‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernes (volume 3)Chapitre 27 sur 45 · LES ATHÉNIENS* —* ARISTIDE ET CJMON · texte numérisé non relu

LES ATHÉNIENS* —* ARISTIDE ET CJMON

entretenu de ce sage général*3a reproduction à peu près textuelle des paroles que voici, que nous empruntons à Plutarque :

« Le jour qiPÂristide fut banni f un paysan grossier , qui ne savait pas écrire , pendant qu’on écrivait les noms sur les coquilles, donna la sienne à Aristide, qu'il prit pour un homme du peuple, et le pria d’écrire le nom d’Aristide ; celui-ci, fort surpris, demanda à cet homme si Aristide lui avait faît quelque tort ; « Aucun, répondit le paysan t je « ne le connais même pas : mais je suis las dé l’en- * tendre partout appeler le juste, w Aristide écrit son nom sans lui dire un seul mot et lui rend sa coquille, »

Les mêmes paroles se trouvent dans Cornélius ftépos avec une atténuation et une aggravation, comme on va le voir,

Aristide, dil-iï, se retirait de rassemblée lorsqu'il aperçut un citoyen qui écrivait sa sentence de bannissement. On dit qu'il lui demanda le motif de son jugement, et quel était le crime d’Aristide pour être condamné à une peine si rigoureuse. Cet homme lui répondît qu’il ne connaissait pas Àm- ^ e î qu'il était blesse de ce qu'il avait fait pour distinguer des autres , et être appelé le juste * » ki, c’est le citoyen lui-même qui écrit sur sa coquille , sans le secours de personne, le nom d’Àristrouvons un on dit qui manque dans Plutarque ; le citoyen n'est pas seulement las d'entendre appeler Aristide : le juste; nuis encore il est blessé de ce qu’il a fait de bien pour mériter un si

beau titre. C’est à la fois plus grave et moins grave. Moins grave, grâce â ce mot : on dit; plus pave quant à la pensée qui dicte le verdict de pulpâMm Tous les modernes qui ont traité de 1 histoire ancienne n’ont pas manqué de reproduire l’anecdote du paysan , et de s’en faire une arme pour attaquer I 1 ignorance et la jalousie du peuple. Cependaoli quel avait été F accusateur d*Aristide, 1 unique aù* tour de son bannissement? Thémistocle > le célèbre Thémistocïe : et Ton s’est bien donné de gante à lui on faire un crime* Répétons t pour l'édification de nos lecteurs, les paroles suivantes de Plutarque, relativement â Thémistocle :

« Lorsqu’il vil sa puissance augmentée et M crédit auprès du peuple bien établi, il forïtiti vn [ faction par Le moyen de laquelle Ü fit ttik damner Aristide au ban de V ostracisme. »

Ainsi donc, au lieu d’accuser le peuple, accusons ThémisfOcle et la faction qu'Ü avait formée ; auliei j de citer sans cesse l'anecdote du paysan qui cofr damne par ignorance, et de déprécier le [jeupl^ faisons peser la responsabilité des abus, désenflé, | des iniquités, sur ceux qui les excitent t qui fûûtlï mal en connaissance de cause, et dont les songes, trompant * égarant la multitude, lui ^ commettre des actes dont bien souvent elle ne tar^ pas â se repentir*

Ci mon , le fils de Miltiade, fut aussi frappé f Fostracisme; voici pour quel motif t

Il avait remporté plusieurs victoires dans »

Thrâcë, et, dit Plutarque, « il lui était facile de ^

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serde là dans la Macédoine et d’enlever aux Macédoniens une grande étendue de leur pays : une si belle occasion manquée le fit soupçonner de s'être laissé gagner par les présents d'Alexandre. »

Cet Alexandre était Tun des ancêtres du conquérant du même nom. Le peuple d'Athènes prévoyait-il déjà combien la Macédoine serait un jour funeste à la Grèce?

Cimon fut accusé par Périclès; il se défendit; et bien que de la faction des nobles, il fut absous-Mais un peu plus tard , et pendant la révolte des Messéniens et des Hilotes, ayant marqué son ardente sympathie pour les Spartiates et exposé les Athéniens à iie graves affronte , Ü fut condamné au ban de îastnieîsoie.

Tous les citoyens frappés par cette condamnation devaient s’éloigner d'Athènes, et ne pas y retourner Pendant dix ans*

A justice et CiMOff s’étaient soumis à la sentence de leurs juges; ils vécurent paisiblement éloignés de leur patrie, ne faisant des vœux que pour son bonheur. Le premier fut rappelé par le peuple après Irais ans d'exil, le second au bout de quatre, et tous deux servirent encore longtemps la patrie et Se couvrirent de gloire dans do nombreux combats* be peuple les avait éloignés lorsqu’il redoutait tour ambition; il les rappela, il ïes honora . il leur donna des emplois et des commandements dès qu’il lut sûr de leur sagesse et de leurs vertus civiques. Que prouve eeia ? Que le peuple peut se tromper t qu’il a le sentiment du juste, qu’il désire le

bien , et qu'il répare ses torts ou ses injustices dès qu’il en a conscience. Trouve-t-on cette magnanimité clans les actions des rois

I«e*i {générait!, de* Argluwne».

Une grande bataille navale avait été livrée ans Arginiises; les Athéniens avaient triomphé de leurs ennemis; les Spartiates avaient perdu le plus grand nombre de leurs vaisseaux, le reste était en fuite, Une partie des Athéniens devait poursuivre te fuyards, l'autre enlever de la mer et du rivage te naufragés. Mais un orage avait éclaté, l'agitation des ondes était, extrême; il en résulta deux malheurs : on ne put faire produire à la victoire ses (1er* niérs fruits, on ne put retirer les cadavres de la mer et accomplir un pieux devoir. Ce dernier fait fui considéré comme le plus grave, et une accusation fut intentée contre huit généraux.

