‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 12 sur 32 · CES MISÉRABLES RÉCITS · texte numérisé non relu

CES MISÉRABLES RÉCITS

Euripide rejette les amours scandaleuses des dieux* et tout ce qui les dégrade; il ne croit pas qun le jour du festin de Thiestc* ou tout autre jour* le soleil ait détourné son char d’or de sa route ordinaire. Si Homère* si Eschyle et Sophocle insultent souvent à la science des devins et blâment leur cupidité* Euripide dit à son tour :

« Qu'est-cc qu'un devin? un homme qui dit beaucoup de mensonges et quelques vérités, a

Ü repousse même les oracles lorsqu’ils ne sont pas d'accord avec TétonicHe justice* Cependant notre poète n’est point athée; et les paroles suivantes le prouveront ;

«t Du haut des deux qu'ils habitent, les dieux veillent* quoique de loin, sur les actions des hommes. »

a Les dieux ont les yeux ouverts sur le juste et sur l'impie. u

« La puissance divise se meut avec lenteur, mais elle est

üïŒCE,

inévitable* Elle châtie les mortels qui honorent l'impiété, et qui dans leur délire sc refusent au culte des dieux. »

<* Tout est soumis par dieu à d'éternelles révolutions. »

<c 0 toi qui donnes le mouvement à la terre , et qui en même temps résides en elle, qui aue tu sois, Jupiter, impénétrable à la vue des mortels, nécessité de la nature, ou intelligence des hommes, je te rends hommage ; car t par des voies secrètes, tu gouvernes toutes les choses humaines selon lia justice* »

Euripide est un homme religieux et ami de sa pairie* ïl fait dire à un étranger réfugié dans lé territoire d'Athènes :

« L'autel du dieu me protégera ainsi que la terre libre ou nous avons porté nos pas* »

Un Athénien lui répond :

a Toujours notre patrie est portée à secourir les mathéW* r eux, lorsque LEUR cause est joste : que de périls 71 a-t-cUc pas bravés pour la défense dè ses amis! »

Euripide repousse la polygamie, le luxe et les mœurs des Asiatiques* La preuve ressort de ce dialogue:

«OitËSTE. —Ton épnuxcn aime-t-il une autre?

« Hermione, — Sa captive, la veuve d’Hector*

a O resté, — Çest une chose mauvaise qu'un homme ail tkux épouses, »

Et encore :

« Jamais je n'approuveraik mortel qui forme uudouWr hymen, et qui a des enfants de plusieurs mères, source de discorde eL d'amers chagrins dans les familles* »

11 continue :

« Telles sont les mœurs des barbares (les Perses) : te père couche avec sa fille, le fils avec sa mère , le frère avec sa sœur; les plus chers amis s'eiitr 1 *égorgent; ta loi ne défend aucun de ces crhies» Mats ne L'avise pas de les mire-

KtBinUE*

duire chez nous ; il n'est pas honnête quun seul homme tienne deucc femmes sous scs lois; mais celui-là doit se rontnUer d*tme seule compatjne r qui veut avoir une maison bien ÿouvérnêe.'n

Euripide préféré les lois divines, toujours d’accord avec la vraie justice, te celles qui sont nées des caprices d'un homme.

« Cïiêgn* — N’esi-il pas juste d'exécuter des ordres suprêmes?

« Antigone*— Non , quand ils sont contraires aux lois et à la just ice -

a Ciuïüx.—J eune fille, ce sont les dieux qui ordonnent celte mesure k laquelle turésistes.

a Antigone* — Us ordonnent aussi de ne pas outrager J es morts* ï>

Euripide exprime en ces termes de hautes pen¬

sées morales :

«U vaut mieux ne point remporter une victoire souillée d'opprobre que de violer la justice par une puissance odieuse* Un tel triomphe a d'abord quelque douceur, mais avec le temps il se change eu amertume et couvre tes maisons d'infamie, La vie que j'honore, la vie que je pratique, est celle où nulle puissance if existe hors de la justice, ni dans la famille, ni dans fÊtat. »

« Malheur au mortel insensé qui ravage les cités, les temples et les tombeaux, asiles sacrés des morts, et les change en déserts ; il périra à son tour- »

Voici des pensées bien senties et exprimées en peu de mots :

Mène las,-—Q u'c prouve s-tu? quel mal le consume?

« Okeste. — La consciencela conscience qui me reproche mes forfaits , »

IL s'agit la (tes Euménides; elles sont les remords qui tourmentent les coupables; mais continuons les citations du poète : ce sont ici de belles pensées :

« 0 Jupiter, pourquoi nous as-tu donné des signes ecr-

iams pour reconnaître l'or pur de l'or faux , tandis que rien sur 1rs traits de l'homme ne distingue le méchant de l'homme de bien !.. b

« Vivre dans i'opprobre est un fardeau insupportable.»

