LES ATHÉNIENS* —THÉMISTOCLE
leurs efforts pour que Théraîstoclc, dont ils étaient jaloux, ne reçût point de récompense.
« ils firent décider » par leur influence, que, parmi les villes, celle des Éginotes s'était le plus distinguée, et que, parmi les individus, 1 Athénien Amioias, frère du poète Eschyle, s'était montré le plus brave* Les Athéniens furent choqués de ce ju- [nueni inique; et les Lacédémoniens, craignant gue Thémistocle, indigné, ne 'méditât quelque vendante funeste à eux et à toute ta Grèce, lui offri* ml des présents dont la valeur était double de celle du prix qu'on avait décerné aux autres. Dès que Tkêmktode eut accepté ces présents, le peuple athénien lui ôta le conimandemenlderarmée, et le donna 1 Xanlippe, fils d'Ariphron.» (Dïodore de Sicile.)
a Thémistocle disait que les Athéniens n avaient plus pour lui d'admiration ni d'estime; mais qu ils se servaient de lui comme d un platane, sous lequel on va se réfugier pendant Forage, et lorsque le calme est revenu, on ïe coupe ou on en arrache les branches.*. Il rappelait sans cesse au peuple assemblé ses services et ses exploits; et lorsqu on pi témoignait qu'on était las d'entendre si souvent les mêmes choses : « Eh 1 quoi, leur disait-il, vous « lassez- vous de recevoir souvent du bien des roê* « mes personnes? » (Plutarque.)
La position personnelle et politique de Thémisloele, son caractère, ses goûts, ses paroles hautaines, blessantes, inquiétaient les Athéniens.
* Les Athéniens donc, pour rabattre une autorité qui leur paraissait démesurée* prononcèrent
contre lui le ban de 1'ostracisme, sorte d’exil qu'ils avaient coutume d’infliger à tous ceux dont lapui* sance, excédant les bornes de l'égalité d&pcrafr que, leur inspirait des craintes.,*
« Thémistocle, banni d’Àihènes, vivait tranquillement à Àrgos, lorsque la découverte de la ivahim de Pau saisi as fournit à ses ennemis un sujet (tel? citer en justice. Lèobote. fils d'Actnéon, du bouts iTÀgrauIe, intenta l'accusation, et les Spartiates li souscrivirent. Pausanias ^ quoique ami de Tbéob tocle, lui avait d'abord caché la trahison qu’il méditait ; mais quand il le vit banni d'ÀLbènes eut^ portant impatiemment son exil, il se hasarda delai en taire part, et le sollnciln d'entrer dans son projeu 11 lui montra les le tires du roi, et fil tous ses elfe pour l'irriter contre les Grecs, en lui représentai leur méchanceté et leur ingratitude. Thêmistoà rejeta la proposition de Pausanias „ et lui tlédm qu’ît ne prendrait aucune part à ses complots ; ü garda k plus grand secret sur ses confident# ^ sur ientreprise qu'il méditait... Après que Puoanias eut été puni de mort, un trouva chez lui é$ lettres et d'autres écrits qui firent soupçonner 3p* mistocle de complicité. » (Plutarque*)
Accusé parles Spartiates cl les Athéniens de vu» loir livrer la Grèce aux Perses, Thèmistoclu W sommé de comparaître devant la justice de stm pays. J1 n'en tint nul compte; il passa d'Arps* Cpreyre, de là chez Admète, roi des Molosses, ensuite il s’enfuit à Ja cour d’Artaxerxès, toi ii Perse; et lut dit :
IES ATHÉNIENS. — THÉüflSTOCIÆ. 153
u C'est moi, Tbémislocle, qui me rends près de
* loi; moi qui, plus qu'aucun Grec,.ai fait du mal «à ta maison, tant que j'ai été forcé de me dépendre contre l'invasion de ton père; mais je lui « ai fait encore plus de bien quand je liai pim eu « de crainte pour moi , et que lui -même, à son tour, «avait de grands dangers à courir , J'entre dans
* ton empire, ayant de grands services à te rendre,
* et persécuté par les Grecs pour VatnÜié que je te «porte. Je veux attendre un an pour te rendre « compte moi-même des motifs qui m'ont fait en- » irer dans tes États. » (Thucydide.)
Le roi accueillit le guerrier avec satisfaction ; il lui donna un gouvernement dans T Asie mineure et plusieurs villes [mur son entretien.
« Il avait la Magnésie pour le pain, et elle rapportait cinquante talents par an; Lampsaque pour
via, et il paraît que c'était le meilleur vignoble de oo temps là; Myontè pour la bonne chère. » (Thucydide.)
fl Àrtaxerxès le mettait de toutes ses parties de chusse et de tous les divertissements du palais. Il le présenta même à la reine sa mère qui le recevait familièrement chez elle. Enfin, il fut instruit, par ordre du roi, dans la philosophie des Mages... Parvenu à ce haut point de grandeur, et recherché de tout le monde, un jour qu'il vit sa table magnifiquement servie, il dit à ses enfanLs : « Mes amis, nous 11 étions perdus, si nous n'avions été perdus, s (Plutarque.)
