ÉPILOGUE
cédures des inquisiteurs, cette Iliade de la torture et de la mort.
La puissance du catharisme se mesure encore à répouvante du catholicisme et aux fureurs de Rome. Les barbaries de Rome païenne furent dépassées par Rome théocratique. L'historien frisifionnant s'est souvent demandé de quel abîme pouvaient jaillir ces prodiges de férocité contre ce christianisme d'amour. L'antagonisme entre les deux Églises n'était pas radical; plusieurs dogmes étaient communs ; leur morale ascétique était la même : des prêtres, des moines, des monastères, étaient cathares, et l'albigisme apparaissait comme un christianisme plus pur, un catholicisme idéal. D'où vient donc cette haine inextinguible, cette guerre inexpiable ? Innocent III en laisse échapper le secret. Le catharisme disputait à Rome l'empire du monde moral, et culbutait de son trône sacerdotal le Vicaire de Dieu. Il émancipait l'Esprit humain. Il fermait l'âge théocratique.
La théocratie se maintint toute sanglante dans sa chaire. Mais elle comprit qu'on ne conserve pas la dictature de l'esprit humain par le fer et le feu. A la torche et à la hache, elle ajouta le glaive de l'Esprit et la lampe de la science. Elle déploya sur- * tout une admirable puissance de reconstruction. C'est alors qu'apparaissent en foule les grands hommes et les grandes écoles qui furent comme les cariatides, les colonnes et les forteresses du Vatican ruineux. Alors se levèrent, pour continuer la croisade de l'enseignement, les Montfort de la science, Bonaventure, Duns-Scott, et surtout Thomas '
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IflO LES ALBIGEOIS ET L INQUISITION
d'Aquin. Sur le sol bouleversé de la foi, Thomas reconstruisit la Somme des doctrines, monument théologique de la plus majestueuse ordonnance, dans les vastes assises duquel le puissant architecte intercale à son insu quelque bloc alexandrin, quelque ciselure cathare *. Des tempêtes du catharisme sortit le siècle de saint Louis comme des orages du calvinisme sortira le siècle de Louis XIV. A ces chefs d'ordre et d'école, à ces docteurs subtils, solennels, admirables^ angéliques, séraphiques, il faut ajouter lesaintroyal, TAnge couronné, ce Lis capétien issu du flanc cruel de Blanche de GastiUe, héritier innocent de tant de crimes, patron candide de l'inquisition et de la croisade, et qui semble un Eliacin élevé par Oliva dans les cloîtres mystiques de Narbonne.
Les derniers bûchers albigeois mêlent leurs flammes aux bûchers de Jean Huss et de Jérôme de Prague. Les Vaudois des Alpes, héritiers de l'albigisme, le relient à la Réforme du xvi** siècle, moins vaste que celle du xii% mais plus solide sur son double fondement: la Bible et le moijde. En somme, l'albigisme religieux, l'Esprit de tolérance et d'amour, triomphe également partout. Le voilà qui entre avec la liberté dans Vienne, à Venise, à Lisbonne, à Madrid, à Naples, à Rome même. Rome Ta refoulé pendant six cents ans; il devient une loi de l'univers.
Qu'est-ce enfin que Montségur a légué au monde?
1. Par exemple: la création est un acte credihile sed non demonstrabile, Thomas s'inscrit en faux contre Moïse.