LIVRE PKKMIEH j^cj
Un coup de vent, une flèche maure, abattant ou submergeant l'aventureux conquistador, eût porté Ramon sur le trône de Saragosse, et fondé de l'Èbre à la Dordogne un vaste empire pyrénéen. Le comte de Foix, son maréchal , eût pu même , à travers le Limousin frémissant et le Poitou soulevé (car Savari de Mauléon, ce Basque versatile, avait déjà abandonné les Capétiens), conduire le nouveau roi d'Aquitaine jusqu'à la Loire, impétueusement bordée de cinquante mille lances aragonaises, catalanes et provençales. Roger-Bernard, le libérateur du Midi, achevant l'œuvre nationale, eût reconstruit l'ancienne' confédération ibéroromane, et rejeté pour toujours au delà du fleuve la monarchie capétienne qui se fût organisée dans ses limites naturelles du Rhin, de la Manche et de la mer du Nord. C'était le rêve de Bertran de Born, le grand troubadour patriote du siècle passé, et cette éventualité menaçante troublait peut-être le sommeil de Blanche, et probablement précipita la catastrophe \
Ramon VII passa près de la tombe où reposait, depuis trente ans, le Tyrtée chevaleresque du Limousin, sous les dalles de l'abbaye de Grammont. Ahl pourquoi son spectre tragique, se levant de son cercueil, ne fit-il pas reculer le cheval du prince effaré, ou marchant devant lui, ne lui montra-t-il pas, aux lueurs de sa lampe funèbre, le piège qu'on lui tendait à Meaux, et le supplice qu'on lui préparait à Paris I Mais non, son illusion ne fut troublée