‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 873 sur 922 · UVRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

UVRE QUINZIÈME

guerre. Hors un superbe portique, elle n'a que d'étroites poternes; ses fenêtres basses, sombres lucarnes, simulent des meurtrières : ses hautes fenêtres seules s'ouvrent largement, et scintillent triomphalement au soleil. D'obscurs souterrains, de sinueux corridors la rattachent à l'évêché dont les tours, les créneaux, les archères,les larges fossés, indiquaient le puissant donjon féodal, qui veille sur la basilique, comme Simon de Montfort sur l'Église romaine. On reconnaît la demeure guerrière des Durand, des Combret, des Castanet, ces évêques batailleurs. Il constate leur lutte séculaire contre la noble cité. Le monument de leur victoire et de sa mort, c'estcette cathédrale. La porte, unique, avonsnous dit, s'ouvre du côté du sud sous son léger portique sonore, ogival, aérien, dentelé du plus gracieux feston, de la plus capricieuse efflorescence de marbre. Ce spécimen révèle au dehors la merveilleuse forêt du dedans, et invite le passant ravi. Sous le sombre porche, il s'arrête comme ébloui : lia sous les yeux comme une vision de l'Alhambra, du palais d'HarounAlRaschid, de toutes les féeries de l'Orient. De l'ouest à Test se déroulent les trois cercles du Dante, l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis: la loi Adamique, la loi Noachique, la loi Mosaïque, en mille symboles. Les animaux de l'Éden, de l'arche, de la crèche, le taureau, le lion, l'aigle, la colombe, les sphinx ailés errent dans la forêt céleste. Dans les ténèbres du couchant, les démons, les damnés ; le combat de Michel et de Satan. Les anges fidèles, les patriarches, les prophètes, les apôtres, les docteurs, les martyrs, les vierges, par

mille chemins semés de lis mystiques et d'étoiles d'or, s'avancent vers la région de Taurore. Ils tiennent des palmes, des couronnes, des sceptres, des lyres, des encensoirs, d*ou s'exhalent des parfums : ils convergent tous vers le tabernacle du Christ, et vers Ta reine des cieux, assise dans la splendeur du soleil éternel. Son trône flotte perpendiculairement sur l'autel, et la cour céleste sur le chœur terrestre : le tabernacle matériel imite le tabernacle aérien, et le marbre filé, tissé, tordu, par sa ductilité, sa textilité, sa fluidité vaporeuse, en réseaux, en dentelles, en arabesques, simule la nuée ; on dirait l'œuvre merveilleuse des esprits remontés dans l'azur. Les évêques, dont plusieurs furent italiens, ont fait peindre la voûte par des artistes italiens. C'est un mélange de basilique, de théâtre, et d'Olympe '. Partout le génie païen de la Renaissance, l'art sensuellement mystique du Tasse et de Raphaël. L'architecte a voulu, dit-on, y emprisonnera soleil^Le catholicisme a tenté plutôt d'y incarcérer l'Esprit. L'inquisition y a enterré le Christ dans un sépulcre de fleurs. Pour le patriote méridional, ces briques sont du sang, ces pierres sont de la chair et des os, Sainte-Cécile est la cristallisation merveilleuse de deux millions dje cadavres, l'immense ossuaire transfiguré des massacres de la croisade et de l'inquisition.

1. Dans une travée du sud, les ouvriers ont sculpté le nom d'une cantatrice italienne du xvie siècle.

2. Expression de M. Galli, architecte, conservateur de la basilique.

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