Àrchédème, gouverneur de Décélie, qui jouissait d’un grand crédit dans Athènes , le premier fait entendre des paroles de blâme. Tïmocrate porte une accusation formelle contre Frotomachus t Ariatogène, Périclès, Dtomédon , Lysîas, Aristocrate Érasinide et Thrasyle : il demande qu'ils soient livrés au peuple chargés de chaînes.

« Le sénat se rend à son avis, dit Xénophon; le peuple Rassemble. Thèramèxe , entre autres, te accuse, demande qu'ils expliquent pourquoi ils n’ont point enlevé les corps de ceux qui étaient ! naufragés. &

Les accusés répondirent que, « occupés à la

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C poursuite de Feimemi, ils avaient confié l'enlèvec ment des naufragés à ^habités triérarques, à des « hommes qui venaient de commander, a Théra- « mène , Thrasybule et autres principaux officiers; «que s il fallait accuser quelqu'un, c’était sans « doute ceux qu'on avait chargés de ce soin. Cependant t ajoutèrent-ils, ils ont beau nousdénoncer,

« nous ne trahirons point la vérité, nous ne préten- ■ rions pas qu ils soient coupables ; la violence seule « delà tempête a empêché l'enlèvement des morts.» (Xènophon.)

Le même auteur ajoute : a Ce discours persuada si bien le peuple, que plusieurs particuliers se levèrent et s'offrirent pour caution. » Cette bonne disposition de l'assemblée dut contrarier de certains ambitieux qui désirent toujours des malheurs publics afin de les exploiter à leur profit, a On fut d'avis, dit Xénophon, de renvoyer l'affaire à une autre assemblée , parce qu'il se faisait lard et qu'on ne distinguait plus de quel côté était la pluralité : le sénat tracerait par un décret préparatoire la marche à suivre dans le jugement des prévenus. K

Il se faisait tard! on ne voyait plus de quel côté était la majorité L.Et pourquoi ne pasrenvoyer 1 affaire tout simplement au lendemain ? Comment le sénat, assemblée politique, pouvait-il intervenir en cette circonstance? Comment pouvait-il se charger d'une marche à suivre, surtout quand les accuses avaient déjà comparu devant la justice? C'est que p on craignait les bonnes dispositions des juges,

c’est que l’on voulait faire jouer l'intrigue et amener une condamnation.

« Survint la fête des Apaturies, dit Xénophon, où l'cfn s’assemble par famille. Les amis de TaÉm- MÈi\E avalent aposté, pour ce jour, des hommes qui parurent h rassemblée rasés et vêtus d* habita de deuil, ei comme parents des morts, Ils déterminèrent Callïxèae k accuser les généraux en plein sénat. »

Le sénat, salant assemblé, déclara que, « puisque dans la dernière séance on avait entendu 1 rs accusai ions et les défenses, les Athéniens iraient aux voix par tribus, r> Ce décret, qui rompait avec tou les les idées reçues, fut attaqué comme contraire aux lois par Euryptolème, Sacra b?, et leurs amis; mais leurs adversaires finirent par remporter à force de violence. Deux urnes Jurent placées dans chaque tribu ou arrondissement d’Athènes, on lit < jouer et l intrigue et la ruse pour irriter le peuple contre les accusés; les cailloux qui devaient absoudre ou condamner tombèrent dags le fond désunies: \ la rigueur avait prévalu : les huit généraux vainqueurs aux Ârginuses furent condamnés à la peine de mort. Prolornachus et  Halogène avaient fut au lieu de revenir à Athènes. « Six, dît Xénophon, furent exécutés, « C’étaient Périclès, Diomédon. Lysias, Aristocrate, Érasinide et Tîirasyle, brave déniecraie, ï’uu des libérateurs de la patrie. « Les Athéniens, dit Xénophon, ne hu ilèrent pas à se repentir, Un décret provoqua les dénonciations contre , ceux qui avaient trompé le peuple, » Les coupables

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^évadèrent, puis ils revinrent; ils avaient des protecteurs puissants; aucun d’eux ne pérît.

C’est ainsi que Xénophon, qui ne peut être soupçonné de partialité en faveur de la démocratie, parie du jugement et de ïa condamnation des vainqueurs des Arginuses. Diodore de Sicile, après nous avoir entretenu des mômes faits, ajoute la réflexion que voici :

«Telle fut T aberration du peuple : injustement rcclLé par des orateurs populaires, iî appesantit sa cèlère sur des hommes qui méritaient, non pas un cMliinent, mais bien des louanges et des couronnes, Bientôt ceux qui avaient excité le peuple se repentirent, et avec eux te peuple qui s'était laissé mrnîncr* »

Xénophon et Diodore nous disent que le peuple avait été trompé, et qu’il se repentit. Mais qui sont I ceux qui ravalent trompé, égaré dans une fausse voie? Diodore nous dit que c’étaient des orateurs populaires, Xénophon est plus explicite et nomme Tknoerate, Callïxène, Théramène, le chef de la faction bourgeoise* C’est Thé ramène avec ses amis qui a postent des hommes msés, vêtus de deuil, parents des morts, qui demandent vengeance aux passions émues en faveur des miuies de leurs proches; c'est le sénat, assemblée tout uristocratique en ce temps-là, qui viole les lois, qui, rompant le cours régulier de la justice, adopte une forme judiciaire inconnue jusqu'alors, et atlire, non sur chaque accusé, mais sur tous à la lois, une condamnation collective et capitale. Voilà sans doute

un jugement inique; mais, uu lieu d'appeler lalléirir

sure sur le peuple, c’est sur Théramène, c’estsurl* sénat, c est sur les grands qu 1 H faut frapper.

