Nangis, Ghron. de Saint-Denis
il'
3i2 LES ALBIGEOIS ET L'LNQUISITION
son martyre décorât le couronnement du Pape. Mais Clément n'avait pas pris en vain son nom symbolique. Il était roman, débonnaire, épicurien. Le Pontife ne se pressa pas de juger le tribun. Il le retint à Lyon jusqu'en février, pendant les fêtes et les installations de sa papauté. Puis il l'amena •dans son cortège à Mâcon, Nevers, Bourges, Limoges, Périgueux et Bordeaux. De Bordeaux, Clément se rendit à Poitiers pour sa fameuse entrevue avec Philippe. Il se fit suivre de Bernard, le déposa au couvent des Mineurs de Saint-Julien de Limoges, et l'appela bientôt à Poitiers pour confronter l'orateur et le roi. Bernard ne parut pas en suppliant. Il dédaigna de s'excuser, de se justifier : il se plaignit même avec fierté ; il accusa les juges royaux , il défendit les condamnés de Carcassonne ; il réhabilita la mémoire des magnanimes consuls, comme il avait fait l'oraison funèbre du noble vidame d'Amiens. Délicios cette fois s'élève au niveau de ces martyrs. Philippe l'écouta, dédaigna ses discours, négligea sa tête, et sur sa demande lui rendit la liberté. Le tribun communiquait sa générosité au tyran *.
Délicios retourne à Carcassonne. Il retrouve la cité meurtrie, ensanglantée, mais guérissant de ses blessures. Il revoit l'Albigeois, terrorisé par tant de grandes morts, mais secouant son eff'roi et son horreur. Le Midi, reprenant cœur, recommençait ses plaintes et ses murmures. Ce ne sont plus des eitoyens qui maintenant accusent les inquisiteurs.