coutumes de la ville de Limous. Deux ordonnances de Philippe le Bel , datées de Poissy, 15 août