Le peuple... Maïs jouissait-il en ce temps de toü ses droits? Etait-il magistrat? était-il juge? esam: lions; rappelons nos souvenirs. En quelle anné eut lieu le procès? — En 406 avant Jésus-Christ. 1 y avait cinq ans que Thrasybule et Thrasyle, soutenus par i armée de Samos, avaient renversé h quatre-cents qui gouvernaient sous le bon plaisir ê. Sparte. Mais par quel gouvernement furent*!

remplacés? — Par celui des cinq-mille : A l'aria cratiede race avait succédé l'aristocratie d’argmL 1 oligarchie, la bourgeoisie, et Toéhamoe (t jouissait de ia plus haute influence. Ce gouverni* ment était impopulaire: ses lois repoussaient te pauvres, la multitude, et Thucydide nous dit tjiili a\ r ait décrété « que personne ne recevrait den- « lairë pour aucune fonction, et que ceux qui m «recelaient seraient notés d’infamie. » Lorsd:

(î) «G est Théramène qui, dit Ly si as, en conseillant le vemement des quaire-cents, fut, le premier auteur de la pre* mière oligarchie. Il fit renverser les murs du Pirée et détruis Autorité du peuple. Théramène et d'autres, qui av%tï mauvais desseins, fêtant aperçus que plusieurs ne ragrÉH* raient pas de s opposer à la destruction de la démocratie et & prendre la défense de la liberté, résolurent, avantqu'cmiK une assemblée pour la paix, de tes inquiéter par des c-alom^ et de les faire craindre pour eux-mêmes, afin qu’auciiB^ à la tribune ne pût former ^opposition pour Hutérét du peapie... Thé ramé ne méritait d’ètre puni et dans ToligartMe qui voulait détruire et clans la démocratie qu'il avait ruinée deai fois, »

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jugement en qu es lion, cette loi étant exécutée dans toute sa rigueur, les pauvres étaient exclus des magistratures, exclus des fonctions publiques, exclus |esassemblées, privés du droit dé juger,,* Comment donc a-t-on pu accuser 1© peuple à propos d'un jugem e n t au quel il resta n é ces sa ï rem en t étra nger, d’un jugement dont les fauteurs étaient les riches et tes puissants?,,. Je laisse au lecteur à réfléchir sur ce grave sujet,

Phocion.

Phocion fut condamné; il but la ciguë; son corps fut traîné hors du territoire de la République; rigueur excessive!,.. Mais ce Phocion avaît-îï été juste? avait-il été bon?avaihilété grand?ou plutôt, n’avait-il pas été l’homme le plus dur, îe plus froid, le plus insensible et le plus nuisible à la République? Je renvoie le lecteur à rhistoîre. Qu il se reporte dans ces temps orageux; qu’il se dépouille de tout esprit de parti ; qu'il considère la démocratie et l'oligarchie luttant, se terrassant, se décimant tour à tour, et qu’il prononce entre le peuple et Phocion,

On fait de Phocion un grand capitaine, un grand orateur, un homme politique de premier ordre, un philosophe pratique comme il n’en fut jamais. Mais ce grand capitaine, qu a-t-il fait pour la patrie? Il a fait, nous dit-on, une expédition dans File d*Eubée ; ïï a, de plus, fait lever le siège de Byzance, Mais quelle grande bataille a-t-il livrée? avec quel célèbre général s’est-î! trouvé aux prises?Qu’on nous donne des faits pçéeisuulîeu de généralités* Etait-il

à Chéronée pour défendre la liberté de la Grèce contre Philippe et son fils ?—Non* — vSe joignil-ilè Léosi Irène pour hit 1er contre Àmipaier et redonner è la Grèce toute son indépendance? — Non. Coe rtélius Népos nous dit que Phocion, <t quoiqu'il u souvent commandé-désarmées, rempli les première charges, est plus connu par son intégrité que par ses exploits. » 11 ajoute : « Ou ne l'a jamais cité comme guerrier, maïs on a souvent loué sa vertu,» Phocion n’était donc pas un guerrier. Etait-il un orateur? — On !e dît ; on prétend que Bémosthène, dont ü était Pau versa ire politique, le rival de trib une, l’appelait, rendant ainsi hommage à la concision, è la force de ses arguments, la hache de mt discours. Mais si cela est, comment se fait-U, non pas qu’il ne nous reste rien de Phocion, mais que nous ne trouvions dans DémosthHte aucune nrgu* m en t a Lion, au eu n e a p os i ro p h e h so n a û ress e 1 q ue clans tous ses discours le nom dePhocion ne soit etié qu'une seule fois, légèrement et en passant?—C'est que Phocion n'était point pour Démosthëne anrival de tribune; c'est que Pliocion n'était point un prêteur. II avait parfois des reparties vives, piquantes, amères, aiguisées en épigfanimes; voila tout.

Mais s'il n’était point un guerrier, s'il if était point un orateur, il avait du moins la vertu du paLrioLC; du grand homme politique 1... Voyons; examinons, Quand Philippe s'agrandissait et que Ton prévoyait du danger du côté de la Macédoine, que fît Phocion? — Il nia le danger. — Et quand le même Philippe et son fils menacèrent la patrie?B prêcha la paix.

LES ATHENIENS. — PIIOCIOH*

—Et quand A ntipater foula le territoire del’Àttiquc? —li prêcha encore la paix.— El quanti Athènes eut perdu son indépendance* sa liberté?—Il la gouverna sons le bon plaisir de l'étranger.

Gomme guerrier il ne se battait point; comme orateur, il était muet; comme politique et patriote , il détestait la démocratie, prêchait la paix avec Té* Iranger et la résignation dans l'esclavage de la patrie. Ce que nous avançons paraît exagéré; ou demande des preuves, surtout sur ses complaisances envers Té [ranger : on veut savoir, de la manière la plus complète, comment un homme si célèbre, si vanté par l'histoire, pût être condamné à mort pair le peuple à ràge de quatre-vingts ans.