* Il lui fit de grandes promesses (à Àrtaxerxès),
Il»
15i GRÈCE.
entre autres celle qui devait flatter davantage œ rui de Perse. Il s’engageait à lui soumettre la Gréa s'il voulait suivre scs conseils. Il revint en As» comblé des présents d’Artaxerxès, et se flxàdltt la ville de Magnésie. « (Cornélius Népos.^ a On expédia des courriers â Magnésie pot' porter à Tbémistoele l’ordre du roi d’aiier «m* mander celte expédition contre, les Grecs , et » quitter la promesse qdil avait faite; mais (bêmis toele ne voyait, ni dans le ressentiment qu’il pou vait conserver encore contre ses concitoyens, t dans la gloire et la puissance qui lui était offerte un motif suffisant de se charger de la conduite'!' cette guerre. Peut-être en croyait-il le succès in* possible; car la Grèce avait alors plusieurs grandi généraux, entre autres Cïmon, qti un bonheur si. guîier accompagna dans toutes ses entrepris»
Mais ee qui l’en éloignait le plus, c’était la ho* qu’il y aurait à ilétrir la gloire de ses premion exploits, et de renverser lui-même ses tropbéea-' prit donc la résolution magnanime d’éviter ce » honneur par une mort digne de sa vie. Il fil uii^ orifice aux dieux, assembla ses amis, et, après k"avoir fait ses derniers adieux, il but, suivant frf nion commune, du sang de taureau; d’autres dis" qu’il prit un poison très actiT, et qu’il mourut- Magnésie, âgé de soixante-cinq ans, dont il tt** passé la plus grande partie dans l'administra» des affaires publiques et dans le commande'* 1 ** des armées. Le roi, ayant appris la cause d^ mort, l’en admira, dît-on, davantage, et traita W*
LES ATHÉNIENS* — THÉMïSTOCLE* ÏS5
jours avec beaucoup de bonté sa famille et ses amis. » (Plutarque,)
a II mourut de maladie; quelques-uns disent qaü s’empoisonna lui-même volontairement, dans ïidée qif U lui était impossible d* tenir les promesses qu'il avait faites au roi » (Thucydide.)
Maintenant, résumons nos citations : THemistoc le ne mena pas toujours une vie régulière; il fut d'abord prodigue, et ensuite avide d argent» de grandeur, d’autorité; personne ne porta C ambition aussi loin que Un ; U forma une faction par le moyen à laquelle il fit condamner Aristide au ban de ïoslmcisme; il ne reculait pas devant les moyens les plus iniques, pourvu qu’ils pussent contribuer au succès de ses entreprises; è Salamine, on a vu comment il excita le grand roi à attaquer les Grecs, comment, après la victoire, il conseilla aux Spartiates, peu disposés à recommencer la lutte, à poursuivre les Perses, comment il conseilla aux Athéniens, toujours prêLs à l’action, à ne pas les poursuivre, et comment il se fit gloire auprès de Xeixès, afin de mériter sa reconnaissance, d’avoir retenu les Grecs et de l’avoir sauve. Ï1 menait un train de prince; il affichait sa vanité, son orgueil, son ambition ; il s’attachait des créatures, des preneurs, des partisans, des satellites ; sa yie n était plus celte d’un simple particulier, Tégalîté démocratique en était offensée, épouvantée. Thémislocle fut frappé par Je ban de rostracisme. Retiré à Àrgos, ü avait. connu la trahison de Pausaiiias; il correspondait avec ce général ; il était le dépositaire de
tous ses secrets ; la perte de la Grèce pouvait êlrc la conséquence des intrigues, des crimes, riesuifa' mies de Fausanias, et Thémistocle garda le silence, il ne dénonça point le traître , et par là, H fit soupçonner son patriotisme, sa vertu, son honneur.sa probité* Rappelé pour subir un jugement, il se sauva auprès du roi de Perse, V ennemi de sa pu* trie, et ü lui promit de lui soumettre la Grèce*Ce roi le reçut avec bienveillance, avec considération lui donna un gouvernement, plusieurs villes pour son entretien, et Thémistocle, s'applaudissant Je son état présent, disait un jour à sa famille : « Kom périssions, si nous n’eussions péri* » Sommé fa tenir ses promesses, de conduire une expédition contre les Grecs, de s’opposer à la marche em< hissante de Cimon, ïi comprit alors tout le fâcheux, tout le danger, toute l’horreur de sa situation, et il s'empoisonna* Ainsi finit ce grand et célébragé* néral.
Voilé la vérité ; je n’ai rien exagéré, rien dissimulé. Que le lecteur de bonne foi réfléchisse, el qu’il dise si Thémistocle lui paraît complètent irréprochable, et si les Al béni eus méritent, po»t leur conduite à son égard, les flétrissures fa Thrstoire,
Arbitide e* Clmon.
Aristide le pauvre, le juste, l’ami du peuple, fui banni par l'ostracisme comme un homme dangereux à la liberté* Au sujet de cette condamnation, nous trouvons dans tous les auteurs qui nous oui