BATAILLE DE PLATÉE
à Erythres, ils allèrent se poster vis-k-vis des Perses, au pied du mont Cithéron.
Mardonius envoya contre les Grecs ses cavaliers, commandés par Masestius, homme d’une grande distinction parmi les Perses. Les Mégariens, se trouvant par hasard placés dans l’endroit le plus facile k attaquer, recevaient les charges de la cavalerie et perdaient du monde. Ils demandèrent k être relevés de ce poste, menaçant de se retirer si on ne faisait droit k leur réclamation.
« Pausanias sonda les Grecs, dit Hérodote, pour voir s’il ne s’en trouverait point qui s’offrissent volontairement pour défendre ce poste en la place des Mégariens; tous refusèrent, excepté les trois cents Athéniens d’élite, commandés par Olympiodore, fils de Lampon, qui se chargèrent de ce soin. »
Les cavaliers de Mardonius ayant renouvelé leurs attaques, le perse Masestius fut tué, et son corps resta au pouvoir des Athéniens. Les assauts redoublèrent en vain, le cadavre de ce chef ne put être repris. Après quelques escarmouches, les Grecs furent « d’avis d’aller k Platée, dit Hérodote, dont « le territoire paraissait beauconp plus commode « pour camper que celui d’Erythres, par plusieurs « raisons, et, entre autres, k cause de l'abondance « de ses eaux. »
Ils s’y rendirent, et se rangèrent par nations, les uns sur des collines peu élevées, les autres dans la plaine.
« Quand les troupes voulurent prendre en ceten- « droit le rang qu'elles devaient occuper, dit Héro-
PERSES ET GRECS
« dote, il s’éleva de grandes contestations entre les « Tégéates et les Athéniens; les uns et les autres sou- « tenant qu’ils devaient avoir le commandement de « l’une des deux ailes, et rapportant, pour appuyer « leurs prétentions, les belles actions qu’ils avaient « faites, tant dans les derniers temps que dans les « siècles les plus reculés. » Les Tégéates parlèrent les premiers; les Athéniens exposèrent ensuite leurs raisons, qui ne manquaient pas de solidité : après avoir terminé leur apologie, ils ajoutèrent ces généreuses paroles :
« Mais, dans les circonstances actuelles, il necon- « vient pas de contester sur les rangs. Nous sommes « prêts, Lacédémoniens, à vous obéir, quelquesoit « le poste que vous jugiez à propos de nous assise gner, et quels que soient les ennemis que nous « ayons en tete. Partout où vous nous placerez,
« nous tâcherons de nous comporter en gens de « cœur. Conduisez-nous donc, et comptez sur notre « obéissance.«(Hérodote.)
Cette réponse fit impression, et les Athéniens eurent le poste qu’ils avaient désiré.
Il serait trop long d’énumérer tous les petits peuples qui composaient l’armée grecque et les forces de chacun d eux. Disons seulement qu’il y avait dix mille Lacédémoniens, parmi lesquels se trouvaient cinq mille Spartiates, et que chaque Spartiate était suivi de sept Hilotes : ce qui portait le nombre de ces derniers à trente-cinq mille . Il y avait huit mille Athéniens; cinq mille Corinthiens. Enfin l’armée grecque s élevait à cent dix mille hommes.
BATAILLE DE PLATEE. ^03
L’année perse se moulait à trois cent mille hommes, sans y comprendre les Thébains, les Thcssaliens, les Béotiens, les Loeriens, etc., qui formaient un total de cinquante mille combattants.
L’armée grecque était de cent dix mille hommes, et celle de r ennemi de trois cent cinquante nulle . Cependant, au dire de Diodore de Sicile, les forces des Grecs n'étaient que de cent mille hommes et celles de rennemi s'élevaient jusqu’à cinq cent mille. Nous ignorons s’il est plus près de la vérité qu Hérodote, son devancier; mais nous n’avons aucune raison de le préférer en eecL
On aura remarqué que les Lacédémoniens, les Spartiates et leurs Hilotes, formaient un total de quarante-cinq mille hommes; tandis que les Athéniens n'avaient fourni que huit mille combattants. C’est que ce peuple avait laissé le plus grand nombre de ses soldats au service de la Hotte grecque.
Les deux armées sc mirent eu bataille (479 av. L-C.}.
