ÉTABLIS EN ÉCOSSE
on donnait , il est vrai , à ce dernier le nom de 1066 lord eu langue teutonique', et de seigneur en, ,,'3^ langue française ; mais, comme il n’était ni conquérant, ni fils de conquérant , on ne le haïssait point, et l’on ne tremblait point devant lui. Une sorte de familiarité rapprochait l’habitant de la tour de celui de la cabane ; ils savaient que leurs ancêtres iie leur avaient point légué d’outrages mortels à venger l’un sur l’autre.
Quand la guerre les rassemblait en armes, ils ne formaient pas deux peuples séparés, l’un de cavaliers, l’autre de fantassins; l’un couvert d’armures complètes , l’autre à qui les éperons étaient interdits sous peine de châtiments ignominieux. Chacun, armé, selon sa richesse, d’une cotte de mailles ou H’un pourpoint doublé , montait son propre cheval bien ou mal enharnaché. En temps de paix, la condition de fermier d’autrui n’était point humiliante comme en Angleterre, où le mot normand de vilain est devenu , dans le langage vulgaire, la plus odieuse des épithètes. Un fermier écossais était appelé communément le bonhomme, the gude-man. Son lord n’avait à prétendre de lui que des rentes et des services établis de gré à gré;
I. Lalrd, suivant l’orthographe et la prononciation écossaise.
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ioC6 il n’ëtait point taillé haut et bas comme en pays , "3, de conquête' : aussi ne vit-on jamais en Ecosse . aucune insurrection de paysan; le pauvre et le riche sympathisaient ensemble , parce que la pauvreté et la richesse n’avaient point pour cause première la victoire et l’expropriation. Les races d’hommes, comme les différents idiomes , s’étaient mélangées dans tous les rangs, et la même langue se parlait au château, à la ville et dans la chaumière.
Cette langue, que sa ressemblance avec celle des Anglo-Saxons faisait nommer englisc ou anglaise, avait un sort bien différent en Ecosse et en Angleterre, Dans ce dernier pays, elle était l’idiome des serfs, des gens de métier, des gar- (leurs de troupeaux; et les poètes, qûi chantaient pour les hautes classes , ne composaient qu’en pur normand : mais , au nord de la Tweed , l’anglais était la langue favorite des ménestrels attachés à la cour ; il était poli , travaillé , gracieux , recherché , tandis que , de l’autre côté du même fleuve , il devenait rude et sans grâces , comme les malheureux qui le parlaient. Le petit nombre de poètes populaires qui,^il lieu de rimer en fran-
I . Walter Scott’s Minslrclsy of the scoUish border', loin. T , p. 81 ,