‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 892 sur 922 · ÉPILOGUE 4ta · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE 4ta

partem dmnœ mentis^. Vierges, elles distillent le miel et possèdent un rayon de l'Esprit de Dieu. » Quoi qu'il en soit, les abeilles de Montségur qui composent leur nectar avec les fleurs des tombes, accueillirent fraternellement des voyageurs qui venaient moissonner aussi des souvenirs perdus, des gloires oubliées sur un antique sépulcre.

C'était le dimanche (23 septembre); la cloche rustique sonnait l'office du matin ; et nous trouvâmes les habitants presque tous bergers, bûcherons et cultivateurs, devant l'Église qui n'est ellemême qu'une grande cabane, un vaste bercail surmonté d'une croix. Empressés et respectueux, ils entourèrent aussitôt les étrangers et parurent flattés que nous fussions venus d'un pays lointain visiter les ruines de Montségur. Mais nous ne tardâmes pas à nous apercevoir que les événements dont elles furent le théâtre échappent à leur souvenir. Tout cet horrible drame n'a plus dans leur esprit que la vague et fantastique consistance d'un songe. L'homme n'a pas assez de mémoire pour toutes ses infortunes; â chaque époque ses douleurs, à chaque génération ses larmes. Le temps, la mort et l'inquisition ont tout effacé. L'affreuse inquisition, non contouto d'exhumer du sol les ossements, s'efforçait encore d'extirper du cœur les souvenirs : il lui fallait des cœurs et des tombeaux déserts. L'histoire de leurs ancêtres a pour ces montagnards le merveilleux d'un conte arabe. Mais ils aiment ces héros ignorés ; ils sont fiers de ces martyrs incon-

Page 1