Voyez Uv. IV, t. II, p
ÉTAT POLITIQUE DE l’ ÉCOSSE.
d’Ecosse. Par suite de la même révolution , les rois 1066 écossais se défirent des surnoms patronimiques qui rappelaient leur origine celtique , et ne gardèrent que de simples noms propres, soit saxons , soit étrangers; comme Edgar, Alexandre, David , etc.
Cette hospitalité que les chefs de l’Ecosse accordaient aux hommes de race saxonne fuyant devant les Normands , ils l’offrirent aussi , comme on l’a déjà vu , aux hommes de race normande mécontents du lot qui leur était échu dans le partage de la conquête, ou bannis de l’Angleterre par sentence de leurs propres chefs. Ces fils des conquérants vinrent en grand nombre chercher fortune où les vaincus avaient trouvé recours. La plupart étaient des soldats à l’épreuve. Les rois écossais les prirent à leur service , joyeux d’avoir des chevaliers normands à opposer aux Normands de pardelà la Tweed. Ils les admirent dans leur intimité, leur confièrent de grands commandements , et même, pour rendre leur cour plus agréable à ces nouveaux hôtes , ils s’étudièrent à introduire dans le langage teu Ionique qu’on y parlait un grand nombre de mots et d’idiotismes français'. La mode
I. Les Chartes <lcs rois d’Érossc, à la fin du dixième siècle, portaient pour susrriplion : N. omnibus per reg-
4 diffÉrfntes populations
066 et l’usage naturalisèi'eiit peu à peu ces locutions exotiques sur tout le pays situé au sud du Fortli , et la langue nationale y devint , en assez peu de temps, un composé bizarre de tudesque et de français presque également mélangés.
Cette langue, qui est encore aujourd’hui le dialecte populaire des habitants du midi de l’Ecosse, ne conserva qu’une faible quantité de mots celtiques, soit erses, soit bretons, la plupart destinés à représenter des objets propres au pays, comme les différents accidents et, pour ainsi dire, les nuances diverses d’un sol extrêmement varié. Mais, malgré le peu de figure que faisaient dans le nouveau langage les débris de l’ancien idiome des plaines écossaises, on pouvait facilement reconnaître, à l’esprit et aux mœurs de la population de ces contrées, que c’était une race celtique, où d’autres races d’hommes étaient venues se foudre et s’encadrer, pour ainsi dire, sans la renouveler entièrement. La vivacité d’imagination, le goût pour la musique et la poésie, l’habitude de redoubler, en quelque sorte , le lien social par des liens de parenté qui sc notent et se réclament jusqu’au
iium suum Scotis et Anplis salutem. Dans le douzième siècle , elles portèrent : Omnibus lidelibus Francis et Anglis et Scotis. (Monast. anglic. t. II, p. 3 a 5 .)
DE l’iIcOSSE.
degré le plus éloigné, sont des traits originels qui distinguaient et distinguent même encore les ha- nS-, bitants de la rive gauche de la Tweed de leurs voisins méridionaux.
A mesure qu’on avançait vers l’ouest , dans les plaines d’Ecosse, ces traits de physionomie celtique se prononçaient plus fortement, parce que le peuple y était plus éloigné de l’influentfe des villes royales de Scone et d’Edinburgh, où affluait la multitude des émigrants étrangers. Dans la province de Galloway, par exemple, l’autorité administrative n’était encore regardée, au douzième siècle , que comme une fiction de l’autorité paternelle; et nul homme, envoyé par le roi pour gouverner cette contrée, ne pouvait y exercer en paix le commandement, s’il n’était agréé comme tête de J'amille ou chef de clan par le peuple qu’il devait régir'. Si les habitants ne jugeaient pas à propos de décerner ce titre à l’officier du roi, ou si l’ancien chef héréditaire de la tribu ne lui cédait pas volontairement son privilège, la tribu ne le reconnaissait point , malgré sa commission royale, et lui-même était bientôt forcé de résigner ou de
I . Caput progeniei. (Ken-Kinneol, Charta Alexandri IF, apud Graiit’s desceiit of the Gaels , p. 378. )