Nous avons parlé delà guerre lamiaqm , de Léosèène, nous avons dît comment les Grecs, après plusieurs succès, éprouvèrent des dé lai les ; comment Amipater et ses Macédoniens approchèrent d'Atbènes; maintenant pour satisfaire nos lecteurs et nous compléter, laissons parler Diodure de Sicile avec quelque étendue :

« Après s'êire montré habile général et avoir dissous la ligue des Grecs, Àntipater dirigea toute son armée contre les Athéxiexs* Ceux-ci, sans alliés , sg trouvaient dans un grand embarras; tous les reculs se tournaient alors vers Dëmade, et on cria Pii fallait renvoyer auprès d’Antipater pour négrier la paix* Mais Démadc refusa de prendre part Ma délibération. C'est qu'il avait été condamné trois foh pour avoir enfreint les lois, etqiCaînsî, entaché dWamie, il ne pouvait, selon les lois, être membre

d’aucune assemblée délibérante. Alors le peuple fe réhabilita, et renvoya sur-le-champ en députât^ avec Pnociox et quelques autres. Après avoir écoi& attentivement les discours de ces députés, Àntipater I répondit qu'il ne traiterait avec les Athéniens qu> 1 près qu’ils se seraient rendus à discrétion. C’êtaillï ] même réponse qu’avaitreçue Àntipater lorsque, assiégé dans Lamia, il demanda à traiter avec les Athéniens, Le peuple d'Athènes, dans FimpossibiHlédî résister à Penncini, fut forcé dé se soumet Ire eov iplèiement à rautorité d* Antipater. Le vainqueurs conduisît avec modêratioîi envers tes vaincus; i! laissa aux Athéniens leur ville, leurs biens et toutes leurs richesses, mais il changea la forme dugow&fr nemenli it, abolit la démocratie , établit mîicW| d après lequel les propriétaires déplus de deux mille drachmes auraient seuls droit au gouvenieineai 1 exerceraient le droit de îl éloigïta ainsi ^

affaires tous les turbulents et les Malintentionnés W le cens )i atteignait pas cette somme. En même feinjJ il donna des terres à ceux qui voulaient fonderie colonies dans ta Thrace. Il y en eut plus de ri# deux mille qui quittèrent ainsi la patrie. Las citoyens compris dans le cens fixé étaient au nomb! d'environ neuf mille; ils furent déclarés maîtres à lu cité et du territoire , et se gouvernaient iTaprèsto lois de Solon. Ils conservèrent tous leurs propriérè intactes, mais ils furent obligés de recevoir unegt trnison sous les ordres de Ményllus qui devait vci$# à t ordre établi. Les Athéniens furent donc nitBtë traités qu'ils ne l'espéraient, et obtinrent ia pabi

LES ATHÉNIENS. — FHOCION.

jouissant depuis lors d’un gouvernement tranquille, ils se livrèrent sans crainte à la culture de leurs terres, et leur prospérité augmenta rapidement. Antidater se conduisit avec la même modération ît l’égard des autres villes; il établit partout un don goutkknement, et mérita les éloges et les couronnes qui lui turent décernés, n

Voilà la moralité de l’histoire!... Diodore de Sicile, un grave historien, l'un des moins contraires à la démocratie, fai L dater la naissance de la prospérité de la patrie du jour de son asservissement, de son esclavage I... Il appelle un bon gouvernement celui que dirige l'aristocratie sous le sabre de 1 é— tranger! N’est-ce pas là quelque chose de honteux?

Athènes est complètement soumise à Anlipaler; elle a reçu une garnison étrangère, la démocratie eslaholie, on institue le cens, les écus gouvernent, tous ceux qui n’en possèdent pas, ou qui n’en possèdent pas en assez grande quantité, sont traités de iurlmîewts, de malintentionnés, etéloignés des alluires publiques; neuf mille citoyens sont déclarés seuls maîtres de lu ci Lé. du territoire; ils se gouvernent, dit-on, d’après les lois de Solon, ils se livrent sans crainte à la culture de leurs terres, et leur prospérité augmente rapidement... Mais aux dépens de

qui celte prospérité augmente-t-elle? Aux dépens des

tingl-deux mille ci toyens qu’on a dépouillés et qu'on envoie dans la ïiirace, celle Sibérie d’alors. Ainsi, détruisez l'indépendance d’un pays, renversez son gouvernement, dépossédez le peuple de tout droit, enrichissez les uns des dépouilles des autres, que

quelques hommes, vos valets, vos satellites, oppriment en votre nom, que des multitudes soient exilées, que les patriotes les plus purs, les plusardertf, soient sacrifiés, et H lis toi re, cette grande prostituée, vantera voire modération.

On nous dit qu’Antipater se conduisit avec modération envers les vaincus; et Ton a vu le gouvernement démocratique remplacé par l'oligarchique, neuf mille citoyens mis en possession de tout le territoire, de toutes les richesses de la RépuMqt^ dos multitudes forcées de quitter la patrie pour aller au loin cultiver une terre étrangère. Et ee ntet pas tout : il y eut des persécutions, des bannissements, des assassinats sous ce gouvei nemOnt modéré, à la tête duquel l’étranger avait placé Phodoaï Hypéride fut torturé et mis à mort, DémostHène s'empoisonna pour ne pas tomber vivant entre tes mains des satellites de la réaction chargés de fuirez capture; et combien d’autres sacrifices sur lesqueb rhistoîre est demeurée muette 1

Phücion et l’oligarchie gouvernaient la ville eTA* Lhènes, d'accord avec l’étranger* Mais des changements se produisirent dans la Macédoine. Àmîpaïtf étant mort, Polyspherchon prit sa place; d’autre part, Cassandrc, tils d'Autjpater, travaillait a supplanter Polyspherchon, ce qui contraignit celui-ci, pour ne pas tomber de sa haute position, à s’af* puyer sur la démocratie, attendu que son adversaire avait les sympathies de l'aristocratie. Il décréta donc l’indépendance et la liberté des vilfà grecques.

