LIVRE QUATORZIÈME
ne voulut pas prononcer la sentence de son parent, l'orateur populaire du Midi, condamné d'avance par le pape et le roi, et qu'il abandonna leur victime aux dominicains. Il est probable que les insurrections récentes de Toulouse firent transporter le tribunal à Gastelnaudari, et que les frémissements orageux du Lauragais et de la Montagne- Noire le firent émigrer de nouveau jusqu'à Garcassonne, dans les fortes tours de l'évêque et la double enceinte crénelée du roi. De stations en stations funèbres, le martyr se rapprochait de son tombeau. Maintenant (12 sept.) la cour siège dans le palais de révêque, dans les hautes et formidables tours occidentales de la cité *. Le vieux évêque, Pierre de Rochefort, le même qui venait de faire construire le transept et le chevet gothique de Saint-Nazaire, remplaçait l'archevêque de Toulouse et présidait le tribunal. Le 2 octobre, Délicios est appelé sur la sellette. Il est d'abord accusé d'avoir voulu ruiner l'Inquisition dominicaine dans l'esprit du peuple, du pape et du roi. Bernard l'avoue ; il complète l'accusation, il corrobore les témoignages, il se vante et fait gloire de son crime patriotique, de son forfait de christianisme et d'humanité. Son seul regret, c'est de n'avoir pas renversé l'odieuse tyrannie qui dévore le Midi depuis un siècle.
Sur la seconde question, sa conjuration avec l'infant de Mayorque, Bernard est moins complet et moins hardi. Ce n'est pas qu'il craigne de compromettre don Fernand. Ce jeune prince, le libérateur