‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 87 sur 922 · Réformateurs de la France et de l'Italie au xii« siècle · texte numérisé non relu

Réformateurs de la France et de l'Italie au xii« siècle

alla prendre possession du legs sacrilège des Montfort. Descendant la rive gauche du Rhône, il avait vu de ses propres yeux les dévastations de la Provence, cette terre de son génie et de son amour. Cette grande iniquité révolta son cœur de prince, navra son cœur de trouvère. Aussi, après ses quarante jours de service féodal, abandonna-t-il le monarque au milieu du siège d'Avignon. On prétend qu'il revint en France par amour pour la reine Blanche : c'est possible, car le cœur de l'homme est infiniment complexe; nous croyons pourtant que, dans cette circonstance, lepoëte, si léger qu'il fût,' obéit à de plus dignes sentiments de baron et de chrétien. Rentré dans son château de Provins, et déposant son épée, il saisit sa harpe, non point cette fois pour célébrer les danses, les festins et les roses, objets habituels de ses ballades, mais pour en tirer une satire vengeresse et la jeter toute stridente à la face des moines, des évêques et du pontife romain.

« Les clercs, s'écrie le noble chanteur indigné ,^ont laissé les sermons pour guerroyer et tuer les gens*. De tels hommes ne crurent jamais en Dieu. Notre chef (le Pape) fait souffrir tous les membres ! Les Papelards font chanceler le siècle. Ils ont détruit joie, paix et consolation. Aussi en porteront-ils durement la peine dans l'enfer. * » L'allusion est flagrante, car le mot solas est le nom même de l'église du Paraclet. Ainsi la harpe française venait en aide à la harpe romane, et le Champenois Thibaut s'inspire

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