VI
une cloche de bronze, dont l'énorme capsule, comme tombée de sa voûte, gisait à terre, symbole d'éternel silence et signe en môme temps de la victoire remportée par ces martyrs sur le Prince deVair dont le clairon muet décorait leur caveau sépulcral. Le temps rouvre, chaque jour, pour Tinstruction des vivants, toutes ces cryptes albigeoises. Près de Carcassonne, à l'entrée des Montagnes-Noires, on a découvert naguère une grotte pleine de squelettes, couchés circuiairement, les têtes au centre, les pieds à la circonférence, comme les rayons de la roue d'un char renversé. C'est évidemment une nécropole de faidits des bois. Dans la grotte du Masd'Azil, on a trouvé de vastes amas d'ossements humains ; ossements relativement modernes confondus avec des squelettes de monstres antédiluviens. Dans les Pyrénées, le Lauragais, le Rasez, l'Albigeois, on trouve encore des cimetières abandonnés ; ce sont des tombes échappées à l'inquisition, dans les déserts. Ces ossements, voilà ce qui reste des cathares, et leur sang colore les mauves pâles qui parfument ces tertres funéraires.
Le laboureur du Midi, si l'étranger s'enquiert pourquoi ses terres sont rouges, répond gravement : Elles sont teintes de sang albigeois. Quand sur le Thabor, ou le pic de Nora, apparaissent des nuages blancs tigrés de noir : c'est un signe de grêle et de tempête. Le pâtre se hâte de ramener son troupeau sous sa cabane ou dans sa caverne. Il s'écrie, effrayé : las Menjos ! les Dominicains^ ! La ter-