ÎÆS ATHÉNIENS. — FHOCION, lïl

Les Athéniens furent sensibles à cette bonne nouvelle; mais NicanOr, que GàsSandre avait placé û M un y chie, forteresse d'Athènes, ne se hâtait point, malgré la publication du décret d’affranchissement de Polyspherehon, de se retirer avec ses troupes,

ttll supplia les Athéniens, dît Diodore de Sicile, de demeurer fidèles à Cassandre. Mats comme personne no voulait l’écouter et que tous insistaient pour qu’il fit au plus Lut sortir sa garnison de Mrnnychie, il circonvint le peuple de manière à obLenir quelques jours de délai, promettant qu’à l’expiration de ce ternie il agirait conformément aux intérêts de la ville. Les Athéniens attendirent donc tranquillement quelques jours. Mais Nieanor mît ce temps h profit pour faire cnLrevla nuit des soldats par petits détachements dans le port de Munychie, et parvint ainsi à augmenter sa garnison au point d’étre en état de soutenir un siège contre ceux qui viendraient l’attaquer. Les Athéniens, s’apercevant alors que Nicauor les avait joués, envoyèrent une députation auprès des rois et de Polyspherchon, pour les prier fie venir h leur secours et réclamer l'exécution ponctuelle de l’édit eoncernant l'indépendance des Grecs: Ils se réunirent plusieurs fois en assemblée et délibérèrent sur les mesures à prendre pour faire la guerre a Nieanor. Mais, tandis qu’ils étaient occupés à ces délibérations, Nieanor, qui avait secrètement recruté un grand nombre de mercenaires, fit une sortie pendant la nuit et s’empara de l'en ceinte du Plrée et des fortification s de ce port. Les Athéniens furent doublement irrités de ne pas avoir re-

couvre le port de Munyehie et d'avoir perdu encore le Pi rée, Ils choisirent donc une députation composée des citoyens notables qui étaient liés d'amitié avec Nicanor, tels que Phocion, fils de P hoc us, Connu, fils de Timothée, Ciéarque, fils de Nausiclës* et k firent partir pour se plaindre de ce qui venait de se passer et pour réclamer leur indépendance aux termes de rédit. Nicanor leur dit qui! fallait négocier avec Cassandre; que c’était lui qui lui avait confié le commandement de la garnison et qu'il îvavait personnellement aucun pouvoir pour traiter avec eux. »

Olympias écrivit à Nicanor de céder les deux places; les Athéniens furent bercés de promesses; ils se flattaient de se rendre maîtres de leurs ports et de leurs fortifications sans recourir aux aimes. Mais Nicanor ne cédait toujours rien. Dîodore de Sicile dit :

« Los promesses de Nicanor ü-avaient pas encore été remplies, lorsque Alexandre, fils de Polyspherchou, entra dans PAltique a la tête d’une armée. Les ÀLhéniens s îmagîlièrent/qu’il venait pour leur faire remettre Munyehie et le Pirée; mais ce ÿ était point ïh sa véritable intention; il prit au contraire ees deux postes pour son propre compte comme utiles en temps de guerre. Car quelques-uns amis d'Anlipater vivaient encore , et, comme to avaient t aissi que Piiocîûx, a hedocter la vindicte des lois, ils allèrent au devant d'Alexandre et lui démontrèrent qu’il était dans son intérêt d'oc* cuper ces positions pour son compte, et de ne fef

LES ATHÉlUENSt — PHOCIOff, 173

mi dre aux Athéniens que lorsque Cassa h dre durait été soumis. Alexandre vint donc établir son camp près du Tirée; îî n’admit point les Athéniens dans les entrevues qü’tl eut avec Nicanor, entrevues privées et toutes secrètes; ïf était donc évident qu’ü agissait contre les Athéniens. Le peuple d’Athènes se réunît alors en assemblée générale, destitua ses anciens magistmts r les remplaça par les démocrates h plus ardents , et condamna tous ceux qui avaient pris part au gouvernement oligarchique, les uns à la peine de mort, les autres au bannissement et à la coûJîscation de leurs biens. Au nombre de ces derniers condamnés se trouvait aussi Puociox, qui, du temps d’Antipatêr, avait exercé Vautorité souveraine.

« Tous les bannis se réfugièrent auprès d’Alexandre, fils de Polyspherchon, qui devait, selon eux, leur accorder aide et protection, Alexandre les reçut amicalement et leur donna des lettres pour Polyspherchon, dans lesquelles il lui recommandait Phocion et ses partisans qui lui avaient alors promis dtî le seconder dans tous ses cjl'orls. Le peuple s'adressa de son côté h Potyspherchon pour mettre Phocion en accusation, et insista pour que Munychie fût rendue aux Athéniens avec leur indépendance, Polyspherchon désirait cependant vivement garder le Pirée, parce que ee [joint pouvait lui être Irès utile pendant la guerre; niais (Yun autre côté, tomme il était honteux pour un homme loyal d’agir contrairement aux termes do l'édit, et de blesser st grossièrement une ville aussi célèbre que celle T* VL 1Q

(TAthènes, il changea d'avis. Il écouta donc les envoyés du peuple athénien et leur donna une réponse pleine de bienveillance. Il fit arrêter Bhüciojî et ses partisans , les envoya enchaînés à Athènes el laissa le peuple maître de les condamner ou de les absoudre. Le peuple se réunit en assemblée générale et cita devant son tribunal Phocion et ses amis. »

Cornélius Népos parle ainsi de Phocion :

