Guil. de Puil., ch
le diacre cathare, et ses acolytes furent brûlés vifs. Mais le seigneur du lieu, Pagan de la Bessède, avec un certain nombre d'archers et de chevaliers, parvint à gagner la montagne à la faveur de la nuit et de la forêt. La Bessède était un des châteaux du Lauragais, cédés par Ramon VII au comte de Foix. Humbert-, tout sanglant de ce massacre, se jette sur l'Albigeois, y forme une ligue catholique sous la présidence de l'évêque d'Albi, envoie des secours aux bourgeois de Saint- Antonin, châtiés de leur félonie par les chevaliers de l'Aveyron, emporte d'assaut la Grave sur le Tarn, mais il est repoussé de Cordoue, colonie cathare récemment fondée sur un cône de granit et dont ce succès fut le glorieux baptême et la victoire virginale. Le sénéchal ravagea le pays, reculant furieux devant le comte Ramon, le vicomte de Bruniquel, son frère, les puissants seigneurs de Rabastens, à la tête des chevaliers de l'Albigeois, du Quercy et du Rouergue. Ces combats remplissent toute la fin de cet été, se prolongent en automne et jusque dans l'hiver. Le vieux Gui de Montfort, frère du chef de la croisade, reprit ou du moins tenta de reprendre Mirepois, Saverdun,Pamiers, et fit^ entre ces villes, une trouée hardie, jusqu'au pied des montagnes, mais il y trouva la mort. Secondé parle maréchal, Gui de Lévis, le sénéchal de Pamiers et l'abbé de Saint-Antonio, il vient assiéger Varilles, l'ancienne Villa-Petrosa des Romains, assise, en effet, sur la rive droite de l'Ariége, dans un amphithéâtre de rochers. Varilles forme avec Saint-Jean des Verges, et le Pas de la Barre, les trois Barres ou Barba-
canes septentrionales de Foix. Le comte Roger- Bernard accourt de son donjon aérien; il avait vu tomber Simon, sous les murs de Toulouse, d'une pierre dans le front; il vit .dix ans après, sous les murs de Varilles, Gui renversé d'une flèche à la tête. Gui avait, sans doute, perdu son heaume dans l'escalade : un archer lui traversa la tempe et la cervelle (13 janv. 1228). Il périt dans ces mêmes champs où Préconius, lieutenant de Sylla, fut tué par Adcantua, chef des Sotiates, alliés de Sertorius \
Le printemps ravive la guerre : les comtes de Foix et de Toulouse assiègent Gastel -Sarrazin. (Avril 1228.) Cette garnison française gênait et irritait Mautauban, forteresse du comte de Foix. Les deux princes forcent Gastel-Sarrazin, se fortifient dans la cité, et cernent le château, refuge des croisés. Humbert accourt de Carcassonne au secours des Français. L'archevêque de Narbonne et l'évêque de Toulouse le rejoignent avec leurs milices : les trois chefs de guerre sont repoussés par les deux comtes. L'évêque Foulques écharpé se retire à Villedieu, commanderie des Templiers. Le bourg refuse d'héberger ses troupes et de fournir des vivres à un allié des Français. Des conjurés veulent même livrer au comte Ramon son implacable ennemi, le prélat traître à la patrie romane. Gui de Bruciac, commandeur de Villedieu, sauva de la faim et de la corde l'évêque des diables. Le château de Gastel-Sarrazin fut escaladé, et la garnison fran-
i . M. Adolphe Garriffou.
çaise, relâchée par les princes vainqueurs, ce jour-là magnanimes.
Ce succès fut bientôt suivi d'une victoire plus éclatante, mais plus tragique. Humbert, ne pouvant délivrer Gastel-Sarrazin, se retourna contre Montech \ qu'il prit d'assaut. Dans cette position, il attendit un renfort de croisés que Blanche et le légat envoyaient du Nord. Fortifié de ces nouveaux pèlerins, l'entreprenant sénéchal résolut d'arracher aux comtes Gastel-Sarrazin. Les comtes de Toulouse et de Foix s'embusquent dans la forêt de Montech, et après un rapide et tumultueux combat, Humbert vaincu laisse entre leurs mains quinze cents chevaliers, deux mille archers, et une multitude de morts. C'était une vingtième croisade que le Nord vomissait sur le Midi. Les princes exaspérés résolurent d'épouvanter, par une effroyable exécution, les hordes fanatiques qui dans l'avenir seraient encore tentées de s'abattre, comme des nuées de sauterelles, sur les plaines romanes. Ils traitèrent en prisonniers de guerre les chevaliers français auxquels ils enlevèrent leurs armes et leurs palefrois. Mais quant à ces tourbes de vagabonds pillards ameutés par les moines, ils les mutilèrent horriblement, et Montech vit dans sa forêt sanglante des spectres nus, sans yeux, sans oreilles, et parfois sans mains, chercher en hurlant leur route et trébuchant sur des cadavres. Les comtes vainqueurs reprennent Montech ^, déposent les
i. Maison de la montagne : roman-basque; Montech
était défendu par Otiion de Terridas et Othon de Liniéras.