‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 879 sur 922 · LIVRE QUINZIÈME jOo · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME jOo

reur et Thorreur étaient montées jusqu'aux nues. Voici le terme de mon récit ; il ne me reste plus qu'à rendre grâces à Dieu de m'avoir permis d'achever ce manyrologe des ancêtres. Ce n'est point un livre, c'est le testament d'un peuple recueilli dans les ruines de son sépulcre. Il me semblait parfois en le rédigeant que je n'étais moimême que l'un de leurs fidèles troubadours que Dieu retirait de son tombeau détruit pour raconter ces batailles oubliées et ces martyres inconnus. Je me suis mêlé à leurs combats, et mon âme s'est unie à leur âme dans leur magnanime holocauste. Ce livre est un acte, un devoir filial, les funérailles tardives d'une race inconsolée dont les cendres n'avaient point de sépulture et dont la mémoire n'avait point de mausolée. J'aurais dû l'écrire en langue romane, colorée comme le marbre sanglant des Pyrénées. Mais ce noble dialecte de la poésie n'a point de vocabulaire historique. Cet idiome, hérétique comme son peuple, est luimême au nombre des martyrs. 11 est des ruines irréparables. J'ai donc écrit ce martyrologe en français : c'est la langue de l'histoire. Le latin reste la langue de l'anathème. Le français prononcera la réhabilitation ; l'une et l'autre France assisteront ainsi à ces grandes et saintes funérailles. Plus de mot amer I Plus d'accent irrité I Des soupirs I Des gémissements! Le héros de cette épopée funèbre c'est l'éternel Amour I Et les compagnes divines de ce paladin sont la Justice et la Liberté I Pour moi, c'est avec une indicible émotion que je me sépare de ces martyrs du xiii" siècle. Je m'étais

établi sur cette sombro plage desteraps, comme Vermite qui veille nuit et jour blotti dans sa cellule creusée par les flots surune falaise de rOcéan. Après chaque tempête, je descendais sur le rivage pour recueillir les naufragés. J'erraisle long des écueils; le les cherchais dans les ténèbres; je les appelais dansTorage; je leur disais, en gémissant : Etesvous là? Je leur creusais une tombe dans le sable. J'y inscrivais leur nom avec un regret pieux. Et recueillant les débris de leur pensée, les dépouilles de leur génie, j'en formais un trophée mélancolique qu'un souffle orageux agite encore en, sifflant aux rameaux du saule éploré. C'est comme une Carnac albigeoise, la Josaphat de l'Aquitaine. Mais que de noms perdus dans la nuit des temps I que de mémoires qui ne sont pas remontées du fond de l'Océan d'oubli I Le mausolée de ces inconnus, dit un poêle, c'est le dôme azuré du ciel. Peut-être me sera-t-il donné de compléter cette nécropole. Mais le temps m'abandonne et, maintenant, après avoir enseveli tant de morts et chanté tant de fois l'hymne funèbre, je ne dois plus songer qu'à creuser en silence mon propre tombeau. .

L'histoire cependant doit faire entendre, en linissant, l'enseignement suprême et solennel. J'ai écrit ce martyrologe albigeois à Saint-Germain enLaye, d'où partit la croisade, au pied même du donjon des rois capétiens qui déchaînèrent sur le Midi la guerre et l'inquisition. Les rois n'étaient plus^ans leurs palais ; ils n'étaient plus même dans leurs tombeaux. Leur trône, leur sceptre, leur cendre avait disparu

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