Ibid
EN AQÜITAUfE.
(efort, près de Périgueux, homme qui réunissait 1174 au plus haut degré toutes les qualités nécessaires ,,^5 pour jouer un grand rôle au moyen âge'. Il était guerrier et poète , avait un besoin excessif de mouvement et d’émotions ; et tout ce qu’il sentait en lui d’activité, de talent et d’esprit, il l'employait aux affaires politiques. Mais cette agitation, en apparence vaine et turbulente, n’était pas sans objet réel, sans liaison avec le bien du pays où Bertrand de Born était né. Cet homme extraordinaire semble avoir eu la conviction profonde que sa patrie, voisine des États des rois de France et d’Angleterre, ne pouvait échapper, aux dangers qui la menaçaient toujours d’un côté ou de l’autre , que par la guerre entre ses deux ennemis. Telle en effet paraît avoir été la pensée qui présida, durant toute la vie de Bertrand , à Ses actions et à sa conduite. a En tout temps, dit son biographe provena çal , il voulait que le roi de France et le roi d’An- « gleterre eussent guerre ensemble, et si les rois « avaient paix ou trêve, alors il se peinait et se a travaillait pour défaire cette paix '. » Par le
I . Choix des Poésies originales des Troubadours , public par M. Ravnouard. — Biographie, tom. V, pag. 76.
a E s'il avian palz.
Mi treva , ades se penava e spercassava de desfar paU....
(Cboii dei PoéiM* det Troubadours , mu. T, pag. 7!. j
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3l4 , CARACTÈRE
“. 7 * même motif, Bertrand mit en usage tout ce qu’il 1175. avait d’adresse pour faire éclore et envenimer la querelle entre le roi d’Angleterre et ses fils; il fut l’un de ceux qui , s’emparant de l’esprit du jeune Henry , éveillèrent son ambition et le poussèrent à la révolte Il prit ensuite un égal ascendant sur les autres fils et même sur le père, toujours à leur détriment et au profit de l’Aquitaine. C’est le témoignage que rend de lui son vieux biographe , avec l’orgueil d’un homme du Midi , étalant la supériorité morale d’un de ses compatriotes sur les rois et les princes du nord : a 11 était maître, « toutes fois qu’il voulait , du roi Henry d’Angle- K terre et de ses fils, et toujours voulait-il qu’ils « eussent gueiTe ensemble, le père, et les fils, et « les frères , l’un avec l’autre »
Ses efforts , couronnés d’un plein succès ; lui acquirent une célébrité funeste auprès de ceux qui ne voyaient en lui qu’un conseiller de discordes domestiques, qu’un homme cherchant malicieusement ^ pour parler le langage mystique du siècle, à soulever le sang contre la chair , à diviser le chef
I. Choix des Poésies des Troubadours, t. V, p, 76. a. Seingner era totas ves quan se volia, del rei Enric d’Englalerra et del fils de lui , mas tolz temps volia que ill agnesson giierra enseme lo paire et lo fils e’I frairc l’un ah l’autre. (Thid.)
DE BERTRAND DE BORN. ' 3l5
et les membres'. C’est pour cette raison qqe le ,,^4 poète italien, Dante Alighieri, lui fait subir, dans son Enfer, un cbâtiment analogue à l’expression bgurée par laquelle on désignait sa faute. «Je vis, a et il me semble encore le voir, un tronc sans tête « marcher vers nous , et sa tête coupée il la tenait « d’une main par les cheveux , en guise de lan- « terne.... Sache que je suis Bertrand de Born ,
« celui qui donna au jeune roi de si mauvais con- ' « seils ’. » Mais Bertrand fit plus encore : il ne se contenta pas de donner au jeune Henry contre son père ces conseils que le poète appelle mauvais; il lui en donna de semblables contre son frère Richard, et, quand le jeune roi fut mort^ à Richard contre le vieux roi, puis enfin, quand ce dernier fut mort , à Richard contre le roi de France , et au roi de France contre Richard. Il ne souffrait pas qu’il y eût entre eux un instant de bon accord , et les animait l’ùn contre l’autre par des sirventès ou chants satiriques fort à la mode dans ce temps
I. Caro deaævit in sangnineni. (Script, rer. franc.. to«. XIII , pag. >5i.)
9 . Sappi ch’ i’ son Ber tram dal Bomio, qnelli Cbe diedi Al n GioTanni i ma’ conforti.
^ loCéroo , canio XXVIII. )
3 . Toute pièce de poésie provençale qui traitait un sujet e'tr.inger à l’araour , s’iippclait sirventès, en vieux
3 16 INFLUFIfCE POLITIQUE
La poésie jouait alors un grand rôle dans les événements politiques des contrées situées au sud de la Loire. Il n’y avait pas une paix, une guerre, une révolte, une transaction diplomatique qui ne fût annoncée, proclamée, louée ou blâmée en vers. Ces pièces de vers, souvent composées par les hommes mêmes qui avaient pris une part active aux affaires, étaient d’une énergie qu’on a peine à concevoir dans l’état de mollesse où est tombé l’ancien idiome de la Gaule méridionale , depuis que le dialecte français l’a remplacé comme langue littéraire *. Les chants des trobadores , ou poètes provençaux ’ , toulousàins, dauphinois, aquitains, poitevins et limousins, circulant rapidement de château en château et de ville en ville , faisaient à peu près, au douzième siècle, l’office de papiers publics , dans le pays compris entre la Vienne, l’Isère, les montagnes d’Auvergne et les deux mers. Il n’y avait point encore dans ce pays d’inquisition reli-
f'r.-inçais seivantois , comme étant d’an genre inférieur à la poésie amoureuse ou chevaleresque.