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ÉPILOGUE

quatre légions de Rome jusqu'au xvie siècle. Il a donné au catholicisme, qui se racornissait dans le cloître, l'institution pédagogique, la prédication populaire et la mysticité séraphique.

Dominique représente la prédication et l'enseignement. Il a le monopole et la manipulation de la doctrine catholique. Mais à sa fonction dogmatique et oratoire, il a joint l'inquisition et l'horrible office du bourreau. Il est VAnge à la faux tranchante du moyen âge, et sa lampe se change en torche. Le premier, il a proféré ce mot atroce : Rome ou la mort. Dominique est le Robespierre, et l'ordre dominicain est le comité de salut public de la réaction du xiii« siècle. L'ordre dominicain farouchement déformé par le génie procédurier de Rome, et le tempérament sanguinaire de l'Espagne n'est plus bientôt qu'une effroyable dérision de l'apostolat cathare, puisque dans son affreux vocabu-laire sermon devient synonyme de bûcher et doctrine, de mutisme et de silence. Il ne produit que des docteurs, mais point depoëtes, s'étant retranché le cœur. Quelle harpe pourrait avoir le dominicain? Un archet de fer grinçant sur quelques nerfs arrachés par ,1a torture et tendus sur une tête de mort. Pourtant il s'attendrit vers la fin, et penche dou. cément au franciscanisme dans Tauler et Savonarole, dans le peintre italien Fra Angélico et le poète espagnol, don Luis de Léon.

Mais l'albigisme catholique eut son expression plus fidèle et plus humaine dans l'ordre franciscain. François d'Assise est dans sa légende comme un Christ cathare avec ses plaies réelles sur un corps

demi-fantastique, et vivant jusque dans la mort. Après le catharisme la mort ne fut plus compréhensible des mystiques du moyen âge. François d'Assise est vivant dans son sépulcre, et mieux encore, Bonaventure, pâle et vert, écrit ses mémoires dans son tombeau. Le catharisme mitigé s'est reproduit dans son expression la plus haute, dans le franciscain, orateur, poëte, médecin, thaumaturge. Il a produit le rameau le plus éclatant dans la dynastie mystique des François : François d'Assise, François de Paule, François de Sales ^, et François de Fénelon ; ces deux derniers grands écrivains, l'un avec son exubérante naïveté gauloise, Tautre avec l'élégance de son génie grec et alexandrin.

N'oublions pas enfin le Joachimisme, les enfants de YÉvangile éternel, Joan d'Oliva, Ugo d'Hières, Bernard Délicios, et toute cette école mystique de Narbonne, d'où sortit la. Consolation internelle, la plus pure fleur du Johanisme aquitain, dont le parfum, légèrement évaporé, enivre encore les âmes comme un flot d'encens vierge brûlé sur l'autel céleste.

L'ordre franciscain a une grande lyre d'ivoire. Ses tendresses ineffables vivent dans Y Imitation et ses vengeances immortelles dans l'épopée du Dante, Mais le.dominicain n'a d'autres poèmes que les pro-

4. Les de Sales, comme les de Maistre, réfugiés en Savoie, sont d'origine albigeoise et pyrénéenne. Les Salas, (dont le nom ibère est le radical de Salao, Salignac, Salencas, Salamanca) étaient seigneurs de Lordat^ dans Iç Sabartès.

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