On l'accusai l de s’être entendu avec Démade pour livrer la ville à Antipater , et d'avoir provoqué le décret du peuple qui bannissait Üémosthnte, cl d'autres citoyens qui passaient alors pour avoir Lieu mérité de la pairie. On lui reprochait surtout ce bannissement qu'on regardait comme une trahison envers l'amitié, car n'était-ce pas à Démoslbène qu il devait sou élévation ? Dcmosthène rayait aidé à supplanter Cl unes; il l'avait défendu plusieurs fois tk* vaut tes tribunaux dans des affaires capital® ; il Pavait, fait acquitter ; et lui, au lieu de secourir Démosthene a P h euro du danger, il Pavait abandonné* Mais voici ce qui contribua le plus à la ruîne de Phocion. Tandis quïi gouvernait la République, il fut averti par Dercyllus que Nïcanor, lieutenant de Cassant! re, cherchait à surprendre Athènes. Dercji lus le pressait en même temps de pourvoir à la sub* sistanûe de la ville et de prévenir la famine. Mais il soutint devant rassemblée du peuple qu'il «ÿ avait rkn à craindre, ajoutant quil en prenait tonte la re&pomabiUté* Peu de temps après, Nicauovse rendit maître du Pirêe. Le peuple étant accouru

LES ÂTHÉftlEtfSl — EHOCION. Ü5

pour reprendre ce port nécessaire à l'existence d’Àllrênes, Phoeion ne fit rien pour monder et mouvement et ne voulut pas même se mettre à la tête des combattants- »

Accusé devant le peuple de haute trahison, Phédon fut, ainsi que plusieurs de ses amis, condamné à la peine cle mort-

tr Le peuple était animé d’une haine si violente contre lui, dît Cornélius Népos, qu’aucun citoyen libre n’osa lui rendre les derniers devoirs. Il fut enseveli par ses esclaves. »

Phocîon ne Ve ut point se battre contre Philippe; Phocîon ne veut point se battre contre Alexandre; après ta ruine de Thèbes, il veut que tes Athéniens 1 î vreht au vai n q u è iir ïrd té les t é tes d es dix ora leurs qui faisaient la gloire de la pairie. Phoeion refuse de prendre part à la guerre Lamiaqne* et, d'après Plutarque, « comme Ton apprenait chaque jour du camp quelque nouveau succès : Quand donc, s*4-

CÎUÂ-T-1L, CESSE KO N S- N O US DE VAINCRE? » LéoslhènC

étant mort glorieusement au siège de Lamia, il fallait lui désigner un successeur : le choix tomba sur un jeune général dont Phoeion soupçonnait, dit-on, la capacité; et loin de se plaindre, i! se réjouit de ce qu’on le lui avait préféré, malgré sa vieille expérience. Se réjouir dans une situation si grave d’un choix qu’il croyait mauvais et pouvait tout perdre’, ce n’était pas, comme des adulateurs le prétendent, faire preuve de modestie d’ab négation t de générosité, mais d’un égoïsme affrète et d’une indifférence criminelle envers son pays.,. L’étranger

GKÈCE,

met une garnison clans Athènes pour la première fois, Phocion est revêtu d’une autorité souveraine: il préside au renversement des lois de la patrie, à la proscription, au meurtre d’uüe foule de citoyens : DémosLhène, Hypéride, ne tardent pas à perdre k vie. Des multitudes doivent s’éloigner de PARique; Athènes perd plus de la moitié de ses habitants. I> pendant, grâce à des transforma lions arrivées m Macédoine, Athènes est sur ïe point de recouvrer son indépendance. 11 est ordonnai. Nicanor de rendra aux Athéniens leurs ports et leurs forlifications.lt n’en fait rien. Phocion ayant été député auprès de ce gouverneur par le peuple, il ne défend point les intérêts de la République. Non-seuïemcrH Ni* ! canor, ce lieutenant de C assaini re, cet ami de ï l hfrelon, ne rend pas Munyclrie t mais encore il s’empare du Pirée, il inquiète la ville. Les Athéniens veulent combattre, se délivrer par les armes, Phocion, qu’Hs veulent mettre à leur tète, reste sourd a leur 1 voix, insensible à leur prière, il ne fait rien, il B veut rien faire pour la liberté. Et ensuite, quand le fils de Polyspherchon entre dans PAttique, quami ! les Athéniens croient 'toucher au moment de 1 cm délivrance, Phocion se hâte d’aller à la rencontre de ce soleil levant, de ce nouveau maître, devant lequel il s'intime, lui si cassant Vis-à-vis des malheureux, et le supplie de maintenir dans Athènes U règne du despotisme et de l'étranger.

Voilà les actions de ce grand général ! de cet homme si vanté L.. Et maintenant, que Ton remarque que ceux qui nous en ont transmis Thistoire

LES ATHÉNIENS, |— PnOCION* 477

sont des écrivains amis de T oligarchie, amis de Phocion: qu'ils font, dans leurs commentaires, son apologie, son apothéose, tout en démontrant par des faits, bien malgré eux, sans s’en douter peutêtre, tout ce que leur héros eut de lâche et d'infàme.

Quel est le pays du monde, quel est le gouvernement constitué, dans les temps passés comme dans le temps présent, qui n’eût pas frappé, qui ne frapperait pas d’une condamnation capitale un général couvert de semblables lauriers'?,,. Avant de- condamner un peuple, avant de l’apostropher, avant de l’injurier, étudions son histoire, étudions sa situation, étudions les intérêts, les besoins, les motifs qui le dirigent, et ne nous laissons jamais emporter par l’esprit de parti; délions-nous de la calomnie.

Crimes reproché» aux Athén^n».

Nous avons traité sur Cïéon, sur Charès, sur Bémosthène* et repoussé les accusations malveillantes de leurs ennemis; en outre, nous avons exposé les jugements, les sentences, les exécutions qui ont valu au peuple d’Athènes les plus sanglants reproches. Kéeapïtuions ; Socrate boitla ciguë; nous avons dit quels avaient été ses accusateurs et ses meurtriers. — Miltiajhs est condamné à une amende et meurt peu après dans son lit des suites d une blessure gangrenée; nous repoussons les contes ridicules accumulés à cette occasion pour déconsidérer le peuple.— Aristide , Cision, furent condamnés h dix ans d'exil et rappelés avant d’avoir

subi la moitié de leur peine, — TiiihnsrocLE fut banni; et sa fuite auprès du roi de Perse, ses pa* rôles et toute sa conduite, ne prouvent point en sa faveur: nous voyons en lui un grand coupable,— Ltes généraux des Argincses ne furent point coa* damnés par les pauvres, vu que la pauvreté excluait 1 alors de toute fonction, mais par l'oligarchie, — Pbociox ne mérite pas les larmes de Phisloirè; Il avait trahi son pays, et le peuple usa envers lui d'une juste rigueur.

