‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 99 sur 922 · Plus de 2,660,000 fr · texte numérisé non relu

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neur conditionnel; et, comme une grâce inouïe, l'union d'un prince capétien avec rhéritière de la maison de Saint-Gélis, comme si les rois de France n'épousaient pas les princesses provençales et ne jetaient pas leurs filles dans le lit des comtes pyrénéens.

« Espérant, continue le document officiel, que nous persévérerons dans notre dévouement à TÉglise, et notre fidélité pour sa personne, le roi nous fait la grâce de recevoir notre fille que nous lui livrerons pour la donner en mariage à l'un de ses frères, et de nous laisser Toulouse et son diocèse, sauf la terre du Maréchal que le maréchal tiendra du roi ; de manière qu'après notre mort, la ville et le comté reviendront à notre gendre, et, à leur défaut, au roi. — Le roi nous laissera l'Agenais; le Rouergue, l'Albigeois en deçà du Tarn, et le Quercy excepté Gahors et les autres fiefs du roi Philippe. Tous ces pays, si nous mourons sans enfants, reviendront à notre fille, épouse de l'un des frères du roi. — Nous cédons Vertfeuil, Las Bordas et leurs dépendances à l'évêque de Toulouse et aux fils d'Odon de Lyliers, conformément au don qui leur en fut fait par le roi Louis et le comte de Montfort. — Nous ferons hommage-lige au roi, pour tous les pays qui nous sont laissés selon la coutume des barons de France. Nous cédons au roi et à ses héritiers tous nos autres pays en deçà du Rhône, dans le royaume de France. — Quant aux pays situés au delà de ce fleuve dans l'Empire, nous les avons cédés à perpétuité à l'Église romaine. — Tous les habitants expulsés par le roi ou par les

comtes de Montfort, ou volontairement expatriés, seront rétablis dans leurs domaines à moins qu'ils ne soient hérétiques. — Que si quelques-uns, notamment le comte de Foix, refusaient de se soumettre, nous leur ferons une vive guerre et ne conclurons avec eux ni paix, ni trêve, sans le consentement de l'Église et du roi. — Nous ferons détruire entièrement les murs et combler les fossés de Toulouse selon les ordres du légat. — Nous en ferons de même de trente villes ou châteaux, savoir : Fanjaus, etc. Leurs murailles ne pourront être rétablies sans la permission du roi et nous ne pourrons élever de nouvelles forteresses. — Nous jurons au légat et au roi d'observer de bonne foi toutes ces choses et de les faire observer par nos vassaux, et notamment par les citoyens de Toulouse ; en sorte que, si nous contrevenions à quelqu'un de ces articles, ils seront déliés envers nous du serment de fidélité, et qu'ils adhéreront à l'Église et au roi et que nous retomberons sous l'excommunication et l'interdit lancés contre nous et notre père par le concile de Latran. — Nos vassaux ajouteront à leurs serments qu'ils aideront contre les hérétiques et leur feront la guerre jusqu'à ce qu'ils soient soumis à l'Église et au roi. — Ces serments seront renouvelés de cinq en cinq ans au commandement du roi. — Pour l'exécution du présent traité, et pour la sécurité du roi et de l'Église, nous mettrons en gage entre les mains du roi le Castel-Narbonnais (de Toulouse) et aussi les châteaux de Gastelnaudari, de Lavaur, de Montcuc, de Penne d'Albigeois , de Penne d'Agenais , de Cordoue , de

* Il

iW LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

Roche-Peyrusse, de Verdun et de Villemur, qu'il gardera pendant dix ans et pour la garde desquels nous payerons i,500 livres tournois, indépendamment des 6,000 marcs d'argent. L'Église et le roi peuvent, selon leur bon plaisir, faire démolir quatre de ces châteaux et exiger la livraison de Penne d'Albigeois pour la donner aux Templiers ou aux Hospitaliers. — Le roi décharge les habitants de Toulouse et tous les peuples du pays de tous les engagements contractés soit envers lui, soit envers son prédécesseur, soit envers les comtes de Montfort *. »