« L'orgueil des grands supporte impatiemment la supériorité des petits, «

« Ne te dalle pas que la force gouverne les hommes, s

« Les âmes nées pour la liberté plient difficilement sous j le joug de l'esclavage. »

Euripide, dans tin passage fies Suppliantes, mal* traite fort les riches, ne ménage pas plus les petite et se déclare pour la classe moyenne; niais en dépit de cette déclaration, ses prédilections, comme on va le voir, sont bien pour la démocratie:

^ Cette ville, dit Thésée à un étranger, ne dépend pas d'un seul homme, elle est libre; le peuple y commande à son tour et les magistrats s'y renouvel lent tous les ans; la prépondérance n'y appartient pas à la richesse, et le pauvre y possède des droits égaux, »

L'étranger, aussi rétrograde que beaucoup de nos bourgeois actuels, répond :

« Et comment le peuple, incapable de suivre un raisonnement avec rectitude, pourrait-il régler sagement l'Etat? Car le temps, bien plus qu'une ambition hdlive, donne le savoir. L’ôtttfnèr, le pauvre qui vit de son travail, et dont les occupations grossières entretiennent Vignorance, serait incapable de s'occuper des affaires publiques* - Et n'cst~il pas odieux pour ees hommes supëiueuks de voir un vaurien, rêvé lu des plus hautes di gui lés, gouverner le peuple par sa parole, lui qui, naguère, n était rien? »

Thésée plaisante [etranger, puis lut répond :

« Les lois écrites donnent au faible et au puissant des droits égaux : le dernier des citoyens ose répondre avec fierté au riche arrogant qui fin su lie ; et le petit, s'il a pour lui la justice, remporte sur le grand. La liberté règne où le héraut demande : qui a quelque chose a pao*

EUÏUP11JK.

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POçefi mm lé bien de l'état? Celui qui veut parier se Tait connaître; celui qui n'a rien à dire garde le. silence* Où trouver plus d’égalité que dans un tel État? Partout où le peuple est le maître il voit avec plaisir s'élever de vaillants citoyens; mais un roî voit en eu\ autant d'enriemk, et II rail périr les plus illustres et les plus sages par crainte de sa tyrannie* Comment un État pourrait il encore être fort, quand un maître y moissonne l’audace et la jeunesse, comme Dû fauche les épis dans un champ au printemps, »

On peut bien penser qu'il ne s’agit pas, dans le .passage ci-dessus, d’Athènes au temps de Thésée, mais bien d'Atînmes telle quelle était constituée m temps d’Euripide; et Ton voit que le poète aime à la mettre en parallèle avec les États régis par un seul homme, afin de mieux faire ressortir la bonté du gouvernement populaire. Ce n’est donc pas Thésée qui parte, en cet endroit, c’est Fauteur luimême. Souvent Euripide prend la parole pour ses personnages, et ralentit ainsi Faction tragique; mais grâce à ces liovs-d’œuvre que le goût peut blâmer, nous nous instruisons de choses qu’il nous importe extrêmement de bien connaître.

Euripide fait dire h Ores Le ;

« La multitude est redoutable lorsqu'elle a des chefs pervers. »

Pylade lui répond :

« Mais lorsqu’elle en a de bons elle veut toujours le bien, »

Cette réponse est très vraie.

Notre poète fait quelques vigoureuses sorties contre les orateurs populaires qui, abusant de la parole* sacrifient tout h leur ambition sous prétexte T, iv. o

do servirles intérêts généraux. Cependant Epripiée aime Légalité et la justice, et ÎI ne pouvait l'exprimer plus fortement et plus philosophiquement que par les paroles suivantes :

« Nous nous gonflons d orgueil, l'un de l'opulence de sa maison, fautre des litres d'honneur que ses concitoyens lui donnent. Tout n'est que néant : nos projets soucieux, la jactance de nos paroles, tout esL vanité, »

« En vain tu vantes les charmes de la royauté; le dehors eu peut plaire, mais au fond do palais on trouve la tristesse. Et comment vivre heureux au sein de la défiance et dans de perpétuelles alarmes?.. »

t< Pourquoi être épris de I'Ambition, la plus méchante des déesses7. v 11 est une chose plus belle, c'est d'honorer LÉGALITÉ qui unit étroitement les amis aux amis, lea villes aux villes, les alliés aux alliés : oui, Légalité est pour les mortels une nature. U y a entre le plus et le moins une éternel le guerre, et c'est pour l'avenir un principe de haine... Enfin, la royauté, cette injustice heureuse, qu'a-t-elle de si digne de ce culte et d u prix excessif que tu y attaches ? Est-il si beau d’attirer les regards? C’est un bonheur bien vide. Veuœ-tu avoir des honneurs dans ton palais H des soucis dans te cwür?„ Le nécessaire suffit au sage. Nos, les mortels ne possèdent Pas en Propre luî

TUCnESSES; ELLES APPARTIENNENT AIJX DIEUX ET SOUS LK

sommes LES dépositaires ; et quand ils te veulent , ils les reprennent. n

Voilà des pensées vraiment philosophiques I Mois disons qtfEuripide peut descendre des généralités aux questions de personnes et de classes, sans jamais se démentir; eu voici la preuve :

« Il vaut mieux s'allier à T homme pauvre et verluetiJf qu'à celui qui unît le vice à l'opulence* »

« J'ai vu les fils d'un père généreux tomber dans le néant, et des enfants vertueux naître d'hommes pervers; fai vu l'indigence dans b âme dit riche , cl une âme génèreiw' dans le corps du pauvre, #

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