Les P eh s es étaient placés en face des Lacedejhojîïens et des Tégéates ; les Me des en face des Coelxthïexs, des Potidéates, des Oeobomémees et des SiGYQNiEfts; les Bactiuens en face des Éfidàiîrïess, des Trékeniens, des Lépkéatks, des Tirynthiens, des Mycéniens et des Phliasiens; les Indiens en face des Heiîyüonéens, dos Érectriens, des Sri ré ens et des Ciialcidiens; les Sages en face des ÀHFBACiATESjdcs Anacto biens, des Leucahiens, des Paléess et des Éginètes; les Béotiens, les Locuiess, les Méubns, les Thessaliens et les mille
perses et grecs.
Phocidiens, eurent devant eux les Athéniens, les Platéens et les Mégariens.
^ Les Grecs et les barbares, s’étant ainsi rangés par nations et par bataillons, offrirent le lendemain les uns et les autres des sacrifices.» (Hérodote.)
Pendant plusieurs jours les deux armées restèrent en présence. Les généraux perses délibéraient. Dans cet intervalle de temps, les Athéniens et les Lacédémoniens changèrent de position : les premiers passèrent à Paile droite; les seconds à l’aile gauche. Les Béotiens, ayant remarqué ce mouvement, en donnèrent avis à Mardonras, qui fit aussitôt modifier son ordre de bataille , en plaçant de nouveau les Perses en face des Lacédémoniens. Pausanlas ramena les Spartiates à l'aile droite.Mardonius replaça les Perses à Parle gauche.
Les Spartiates a va lent provoqué ces mouvements. Ils n’avaient jamais combattu les Perses en rase campagne, et ils les redoutaient. Aussi avaient-ils dit aux Athéniens t Combattez les Perses, avec lesquels vous vous êtes déjà mesurés à Marathon, et nous, nous nous mettrons en présence des Thébains etdes autres Grecs qui ont fait défection. Les Athéniens avaient consenti avec joie à la demande des Spartiates, Mais, par suite des divers mouvements que nous venons d’exposer, les Spartiates se retrouvaient encore en présence des Perses, exci tés, nargués par Mar don i us ; et alors ils Réprouvèrent plus de crainte; ils brûlèrent d’en venir aux mains.
La cavalerie perse se mit en mouvement; elle lança des javelots, tira des flèches contre les Grecs,
BATAILLE LE PLATEE,
les tint à distance, et les empêcha d’approcher de la fonLaine Gargaphie, dont, au surplus, elle gâtait les eaux. Les Grecs manquaient d’eau et de vivres, et, comme les passages étaient interceptés, il n’était
plus possible qu’on les approvisionnât. Cela les décida
k décamper de nuit et à mieux choisir leur champ de bataille. Il y eut a ce sujet de graves contestations entre les généraux* Cependant le déplacement des troupes se fit avec ordre.
Le lendemain matin, s’étant aperçu de ce changement, Mardonius s’emporta en invectives contre tes Grecs.
« Il fit passer FAsopeaux Perses , dit Hérodote, et les mena contre les Grecs, en courant sur leurs traces, comme si ceux-ci prenaient véritablement la fuite. Il n’était occupé que des Lacédémoniens et des Tégéates, parce que les hauteurs Fernpêchaient d’apercevoir les Athéniens qui avaient pris par la plaine. Dès que les autres généraux de l’armée des barbares virent les Perses s’ébranler pour courir après les Grecs, ils arrachèrent aussitôt les étendards et les suivirent à toutes jambes, confusément et sans garder leurs rangs, poussant des cris et faisant un bruit épouvantable, comme s’ils allaient les enlever. »
Pausanias, attaqué brusquement, appela è son secours les Athéniens: ceux-ci se hâtaient d’accourir à sa voix, mais en cet instant ils furent attaqués euxmêmes par les Grecs de Farinée du roi, qui leur étaient opposés, et l’action s’engagea de deux côtés k la fois.
206 PERSES ET GRECS
Âvantd’en venir aux mains avec l’ennemi JesGrecs avaient éprouvé des craintes; mais, du moment que la bataille fui engagée, ils ne songèrent point à reculer.
Les Perses pressaient vivement les Grecs du côté où Mimlonius combattait en personne à la tête d’une troupe d’élite; niais ce chef fut tué. Le corps d’élite au milieu duquel il combattait fut renversé, et dès- J ors les légions des barbares tournèrent le dos ; les Lacédémoniens les poursuivirent.
Les Athéniens culbutaient les Thébains, les Béotiens, tous les autres Grecs serviteurs de Xerxès, et les mettaient en lùite.
Ceux que les Lacédémoniens serraient de si près» s’étaient jetés derrière leurs retranchements.
