‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 11 sur 32 · SOPHOCLE · texte numérisé non relu

SOPHOCLE

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Créon avait défendu, par une proclamation, qu’on enterrât le corps de Poïynicc,qui avait succombé en combattant contre son frère Etéocïe et sa patrie* Antigone, la sœur de ce malheureux > la nièce de Créûn, ose enfreindre cette loi, et, trompant la vigilance des gardes, donne la sépulture à son frère. D’après le décret publié, clic avait mérité la mort.

Lorsque Créon, furieux, lui dit :

« Et ta as osé enfreindre ces lois ? »

Elle répond :

«Je ne pensais pas que les décrets d'trn mortel comme toi eussent assez de force pour prévaloir sur les lois non écrites^ teuure immuable des dieux . Cdles-ci ne sont ni il aujourd'hui ni d'hier ; toujours vivantes, nul ne sait leur origine* Devais-Je, cédant aux menaces d’un homme, en^ courir la vengeance des dieux? Je savais qu'il me faudrait mourir; et ne le devais-je pas, môme sans ton décret* »

Enfin, Créon veut exciter Antigone à haïr Polynice, fce frère égaré que l'ambition avait armé contre h pairie* Elle répond alors ;

n Mou cœur est Tait pour partager V amour, et non la haine. »

No sont-ce pas là de nobles sentiments?

Euripide.

Sophocle eut un digne émule ï ce fut Euripide, le troisième des grands poètes tragiques.Euripide naquit à Salami ne, 480 ans av. J.-C*,lc jour meme que tes Grecs y vainquirent les Perses dans une bataille navale. Son père était cabaretieu et sa mère marchande d'herbes : cette origine lui valut les insultes d'Aristophane, le fameux auteur de comédies.

36 GRÈCE

Euripide est le premier poète qui ait développé les passions les plus ardentes du cœur avec une vraie puissance. Mais outre cela* scs pièces recèlent encore des enseignements en plus d'un genre.

De son temps le doute religieux avait gagné les esprits les plus élevés; et Euripide manifeste les siens par T intermédiaire de ses personnages, comme on le voit ici :

w 0 Jupiter! dois-je croire que tu as les yeux ouverts sur îes hommes ? ou l'opinion de ceux qui admettent l'existence des dieux n'est-elle qu'une chimère, et eat-eele hasard qui gouverne toute chose parmi les mortels (1) ? »

On sait combien les poètes grecs attribuaient aux dieux d’actions dégradantes. Euripide fait parler Ion; et ce personnage dît en s'adressant à Apollon:

« Puisquetu'règnessur les mortels, sois fidèle àla vertu. Les dieux punissent parmi les hommes ceux dont le cœur est pervers : est-il donc juste que, vous qui avez écrit les Jais qui nous gouvernent, vous soyez vous-mêmes les viola leurs des lois? S'il arrivait (chose impossible, je le suis, mais je le suppose), s'il arrivait qu'un jour les hommes vous fissent porter la peine de vos violences et de vos criminelles amours, bientôt toi, Apollon; et Neptune, et Jupiter, roi du ciel, vous seriez contraints de dépouiller vos temples pour payer le prix de vos fautes. En vous livrant à vos passions au mépris de la sagesse, vous étés coupa filés* U ri est plus juste d'accuser les homme s ^ s’ils imitent ksvicës des dieux f qui leur donnent de si funestes exemples, u

(1) Je me suis servi, pour Euripide et pour Sophocle, de la tradneikm de M, Amml, inspecteur général des études; pour Eschyle, de celte de il, Alexis Pîerron. Mes fragments de Pfndârè sont tirés de la traduction dé M. Muzac, ceuxdeTliéngoim, Pbocytide, Démocrate, de celle de Lévesque-, traducteur de beaucoup (fauteurs grecs.

EL Rli'lDE.

Ailleurs le poète fait dire à Thésée i

« Mais aucun des mortels* aucun même des dieux n'e&t h l’abri îles atteintes de ta fortune , si du moins les récits des poètes ne sont pas mensongers- iTont-ils pas formé entre eux des unions que réprouvent toutes les lois? Ne les a-t-on pas tus, pour usurper un trône* charger leurs pères de chaînes? lit cependant* ils habitent POly'fflpc et supportent sans remords le poids de leurs fautes,*. i>

Hercule répond :

Heias! tous ces exemples sont étrangers à mes malheurs. Non, je ne crois pas que les dieux se livrent à des amours incest ueuses , ni qu'ils chargent leurs pères déchaînés ; je nf. l'ai jamais cru* je ne le croirai jamais* ni qu’un d'eux se suit rendu maître d'un autre . Un dieu , s’il est réellement un dieu* n'a besoin de personne; les poètes ont inventé

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