Le peuple peut prendre la responsabilité de k condamnation de Mikiade* mais non telle que ïa ! relate Vlristoirè, celle de Thémistoeîè et de Phocitm, celle de Cirnon, qui! sut adoucir ; il doit prendre sa part de celle d’Aristide, bien que Thémistode eût organisé une faction pour le perdre; mats nous ajoutons qu'il se montra juste en abrégeant m exil. Que Puristocratie prenne pour son compte la condamnation de Socrate, celle des généraux des ! Àrjfîlmses; qu'elle se rappelle qu'elle a fait des procès à Pendes , qu’elle a persécuté Phidias, Anaxagore, Aristote; qu'elle assassina Hypcrbolus, Êphmlle, Aulolycus, Cléophon, Nicérate, Théramène, Pémosthène, Hypéride, des multitudes de grands citoyens, et que, sous la direction dsi Trente, elle se souilla de toutes sortes de crimes, «Les Trente, dît Lysîas, firent mourir, sans les , juger, quinze cents citoyens, et en forcèrent plus de . cinq mille à se retirer au Pirée. w Nous ne voulons pas nous étendre davantage sur les crimes de fltofr tocraüe d’Àlhènes, P i

LES ATHÉNIENS. — l’ûSTIUCISME, 1Y9

On a blâmé cher, le peuple athénien un esprit trop soupçonneux; on a vivement critiqué sa loi d'oSTRA ci s m e ■ Maïs qu’est-ee que c’était que cette loi ? A quelle occasion fut-elle instituée? Comment était-elle appliquée? — Diodore de Sicile, après avoir donné quelques détails sur Thémistôcle, ajoute ce qui suit :

« TV abord ils le firent sorlir de la ville, en lui appliquant Yoslradsme, qui avait été institué après la chute de la tyrannie des Pisistratides. Voici quelle était celte loi : Chaque citoyen écrivait sût un tesson le nom de celui quil croyait principalement contre la démocratie; celüî qui réunissait le plus grand nombre de ces tessons était condamné à s’exiler de la patrie pour cinq ans (d’autres disent dix}. L’ostracisme n’avait pas pour objet de punir un crime prouvé; les Athéniens voulaient seulement, par ce moyen, rabaisser F orgueil de ceux qui auraient pu avoir des prétentions par trop élevées, »

Voïlh quelle était la loi d’ostracisme; était-elle utile? Laissons encore parler Diodore ;

« C’est un ancien dicton que ce ne sont pas des hommes vulgaires, mais des génies éminents qui renversent les gouvernements populaires. C T est pourquoi, dans plusieurs États, on regarde comme suspects les citoyens les plus ïnlluents, et on leur 6te leur célébrité. Eu effet, ceux qui ont en main fautorité, n’ont qu’un pas à franchir pour arriver H’assmîssement de la pairie. Il est bien difficile de ne pas prétendre à la monarchie quand on est

déjà assez élevé pour avoir l'espérance de s’en emparer. Car ît est de la nature de l'homme ambitim de vouloir toujours posséder davantage, et de ne mettre aucun terme à ses désirs* C'est, guidés par ces maximes, que les Athéniens ont souvent cnndamné à l’exil des citoyens éminents, en leur appliquant la loi de l'ostracisme. Ils appliquaient ælte loi, non pas pour punit*un crime, mais pour enlever h ceux qui en seraient capables la faculté de nuire à la patrie* »

* La 1 o i d’ os tracts me. d î t Mon tesqui en » fut établit à Athènes, à Argos, à Syracuse*.- A Athènes, où le législateur avait senti l'extension et les bornes qa + tl devait donner à sa loi, l'ostracisme fut une chose admirable; on n’v soumettait jamais qu'une seule personne ; il fallait un si grand nombre de suffrages, qu'il était difficile qu'on exilât quelqu’un dont l'absence ne fût pas nécessaire- On ne pouvait bannit que tous les cinq ans. »

Voilà des réflexions que je soumets à mes ïecleurs, et que je compléterai quand il en sera temps; je me hâte de dire seulement que ceux que frappai! l'ostracisme notaient point privés de leurs richesse

J'ai rappelé les jugements d’Athènes sur lesquels on s'est le plus appuyé pour taxer le peuple de celte ville d'ignorance, d'ingratitude, de férocité; j'ai dit quelques mois de l'ostracisme ; fai montré que les grands de cette république avaient commis beaucoup plus de crimes que les démocrates, bien qu'ils n’eussent gouverné qu’un moment; mais il faut pousser plus loin ; il faut dire quelques mots de*

xæb athéniens, 181

Spartiates, dont les écrivains rfaccusent jamais les injustices et la férocité*

Condaïunnttniiv , eitération» h Wparte.