Pendant que les Thébains et les autres Grecs infidèles fuyaient du côté de leurs pays, Artubaze, général perse, ennemi secret do Mardonius, se retira avec quarante mille hommes: il n’avait point pris part à la bataille; il prétendait faire une action prudente. Ainsi, les uns se retiraient ou fuyaient, tandis que d’autres combattaient
« Les Perses et toute la multitude des barbares, ne se furent pas plus tôt réfugiés dans leurs retranchements, dit Hérodote, qu’ils se hâtèrent de monter sur les tours avant l'arrivée des Lacédémoniens, et de fortifier la muraille le mieux qu’ils purent. Les Lacédémoniens s’en étant approchés, l’attaque du mur fut très vive; la défense des Perses ne le fut pas moins, et meme ceux-ci eurent de très grands avantages avant l’arrivée des Athéniens, parce que
bataille de platée.
les Lacédémoniens ignoraient l’art d’attaquer les places. Mais les Athéniens s’étant joints aux assiégeants, l’attaque fut rude et longue; en lin, leur valeur et leur constance les rendirent maîtres des murs, et en ayant abattu une partie, les Grecs se jetèrent en fouie dans le camp...
« Le mur renversé, les barbares se débandèrent, et pas un ne se rappela son ancienne valeur. Dans cet étal de stupeur où se trouve une multitude d'hommes effrayés de se voir renfermés dans un petit espace, ils se laissèrent tuer avec si peu de résistance, que de trois cent mille qu’ils étaient, il n’y en eut pas trois mile qui échappèrent, si Ton excepte les quarante mille avec lesquels Àrtabaze s’était sauvé, w
Il y eut du côté des Grecs environ dixmille morts. Les Mantinéens, les Éléens et d’autres Grecs arrivèrent après la bataille, et se trouvèrent fort contrariés de n’avoir pu y prendre part.
Lampon, l’un des citoyens les plus distingués d’Égine, vint trouver Pausanias; il le loua beaucoup; lui conseilla ensuite défaire trancher la tête de Mardonius, de faire attacher son corps sur une croix, et de venger ainsi Léonidas des traitements que Xerxès lui avait fait subir. Pausanias lui répondit :
« Votre avis pèche contre la droite raison : car, « après m’avoir élevé fort haut, moi, mes actions, « ma patrie, vous me rabaissez jusqu’à terre es me
« CONSEILLANT d’OUTBAÜER UN MORT. VOUS ajoutez,
« qu’en suivant ce conseil, ma réputation ira en
PERSES ET GRECS
« augmentant, mais une pareille conduite convient « mieux à des barbares qu'a des Grecs, et même « nous la blâmons dans eux. a (Hérodote.)
Pendant que P année de terre des Grecs remportait une victoire si complète, leur armée navale se signalait par un fait d'armes non moins éclatant. La Hotte des Perses s'éLait rassemblée à Samos, ou elle apprit bientôt que les Grecs avançaient pour l'attaquer. Effrayée de tant d'audace, cette flotte se retira h Mygale, en Ionie, et se mit sous la protection des troupes de terre, qui s’élevaient, dans ces parages, à soixante miüe hommes, suivant Hérodote, et à cent mille suivant Diodore de Sicile, Les vaisseaux perses, qu'on avait réassemblés avec tant de peine, furent tirés à terre et protégés par des forces imposantes et des travaux de défense.
Les Grecs, n'ayant pas trouvé les Perses à Samos, les suivirent sur les côtes de FAsie-Mineure, et arrivèrent à Mycale. Ils descendirent a terre, répandirent des proclamations pour attirer à eux les Ioniens 7 marchèrent contre l'ennemi et le battirent complètement, À peine vainqueurs, ils reçurent la nouvelle de la bataille de Platée, et leur courage s'en accrut. Ils poursuivirent l'ennemi, brûlèrent la Hotte, et de ce moment les Perses tremblèrent au seul nom des Grecs (479 av. J, 4L).
Les quarante mille Perses qui s’élaîent enfuis de Platée sous le commandement d’Artabaze, avaient pris, par la Thessalie, la Macédoine et la Thraee, le chemin de l'Asie; mais ils se gardaient bien de parler de la dernière bataille, et d'ébruiter ses résul-
flûte des perses.
laLs. Si les nations dont ils traversaient les territoires eussent su que ces soldats n'étaient plus que des fugitifs, elles se fussent à l’instant ruées sur eux, et les Perses, naguère si respectés, eussent peti en grand nombre sous leurs coups. Malheur aux tyrans dont la tyrannie chancelle 1 Malheur aux forts dont la force décline I
A. Mycale, après la 'destruction de la flotte des Perses "et la ruine de leur armée, les Ioniens, et tant d’autres hommes qui les avaient servis de force jusque-là, se déclarèrent leurs ennemis,... Encore une fois, malheur aux tyrans! malheur aux forts dont la force décline!...
