ÉPILOGUE
te, et peregrinus sicut omnes patres meL Devant nous, au-dessus d'une première chaîne de montagnes,* nous découvrions une cime chauve qui se dressait comme une tête d'éléphant. Une dépression du rocher formait le cou d'où se renflait rénorme mufle; et le jeu des ombres imitait à l'œil les larges oreilles de l'animal indien. Sur son vaste crâne se dessinait une masse carrée semblable à ces ornements de bronze dont les Asiatiques décorent leurs éléphants de combat. Cette ruine était Montségur, et le donjon féodal se montrait à nos yeux à peu près dans le même état que le castellum romain apparaissait aux regards des évoques, il y a plus de six siècles (1204). Le soir, le temps étant à l'orage, nous vînmes coucher à Lavelanet, situé, comme disent les chroniques, ;?«.r/a castrum Montis- Securi. Montségur est situé à deux lieues de là dans la montagne et le donjon célèbre apparaît encore, dominant, de sa haute cime, les collines boisées et rocailleuses de Serrelongue, et les nuages qui flottent sur les forêts.
Lavelanet tire son nom du dieu Avéran ou Avélan. C'est le Bélénus gaulois, et l'Abellio ibéro-romain. Abellio n'est lui-ipême que l'Apollon grec et le Baal phénicien. Ab-EUio c'est le Père Soleil, Ainsi
Jacques Rousseau. Les Bayle étaient très-monarchiques. Il faut entendre le pasteur Jacques parler de Louis XIV, et le philosophe Pierre répondre à Christine de Suède. Jeanns leur mère, qui taisait son origine romane, se vantait de descendre de Iti maison de Ghalabre. Or, ces Bruyères de la croisade écrivent autrement leur nom que les Bruguière du Midi, et n'ont jamais, que je sache, été protestants.
422 LES ALBIGEOIS ET L'INQUISlTlOri
Lavelanet, comme l'indique le diminutif de sa terminaison, était le petit temple d'Avelan. Montséffur qui conserve encore une renommée F^P"^tique! était le grand sanctuaire. Et les gouffres du Thabor, où flottent de vagues superstitions fatidiques, formaient les mystérieuses piscines hé-
liaques. ^ . .^^
Lavelanet est construit sur le Lectoner, un torrent de montagne qui sort tout écumant des gorges de Montferrier. Le bourg ancien s'allonge sur sa rive droite resserré entre deux monticules rocailleux et boisés de chênes. L'un, celui de l'est, supporte le château; et l'autre, celui de l'ouest, était probablement couronné de l'autel sidéral, uujour. d'hui transformé en une chapelle catholique dédiée à sainte Ruffina, qui pourrait bien n'être que la Uondi Phœbé, canonisée dans le panthéon romain. Au xiii« siècle, le bourg et son territoire étaient le domaine indivis de Bérenger de Lavelanet et do Ramon de Pérella. Les deux cousins étaient du même âge ; ils avaient la même foi ; ils partagèrent la même destinée jusqu'au trépas. Seulement, dans ce tragique drame, Bérenger, moins riche, moins viril, moins héroïque, n'est que la doublure amoindrie de Ramon, et comme son Pylade chevaleresque. Après la chute de la forteresse albigeoise, tout le pays d^Olmès confisqué fut inféodé au maréchal de la croisade dont les descendants s'intitulèrent marquis de Mirepois, vicomtes de Lavelanet et seigneurs de Montségur, titres qu'ils ont conservés jusqu'à la Révolution française,
A peine descendus de voiture, nous allâmes a la