LIVRE QUATORZIÈME
tyr. Les débats avaient duré six mois; enfin, le samedi, 8 décembre, le tribunal rendit son jugement. Des trois chefs d'accusation, le dernier, l'empoisonnement du pape Benoît, fut écarté comme invraisemblable et chimérique. Délicios fut condamné, malgré la double absolution, comme traître au roi de France, ennemi de l'Inquisition, et nécromancien. « Ayant été, disait la sentence, dépouillé de sa dignité sacerdotale, il sera déposé dans un cachot où des chaînes de fer le tiendront captif, et jusqu'à la fin de sa vie, il n'aura pour nourriture» que du pain et de l'eau, » le pain de l'angoisse et l'eau de la tribulation *.
Après la sentence, la cour se mit en marche, descendit parla porte Tolosane, passa le pont de l'Aude, et vint siéger sur un vaste échafaud dressé sur la place centrale du bourg. C'était là que se faisaient les sermons dominicains. On dégrada le prêtre, on dépouilla le moine de sa robe, on le revêtit de sa casaque de prison, linceul du tombeau, et on le remit à l'inquisiteur Jehan de Belna, geôlier de son enfer. A cette dégradation assistèrent les évoques de Garcassonne, Saint-Papoul, Gastres, Aleth et Mirepois, les abbés de la Grasse et de Montaulio, les descendants des conquérants Guillaume de Voisins et François de Lévis, frère du maréchal de l'Inquisition. Jean de Belna, remontant ^vers la cité, ramena son captif dans son donjon dominicain et le jeta dans les basses-fosses de la Mura, tour construite sur le glacis occidental. Le vieillard, les fers aux pieds,