‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 2 sur 32 · GENERAUX DE SPARTE ET D ATHENES · texte numérisé non relu

GENERAUX DE SPARTE ET D ATHENES

M, le comte de Ségur dît ceci dans son Histoire [ ancienne ; « La hauteur et les injustices de ce géfl néral excitaient les plaintes des alliés ; ils le dé~ « pouillèrent du commandement pour le donner à I tt Aristide. Ainsi, la vertu d'un Athénien et la cora rupfion d'un Spartiate firent passer dans lesmains « d’Athènes l'autorité dont Lacédémone avait joui a jusqu'alors dans la Grèce. »

Que c'est là mal raisonner l'histoire 1 N'en dé- ; plaise à M- de Ségur, le motif de ce changement n’était pas tout entier dans le caractère de ces deux généraux; il était encore ailleurs, et nous allons nous expliquer :

Les Spartiates n’avaient eu en vue qu'une seule science, la science de la guerre; et ils jouissaient dans toute la Grèce d'une grande réputation de courage. Aussi, quand Les Grecs unirent leurs forces pour sauver leur indépendance, ils ne voulurent prendre les généraux en chef des armées que parmi les seuls Spartiates. Léomdas commanda aux Thermopyles , Eitrybiade à VArtésimium et à Salamine , Pa usant as à Platée, Leotycüïhe à Mycale, Mais ces généraux Spartiates avaient à côté d’eux des généraux athéniens, qui devaient leur I être subordonnés, et qui, cependant, leur étaient le plus souvent supérieurs en talents et en brak voure. ÀPArtémisium et à Salamine, qu’eût fait Eurybiade sans Thémistqcle ? 11 eût fui avec toute la Hotte. Ce fut donc grâce aux Athéniens que là les Perses furent vaincus. A Platée, U y avait à côté de Pausanias le sage et brave Aristide ; à My-

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cale Xhantippe était k côté de Léotychide. Enfin les Athéniens, sous le commandement de Miltiade, d’Aristide et de huit autres généraux , avaient livré, sans secours étrangers, dans la plaine de Marathon , la première bataille aux Perses, et Ms les avaient mis en fuite. Ainsi, les Athéniens vainquirent seuls à Marathon; la résistance de TArtémisîum et la victoire de Salamine furent autant dire leurs œuvres; à Platée, quand les Mégariens ne voulaient plus défendre un poste dangereux, lorsque tous les autres Grecs refusaient de les relever, les Athéniens les remplacèrent volontairement; quand les Spartiates, craignant de se trouver en présence des Perses, invitèrent les Athéniens à changer de place avec eux, ils ne furent point refusés, nous l'avons dit. Les troupes d’Athènes furent toujours prêtes à accepter tous les postes et à combattre tous les ennemis, quels qu'ils fussent. Les Spartiates voulaient en toute occasion posséder le commandement en chef, leur orgueil ne leur permettait pas d'accepter la seconde place parmi tant de braves. Les Athéniens avaient aussi des prétentions au commandement, car iis s’en croyaient dignes; et cependant, iis préférèrent supporter les injustices, illustrer le rang qu’on leur assignait, fût-il le dernier, que de jeter la perturbation parmi les défenseurs de la Grèce.

Mais tant d'abnégation ne devait pas rester perdue ! Quand tous les Grecs eurent vu, comparé et apprécié sur les champs de bataille les Athéniens et les Spartiates, ils comprirent que les enfants ri’A-

TRAHISON DK PAUSàNIàS.

thènes étaient loin d'être inférieurs à ceux de Sparte ; qu’ils devaient aux premiers leurs premiers succès et en partie le salut de la Grèce ; alors ils se tournèren t rie ieu r e ôté : aî nsî À eustid f; f ut. préféré à Paüsanïas cl Athènes à Spahte , et ce n’était pas sans raison. Les descendants de Cécrops avaient vraiment conquis celte préférence par leurs bonnes œuvres.

Cependant Pausanias resta h la tête des Spartiates, et c’était plus d’honneur qu’il n’en méritait, car ce héros de Platée* cet illustre guerrier, n’était qu'un fâche au fond du cœur* et bientôt il fit connaître toute sa bassesse. il lia des relations intimes avec le roi des Perses , duquel il recevait des présents; ü aspirait h la main de la tille du despote; après avoir concouru à la délivrance de la Grèce * il conspirait son asservissement* L T or, les promesses, la perspective d’une grande autorité, avaient séduit cette àmc orgueilleuse et cupide; le libérateur était devenu un fourbe, un tyran. Maïs la trahison fut découverte. Pausanîas, poursuivi, se réfugia dans un temple que ies Spartiates murèrent aussitôt, et celui qui voulait être le plus opulent des hommes après le grand roi, mourut déchiré par la faim, maudit de ses compatriotes qu’il avait trompés (477 av. L-C.>

Thrmistocle lit aussi soupçonner sa vertu. II avait reçu les confidences de Pausanias, qui avait essayé de rembaucher an service du roi de Perse; cl le héros athénien n’avait point dénoncé ta trahison* 11 réfuta cependant l'accusation qui pesait iv* V

GRÈCE

sur lui, et se fit absoudre. Cet acquittement le rendit [dus puissant. Thémistocle aimait use vanter» a se glorifier: il semblait qu ? il fût le seul sauveur de la Grèce, que la Grèce lui dût tout» et qu'elle fût comme sa propriété* Ses van tories, ses richesses, dont il faisait parade, son train de vie, excitèrent le mécontentement, la défiance. Les Athéniens le craignirent, te crurent capable d'attenter à leur liberté, et lui appliquèrent Tostsacishe. C'était là une condamnation à l'exil* Ainsi le général dut s'éloigner d'Athènes (171 av. J.-G.)* Reproduisons, au sujet de Thémistocle et de sa condamnation , les paroles suivantes de Diodore de Sicile :

« D'abord ils le firent sortir de la ville, en lui appliquant Fostracisme , qui avait été institué après la chute de la tyrannie des Ifisistratides, Voici quelle était cette loi. Chaque citoyen écrivait sur un tesson le nom de celui qu'il croyait principalement conspirer contre la démocratie; celui qui réunissait le plus grand nombre de ces tessons était condamné a s'exiler de la patrie pour cinq ans. L'ostracisme n'avait pas pour objet de punir un crime prouvé; les Athéniens voulaient seulement, par ce moyen » rabaisser l'orgueil de ceux qui auraient pu avoir des prétentions par trop élevées* &

Frappé par cet arrêt, Thémistocle se retira à Argos* Les Lacédémoniens, soit dans l'intérêt de la Grèce, soit qu'ils cédassent aux incitations de leur jalousie, le dénoncèrent de nouveau aux Athéniens, et prouvèrent d'une manière certaine, par des correspondances trouvées, que Thémistocle

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