D ANGLETERRE ET DE FRANCE
les lui livra sous la condition dérisoire qu’il les re- 1169. prendrait en grâce et leur rendrait leurs biens'. Henry le promit, et leur donna même publiquement le baiser de paix, pour garantie de cette promesse; mais la plupart finirent leur vie en prison ou au milieu des supplices.
Lorsque les deux rois se furent séparés , dans cette apparence d’harmonie parfaite , qui pourtant ne fut pas de longue durée , Henry , fils aîné du roi d’Angleterre, remit à son jeune frère, Geoffroy, la dignité de duc de Bretagne, ne gardant que le comté d’Anjou : Geoffroy fit hommage à son frère comme celui-ci l’avait fait au roi de France; puis il se rendit à Rennes pour y tenir sa cour et recevoir les soumissions des seigneurs et des chevaliers du pays*. C’est ainsi que les deux ennemis héréditaires de la liberté des Bretons leur’ enlevèrent, de commun accord, la souveraineté de leur terre natale; le prince angevin se fit seigneur direct, le (Français seigneur suzerain, et cetis grande révolution eut lieu sans violence apparente! Çonan , le dernier comte de pure race bretonne , ne fut point déposé , mais son nom ne reparut plus - . .n il :;nîi<j:i •!•!!(} -t!
^' 1 .^ Jottan. Sariaberiensig epistda, apod script, reirim francic. tom. XVIÿ pag. 5g6. ; 'fi;/,. jj,». . , ..(ii
( 2 . Ibid. pag. 5q6 et scq. ■ ' îi'./fi.
[ zed by GoogU
FIN I)E l’indépendance
/i>9. dans les actes publies : dès-lors à proprement parler, il n’y cul plus de nation en Bretagne; il y eut un parti français et un parti angevin ou normand, qui travaillèrent en sens divers pour l'iiuc ou pour l’autre puissance.
r.a vieille langue nationale, abandonnée par tous ceux qui voulaient plaire à l'un ou à l’autre des deux rois, s’altéra peu à peu dans la bouche des pauvres et des paysans; eux seuls y tinrent fidèlement, et la conservèrent, à travers les siècles, avec la ténacité de mémoire el de volonté qui est propre aux hommes de race celtique. Malgré la désertion de leurs chefs nationaux vers l’étranger soit normand , soit français, et la servitude publique et privée qui en fut la suite, les gens du peuple en Basse-Bretagne n’ont jamais cessé de reconnaître dans les nobles de leur pays des enfants de la terre natale. Ils ne les ont point haïs de cette haine violente qu’on portait ailleurs à des seigneurs issus dp race étrangère; et sous les titres féodaux de baron et de chevalier, le paysan breton retrouvait encore les tierns et les mac-tierns des temps de son indépendance : il leur obéissait avec zèle dans le bien comme dans le mal, s’engageait dans leurs intrigues et leurs querelles politiques, souvent sans les comprendre, mais par habitude et par le même instinct de dévouement ^qu’avaient pour
DigitizeS by