‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 86 sur 922 · Bazoa etch, la maison de la forêt · texte numérisé non relu

Bazoa etch, la maison de la forêt

petit-neveu de Philippe-Auguste, avait alors trentedeux ans. Ce jeune Comte^ salué comme Vétoile du matin, s'était éclipsé dans le triomphe éclatant du Midi. Enfant errant de mer en mer, il avait été un martyr. Adolescent, volant de combat en combat, il avait été un héros. Homme, porté sur le pavois de la victoire nationale, il était à peine un prince. C'est un de ces princes par qui finissent les dynasties, mais qui, symboles du génie ou du malheur de leur peuple, laissent un regret immortel. Il n'était qu'une étoile du soir. Son orbe opaque ravivera dans le crépuscule son doux éclat; astre aux lueurs sympathiques, il brillera sur les ruines de son pays; il répandra ses clartés mélancoliques sur le vaste sépulcre de la patrie romane ; il sera le soleil nocturne des proscrits ; l'espoir et l'amour des déshérités. Le pauvre peuple n'oubliera jamais son jeune Comte, son petit Ramonet, l'Augustule de Toulouse.

Ramon VII était peut-être venu à Bazièges pour y conférer avec le vicomte de Carcassonne, consoler son cousin de la défection d'Olivier de Termes, et se réconforter lui-même de la défection de CentuUe d'Astarac, l'illustre défenseur de Marmande, le héros de la Gascogne. Ainsi la trahison, était au levant et au couchant, et partout le désespoir. Le comte accueille les insidieuses propositions de l'abbé de Grandselve \ Accompagné du vieillard, il rentre dans Toulouse. 11 y convoque les capitouls, les principaux barons du Midi, et notamment le

GuU. (le Pull., ch. 30.

jeune vicomte de Carcassonne, et le sage et magnanime comte de Foix. Roger-Bernard était comme le tuteur des deux princes, et l'oracle des seigneurs du Capitole. Ce capitulum toulousain, composé des vingt-quatre consuls de la cité, des châtelains de l'Albigeois, et des grands chefs de la Montagne, formait daus cette circonstance une espèce de sénat occitanien, et comme un conseil des amphictyons de toutes les provinces romanes. Princes, barons et consuls furent d'avis d'accepter la médiation de l'abbé de Grandselve. Ces négociations suspendraient la guerre, et laisseraient respirer les peuples. L'abbé reçut des pleins pouvoirs ainsi conçus : « Nous Ramon, par la grâce de Dieu, duc de Narbonne, comte de Toulouse, marquis de Provence, désirant de tout notre cœur rentrer dans l'unité de l'Eglise, notre sainte mère, et demeurer dans le domaine, fidélité et service de notre sérénissime seigneur le roi de France, et de l'illustre dame sa mère, notre cousine, leur envoyons, ainsi qu'au très-religieux Père, le seigneur Romain cardinaldiacre de Saint-Ange, légat du siège apostolique, le vénérable et bien-aimé père HéliCf abbé de Grandselve, porteur de la présente, pour traiter avec eux de la paix à laquelle il a lui-même longtemps travaillé. Nous le constituons notre procureur et promettons, du conseil de nos barons, et spécialement des consuls de Toulouse, de ratifier tout ce qui sera fait par lui et avec lui, en présence et du consentement de notre très-cher cousin Thibaud, comte de Champagne. Nous le jurons solennellement sur les

saints Évangiles. Toulouse, le 4 des ides de décembre 12-28 '. » (lOdéc.)

L'abbé de Grandselve, sur sa mule agile, s'achemine à grandes journées vers les pays d'outre-Loire. Le comte de Toulouse, le comte de Champagne et la reine Blanche de Gastille descendaient tous les trois d'Éléonore de Poitiers, épouse d'abord de Louis VII, roi de France, et ensuite de Henri II, roi d'Angleterre. Blanche et Ramon étaient issus, la première d'Éléonore, et le second de Jehanne Plantagenet, soeurs de Richard Cœur de-Lion. Thibaud était le petit-fils de Marie de France, sœur de Philippe-Auguste et conséquemment neveu à la mode de Bretagne de Blanche de Castille et de Ramon de Toulouse. Le jeune comte Thibaud VI, né en 1201 , de Thibaud V, mort en Palestine, et de dona Sancha, héritière de Navarre, était l'arrière-petitfils de Thibaud III qui recueillit les infortunes d'Abelard et d'Héloïse dans l'asile du Paraclet* . Il résumait en lui toutes ces origines champenoises et poitevines, ces traditions philosophiques, romanesques, poétiques : c'était un libre penseur, un brillant et gracieux chanteur; un émule ingénieux des troubadours aquitains, un homme du Sud égaré dans le Nord, et qui même devait être un jour, du chef de sa mère, roi de Navarre. Grand vassal de la couronne, il avait dû suivre le roi de France dans cette funeste expédition où Louis VIII

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