LIVRE QUINZIÈME
qu'en Pologne. Il chassa l'ours de Pologne, le renne de Laponie, l'isard des Pyrénées, et rédigea le mirouer de ses chasses, mais, ce que n'eussent point fait ses pères, il l'écrivit en langue française. Cependant il chantait sur sa harpe en langue romane, comme les anciens troubadours, et Ton répète encore la pastorale où il célébrait une dame espagnole. Salomon féodal, il fut enfin très-grand politique, très-habilo, très-riche et très-heureux, sauf dans sa famille, car, dans un accès de violence, il eut l'afifreux malheur de tuer son fils unique, héritier de sa gloire, de sa puissance et de ses principautés pyrénéennes *.
Le roi Charles VI le nomma gouverneur du Languedoc. Le Midi l'aimait comme la brillante personnification de son génie. Le comte, comme tous ses ancêtres, représente avec éclat sa nationalité abattue. Aussi quand le roi voulut lui enlever le commandement pour le donner au duc de Berry, son oncle, prince dissipateur, pillard et cruel, le comte refusa de le cé^er comme un héritage traditionnel de sa race. Le Languedoc le seconda dans sa lutte contre un prince de la maison de France. Le comte le défie, le bat dans les plaines de Revel, et après un an de guerre, par pitié pour le pays ravagé, lui cède enfin le commandement. Ce fut le dernier acte de résistance de la nationalité romane expirante (1381).
Le roi Charles VI, quelque temps après, visita le Languedoc. Le comte Phébus se rendit à Toulouse