‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 869 sur 922 · Chants populaires du Midi · texte numérisé non relu

Chants populaires du Midi

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pect, on dirait une nénie d'ivrognesse, à la fois grotesque et funèbre. Le poète est un fou sceptique, un imbécile goguenard. Il se moque de tout, et des croisés qui, pour le dernier bouillon de sa femme, ne lui ont laissé qu'une alouette, et des Romieux * qui prendront du vin pour de l'eau bénite sur sa tombe. Il rit et de sa femme, et de l'Église, et de la mort. Le rire y court sur le désespoir. Mais ce sens bachique n'est qu'apparent : la femme romane ne boit point de vin, et l'homme du Midi, sobre lui-même, et de plus avare, ne laisse pas entrer dans sa cave les pèlerins Beve^ors, D'ailleurs, cette cave n'est pas un chaï; c'est une grotte (cava, cauna, cueva), et la cannelle n'est plus qu'une source rustique. 11 faut donc creuser au-dessous, chercher sous ce rire superficiel un sens grave dont la douleur réponde à la cantilène lamentable. Joana, c'est la femme de Toulouse, la patrie romane, l'Église cathare, comme nous Ta dit Cavalcanti. Elle est gisante, moribonde, foulée aux pieds. Elle est ivre, ce n'est pas de vin, car les croisés l'ont bu, mais de l'Esprit; et l'unique aliment qui lui reste, c'est le maigre oiseau qui s'appelle louange, et qui monte, comme l'àme, vers le ciel. Mais eÙe se meurt; qu'on l'inhume au plus profond de la grotte, près de la fontaine, symbole de pureté; et les pèlerins de l'amour divin, les faidits, qui boiront à la source sainte, diront en soupirant : Ici repose la pauvre Joana, l'Église de la Grâce de Dieu.

1. On dit encore d'un hypocrite fripon : c'est un fin Ro' muu.

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