‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 822 sur 922 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

ardente dans toute l'Europe. Ses livres, traduits en langue romane et dans toutes les langues vulgaires, multiplièrent immensément ses disciples dans tout l'Occident. On les trouve en Angleterre, en Allemagne, en Flandre, en Lombardie, en Sicile. L'albigisme renaissait en olivisme. Il revivait dans les vieux foyers cathares. Les olivistes s'appelaient en Angleterre Lollards ou chanteurs, en Flandre Beggards ou prieurs, en France Béguins, en Italie Fratricelles, en Provence Frères de l'Esprit. Et, en effet, leur ordre était une transformation mystique de TÉglise du Paraclet. Narbonne restait leur ville sainte. C'est là qu'était la tombe d'Oliva. Ses cendres faisaient des miracles. Béziers était le berceau de l'ordre. C'est de là qu'Oliva était parti ; c'est là qu'était revenu Délicios. Béziers prêta au suave olivisme son énergie tragique. Les Spirituels s'emparèrent des couvents fransciscains. Nous avons vu que, cités par le pape, ils se rendirent à Avignon avec Bernard, leur orateur, en tête. Mais Délicios fut incarcéré, et quatre de leurs chefs mis en jugement. C'étaient Joan Barravi de Toul(5use, Pons Roca de Narbonne, Déodat Michel et Guilhem Salto. Ces noms sont albigeois : les trois premiers étaient prêtres, le quatrième seulement diacre. Transférés à Marseille, ils furent livrés au franciscain Michel Le Moine, inquisiteur de Provence. Ils refusèrent d'obéir au pape, et à Michel de Cesenna, général de l'Ordre. Rejetant toute grâce, ils montèrent stoïquement au bûcher (7 mai 1318). Leurs frères les honorèrent comme martyrs, et Délicios, ap-

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prenant leur mort, fit, nous Tavons vu, en marchant vers son propre trépas , leur éloge funèbre *.

Les Fratricelles d'Italie descendirent vers la Galabre, autour du monastère de Flore, leur berceau, et de la tombe de Joachim, leur patriarche. Puis ils se réfugièrent en Sicile, dans les monastères de l'Etna, prêts à passer en Orient. L'Orient les attirait. Ils sortirent du continent et de l'ordre franciscain. Une fois en Sicile, ils se nommèrent un général, Arigo de Ceva; ils élurent des provinciaux, des custodes, toute une hiérarchie. Ils fondèrent de nouveaux monastères, et choisirent des robes et des capuces plus étroits et plus pauvres en opposition au faste et à l'élégance mondaine qui gagnait le franciscanisme romain. Les Fratricelles siciliens soutenaient qu'il existait deux Églises, Tune charnelle, fastueuse, voluptueuse, et noire de crimes, la Babylone romaine; l'autre spirituelle, pauvre, chaste, frugale, la Jérusalem de Joachim. Le pape, les évêques, les prêtres catholiques n'ont aucune autorité. C'est dans les Spirituels qu'est le sacerdoce. Le sacerdoce se perd parle péché. Jurer est un péché mortel. L'Évangile éteint, ou plutôt obscurci, n'est ravivé que par les Frères de l'Esprit. Us ajoutaient que l'Antéchrist étant venu, la fin du monde était proche *.

Jean XXII, qui se reconnaissait dans cet Antéchrist, lança contre les Fratricelles la bulle Glo-

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