Tel est ce fameux traité de spoalition, conçu par Romain de Saint -Ange, proposé par l'abbé de Grandselve, concerté à Paris entre ce moine, le légat et la régente, présenté frauduleusement et comme une amorce au comte de Toulouse, et, quand ce prince est tombé dans le piège, complètement transformé au synode de Meaux, .et enfin déployé tout entier et dans sa rigueur accablante et inexorable à l'assemblée de Notre-Dame. C'est amsi que le serpent devint un lion. Ce traité parut énorme même aux contemporains, et ses clauses excessives, même aux intéressés. «Chacune d'elles, dit un prêtre, eût suffi en guise de rançon, dans le cas où le roi eût pris et vaincu le comte en ba-

L'iniquité n'en est dépassée que par le cynisme. Le prodige de l'insolence, c'est le vaincu qui im-

I. Hist. du Lang., t. V, p. 656, pr. 146. • 2, Guil. de Puilaurens, xl.

pose des conditions au vainqueur ; le spoliateur qui se donne encore des airs de faire grâce au spolié; le juste est dans l'attitude du criminel, et le droit a le langage du suppliant. Par ces audaces, ils ont espéré tromper la conscience de l'avenir.

Le comte de Toulouse, après cette lecture, s'avança vers le pupitre où le livre des Évangiles était ouvert vis-à-vis du roi. Posant la main sur le gothique volume aux caractères d'or et d'azur, et aux armes de France, le comte dit d'une voix émue : « En présence de Dieu, et de vous, monseigneur » Louis, roi des Français, et de vous, monseigneur » Romain, légat du saint-siége apostolique, et de » vous tous, messeigneurs prélats et barons, je jure » d'observer le présent traité. » — Le jeune monarque et l'infortuné comte apposèrent au bas leurs signatures, et leurs chanceliers scellèrent ce parchemin du sceau de France aux trois fleurs de lis, et du sceau de Toulouse à la brebis et à la croix. Ainsi la monarchie capétienne, bornée d'abord à rile de France, son berceau, péniblement élargie jusqu'à la Loire par le vaillant roi Louis le Gros, se trouva tout d'un coup et d'un trait de plume immensément étendue vers le sud jusqu'aux Pyrénées. Et de quel droit le jeune Louis IX exécutaitil cette vaste spoliation ? Du droit des Montfort, du droit de Charlemagne, du droit de Clovis, du droit de Rome impériale, et, chose non moins chimérique et non moins monstrueuse, du droit de Rome théocratique ! Le légat contre-scella sans doute les sceaux de Toulouse et de France des clefs de saint

*88 Lhs ALBIGEOIS ET L'INQUISIIIOX

Pierre, ces clefs terribles, qui, daos l'opinion du siècle, ouvraient le ciel et l'enfer.

Ramon VII, par un acte complémentaire, déclara donner au roi, comme otages, vingt barons ou notables toulousains. Ces chevaliers et ces citoyens jurèrent de rester captifs au Louvre jusqu'à la dé< molition convenue des cinq cents toises des murailles de la grande cité. Après leur serment ils

• durent accompagner leur maître à son dernier martyre. La spoliation royale fut immédiatement suivie du stigmate sacerdotal. Le comte se dépouilla de son manteau , descendit de l'estrade et fut introduit par le grand portail, dans l'éc^lise de Notre-Dame. Le légat de France, ayant pour acolytes ses deux collègues d'Angleterre et de Pologne, des verges à la main, introduisit l'illustre pénitent, la corde au cou, dans la basilique. « C'était pitié , dit Guilhem de Puilaurens chapelain du comte, et témoin sans doute du supplice de son maître, c'était pitié de voir un si grand prince qui pendant si longtemps avait résisté à tant et de si puissantes nations . conduit pieds nus, en chemise et en brayes, jusqu'à l'autel ^ » Au pied du grand autel Ramon tomba à genoux ; le cardinal le frappa, sur le dos, de ses verges sacerdotales. « Comte de Toulouse, s'écria le légat, au nom de Jésus-Christ, notre Seigneur, et de notre samt-père, Grégoire IX, son vicaire, nous t'absolvons de l'excommunication prononcée contre toi I — Amen, chantèrent en triomphe les évêques I Amen,»

• 1. Guil. de Puyiaurens, ch. xl.

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