‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 90 sur 922 · Hist, du Lang,, p · texte numérisé non relu

Hist, du Lang,, p

main de Saint-Ange, légat du Saint-Siège, Thibaud, comte de Champagne, et Hélie, abbé de Grandselve. Les États de la maison de Saint-Gélis qui s'étendaient depuis la cime des Alpes jusqu'aux landes de Gascogne qui bordent l'Océan, étaient réduits à Toulouse et à son diocèse, avec les deux appendices du Quercy et de l'Agenais. Encore, pour ce territoire ainsi restreint, RamonVIl devaitil faire hommage au roi, selon la coutume des barons de France, c'est-à-dire se reconnaître directement et irrévocablement le vassal de Louis IX, en attendant que, par le mariage de l'infante Joana, ce double débris de sa race et de sa terre allât se perdre prochainement et sans retour dans la maison capétienne. De plus, les partisans de l'Église romaine, du roi de France et des Montfort, c'està-dire les moines, les traîtres, les assassins, fugitifs depuis la victoire nationale, rentreront dans leurs héritages, c'est-à-dire, dans les confiscations dont la croisade avait salarié leur félonie, et les citoyens proscrits à leur tour comme hérétiques, leur abandonneront de nouveau leurs foyers paternels et prendront leurs places dans les antres des forets. Enfin, comme gages de la soumission, dix forteresses recevaient garnison française, et trente villes étaient démantelées de leurs murailles, de sorte que le pays mutilé, désarmé, gisait abattu, sous la pointe des lances capétiennes et sous l'éclair des foudres pontificales. Dans le nombre on aura remarqué Montcuc, près Montauban. C'est le manoir de Bernard-Arnaud,'le valeureux troubadour, et la saisie de son donjon est le salaire de son hymne pa-

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triotique. C'était sous le nom de paix une conquête et sous le titre de suzeraineté , la domination ' le despotisme royal corroboré de la consëcra' tion théocratique. Le comte de Champagne plaida, sans doute, généreusement la cause de Ramon VIT; mais prince léger, amoureux de la reine, comprol mis dans la révolte des barons du Nord, il ne put adoucir la rigueur des conditions dont on accablait les seigneurs et les cités du Midi. Quant à Blanche de Gastille, investie des spoliations de la croisade, elle traitait comme un coupable et un rebelle, un parent, un prince infortuné dont la cause était juste, la défense légitime et sainte, et qui ne succombait dans son triomphe qu'avec le droit, la patrie, la civilisation romane écrasés par le nombre, par la force brutale, par l'ambition capétienne au service du fanatisme monastique de Rome. A cette lugubre proclamation, quelle consternation dans Toulouse! Quel frémissement dans ces dix forteresses naguère victorieuses, et bientôt captives sans combat, et ces trente villes, cités consulaires et cbevaleresques, que l'on déshonore en leur enlevant leurs murailles, comme des guerriers à qui l'on arrache leurs armures avant de faire tomber leurs têtes ! Et cette menace mystérieuse et d'autant plus terrible, suspendue sur cinq villes inconnues, ne fondra-t-elle pas comme un orage sur Toulouse I Et la grande cité méridionale qu'on n'ose pas désigner d'avance, de peur d'en soulever les citoyens, perdra-t-elle aussi le palais de ses comtes, et ses antiques remparts victorieux de la croisade et des Montfort I

Le sort du Midi allait âe décider au Gapduelh ou Capitole de Toulouse. Le comte y convoqua les capitouls de sa métropole et les consuls des villes secondaires, et les barons pyrénéens, à la tête desquels le comte de Foix. Ce guerrier illustre, toujours écouté, comme un oracle, se dit sans brèche et sans escalade^, comparant son cœur à son donjon de Foix, inaccessible à la peur dans le ciel ; et pourtant il opina pour la paix, voyant le sol ravagé, un peuple à demi dévoré, et dont la guerre, la famine et rinquisition allaient achever de ronger le squelette ; il fut d'avis qu'on acceptât les préliminaires de l'abbé deGrandselve, et que le comte Ramon se rendît à Paris pour obtenir de meilleures conditions de son parent le roi de France. Peut-être eût-il mieux valu que le persuasif et politique prince fût allé plaider lui-même la cause romane, comme son père l'avait défendue avec tant d'éclat et d'éloquence au concile de Latran (1215). Mais il pensa que Ramon, si faible qu'il fût, secondé des consuls de la cité et des principaux barons romans, non-seulement suffirait à cette négociation, mais obtiendrait peutêtre de plus larges et de plus équitables concessions quand la reine et le légat verraient que le vainqueur de la croisade, le libérateur du Midi, était encore à cheval, prêt à pousser son cri de guerre, et à sonner de son cor de bataille qui pouvait réveiller le roi d'Aragon sur les bords de l'Èbre, et même le roi d'Angleterre dans ses îles de l'Océan.

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