Réflexions ior xersèi,
Xerxcs, après avoir envahi la Grèce avec des nuées d’hommes, après avoir rêvé de placer l’Europe sous son joug et de faire du inonde entier un seul empire, se retira à Sardes, poursuivi par de sanglants affronts : bientôt, pour compléter son humiliation, les noms de Platée et de Mycale vinrent retentir à son oreille. Il s’enfuit de cette ville, couvert de honte, et se rendit à Suses, sa capitale.
La Grèce, l’Europe môme, après deux ans de luttes acharnées, avaient échappé à 1 esclavage des Orientaux; elles n’avaient plus rien à craindre désormais. A l’avenir, ce sera l’Europe qui attaquera l'Asie*
Xerxes n'était point cupide, il n'était point cruel par nature. Si quelqu’un se pique à son égard de générosité, à son tour il se pique d’une générosité
l’EHSES ET GKECS.
plus grande- Si, monté sur son trône de marbre blanc, il considère ses armées de terre et de mer qui couvrentl’Hellespont et les bords de ce détroit, si, il ce spectacle, il sent son orgueil s’accroître, i] fiiit aussitôt un retour sur lui-même; il considère'la brièveté de la vie; il pense que de toute cette multitude, qui se meut sous ses yeux, il ne restera pas un seul être vivant dans cent ans; qu’alors la mort aura tout moissonné, etees réflexions pénibles émeuvent son cime : Il gémit, il pleure, Démarate lui dit souvent de dures vérités, et il ne se fâche point contre Démarate. S'il manque de respect à son oncle, il s’en repent le lendemain et cherche à réparer ses torts. Enfin Xerxès se montre parfois bon, parfois mauvais. 11 est tour à tour philosophe et superstitieux; tour à tour sensible et cruel. Quand sa folie l’emporte, il commet des actions telles que cellesci : Les eaux de rHeilespont renversent les ponts de bateaux qu il a fait construire ; Xerxès ordonne que ces eaux soient fouettées et insultées en son nom. Un père, dont il emmenait les cinq fils dans son expédition, lui demande de lui en laisser un pour être l’appui de sa vieillesse; Xerxès lui laisse ce fils, mais après l’avoir fait couper en deux morceaux* dont I un est je te à gauche, l’autre à droite de ia route sur laquelle l’armée devait défiler, et rend ainsi cent peuples témoins de sa cruauté. Aux Thermopyles, il fait attacher Léonidas sur une croix, après lui avoir séparé la tête du corps.
Il y a là extravagance, lâcheté, barbarie, et il laul être roi, il faut s’être corrompu dans le
RÉFLEXIONS suit XERXÈS, 211
despotisme pour commettre de telles actions.
Xerxès avait aimé, pendant son séjour à Sardes, la femme de son frère, sans pouvoir la séduire. De retour à Suses, il s’attacha à Àrtaynle, qui était en même temps la femme de son üls et la tille de son frère, et par conséquent sa nièce et sa belle-fille.Ces relations ayant été découvertes par la reîne Amesiris, il y eut des mamelles arrachées et jetées aux chiens; des oreilles, des langues, des nez coupés. Plus tard, la cruelle femme de Xerxès, Âmestris, éprouva des remords, et, pour se purifier et apaiser les dieux infernaux, elle fit monter sur le bûcher quatorze enfants des plus illustres familles de ta Perse, qu'elle offrit en sacrifice : elle se lavait ainsi de ses crimes par des crimes encore plus atroces. Mais laissons de côté cet infernal intérieur de cour.
Xerxès fut tué au moment ou il voulait faire tuer son fils Darius. Ce Darius, qui avait échappé à son père, fut assassiné par son frère Àrtaxerxès. Celuici fut roi au préjudice d’Hystape, un autre de ses frères, qui protesta contre son usurpation les armes è la main. Hystape fut vaincu : Àrtaxerxes s affermit sur le trône. L’empire de Perse fut encore un grand empire, et pendant longtemps le dominateur de rOrient. Nous en dirons encore quelques mots quand il en sera temps; mais, pour le moment, retournons en Grèce,