Athènes a puni ses généraux,*, et Sparte, B Vielle pas chassé ses rois Démarate 1 Cléomène , Cléombrote, Léonibas mi Ne fit-elle pas subir un jugement au célèbre Lysanure ? N'exila-t-elle pas Léottchide, le vainqueur de Mycale ? Ne condamna-t-elle pas à mort Pals a mas, le héros de Platée, qu'elle fit mourir dans un temple? Ne frappa-t-elle pas de la même peine le fameux Gylippe et Pausànias n , ainsi que HermippiüS et àrcisscs, gouverneurs de la forteresse de Thèbes?DYSAORinA5 1 leur collègue, ne fut-il pas frappé d'une amende en dehors de toute proportion avec ses moyens de fortune, qui le força de s exiler? Agis iv, le roi réformateur , et sa mère et son aïeule* ne furent-ils pas étranglés par les riches de cette république? JV brége la nomenclature de ces actes rigoureux; et du reste, je ne prétends pas dire qu’ils fussent tous injustes, criminels; mais pourquoi est-on si sévère & l’égard du peuple d'Athènes? pourquoi lui faît-on un crime de chacun de ses actes judiciaires? voila contre quoi je proteste. Sparte fit mourir Ciràdon et ses amis dans les tortures, que n'employa jamais Athènes* « Cinadoy, dît Xénophon* avoua tout et nomma les conjurés. Il répondit: Je ne volxais

ÎOlRT T>E MAITRES A L A CEDE MOX E. ÀlOfS, OU lül

passa les mains et le cou dans une pièce de boîs; on le fouetta , on le déchira t on le promena dans la

GHfeCE.

ville, lui et ses complices. Ainsi furent punis les conspirateurs, »

El les !Lilotes, comment furent-ils traités par Sparte? De la manière la plus horrible* « Les Lacê*lr> monîens, di L Tfiucycffife, notaient pas fâchés non pli d’avoir un prétexte de faire partir un certain nombre d'H ilôt es; îls craignaient de leur part quelque révolution, dans la triste conjoncture de la prise dePyîos Toujours les premiers dë leurs soins avalent en pour objet de se tenir en garde contre les Êîlott # et voici ce qu’on leur avait vu faire, dans la crainte que leur inspirait la jeunesse de ce peuple nom* breux. Us leur ordonnèrent de faire entre eux us clioîx de ceux qu'ils jugeraient avoir montré le pfc de valeur dans les combats, promettant de leur dm * ner la liberté. C’était un piège qu’ils leur tendaient persuadés que ceux qui croiraient mériter le pfe d’être libres devaient être, par rélévalîon de leur caractère, les plus capables d’agir contre eux. II yen eut deux mille h qui fui accordée cette funeste dist inet ion ; ils se promenèrent autour des temples, la tête ceinte de couronnes, comme ayant obtenu fe liberté ; mais, peu après, les Lacédémoniens les fo^ni dispctYà ftre, sam que personne ait su de quelle Mnière on les a fait périr.* »

Complétons Thucydide par les quelques lignes que voici de Diodore de Sicile :

« Les Spartiates, voulant se défaire des H ilote les plus braves, lui en envoient mille des plus *1 & terminés (à Brasidas), dans là conviction que b plupart succomberaient dans les combats! Ils corn-

LES SFAKTIÀTES,

mirent encore un autre acte violent, et cruel, par lequel ils croyaient affaiblir les Hilotes. Par la voix d'un héraut, ils invitèrent les Hilotes, qui avaient rendu quelques services h Sparte, à venir s'inscrire, promettant de leur donner la liberté. Deux mille ne firent inscrire ; mais, m même temps, les Spartiates mlmnèrent à des hommes très vigoureux d’égorger m Bitotes, chacun dam sa maison. »

Vit-on jamais quelque chose d’aussi horrible à Athènes? Ainsi, Sparte condamne à Tamende, à l’exil, à la mort, des rois, des généraux: die se montre d'une rigueur sauvage envers ceux quelle accuse de conspiration ; elle égorge en un seul jour deux mille Hilotes valeureux ; et cela, froidement, sans raison* sans excuse possible. !... et cependant, Sparte reste l’idole des historiens et des philosophes I f#< Pourquoi cela? — C’était une oligarchie III Ce que je ne puis comprendre, c’est F enthousiasme que Mably, que Condillac, que Jean-Jacques Itousseau, ne cessèrent d’avoir pour cette aristocratique et Sauvage république.

Maïs, diront les amis des cours, des trônes et des couronnes : Nous, nous avons accusé la démocratie; vous, vous faitesle procès a l'oligarchie ; que prouve cela? Que toutes les républiques sont détestables, fctque notre principe seul est doux et bienfaisant.

Ah 1 vous croyez, messieurs les royalistes, que dans la monarchie tout va pour le mieux, et que les crimes y sont inconnus. Voyons, parlons donc des monarchies* et sachons si la modération dont on les vante n’est pas une atroce dérision.

i tTirï

L» JuHlkv île» roi*.

Je ne veux pas parler des rois thébains, rie ceux de Sparte et d'Àrgos : les Polynîce, les Etéocîe, les | Atrée, les Thyesle, de sanglante mémoire, ne sont pas d'un caractère historique suffisamment prouvé; nous trouverons ailleurs : commençons par les Assyriens.

Chez les Assyriens, Nihus arrache Sémiramis k Al en o n es soa mari, q u i s e p en d d e d ésesp o ï r ; S émi- j ramis empoisonne son royal époux; elle péril tlela main de Ninyas son tils. L’histoire d'Assyrie est muette sur une longue suite de rois. Le dernier, Sardanapale, vît dans Torgie et meurt au milieu des datâmes de Ninive, su capitale, et des ruines de sa patrie.

Chez les Hébreux, David fait la guerre à Saul, süü roi légitime, le renverse du trône et prend sa pince.

Il fait tuer U rie pour vivre avecBelhsabée, sa femme; son serviteur Joab assassine Abner, l'un de ses généraux; ses enfants vivent dans la débauche, s'égorgent entre eux. Absalon, son fils, lève rétcndanl de la révolte; et ee roi. déjà vieux, est contraint : de lui faire la guerre et le fait périr dans un cornbat. — Salomon fait mettre à mort son frère Ado- | nias; d fait aussi répandre le sang de Joab, habile général, qui avait servi David par son courage et par ses crimes. Joram, Jéhu, Josîas, Atbalie, Achab, et presque tous les rois de Juda et d'Israël, se livrent à toutes sortes de crimes et d’abomiDHtions.

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