T. IV
cents hommes, fit quelques vigoureux coups de mains; jeta l’alarme dans la ville et dans la campagne ; et retourna h Phyle.
Les Trente, saisis d’effroi, étaient de plus en plus violents : ils cherchaient par tous les moyens h assurer leur usurpation.
CependantThrasybule,àIa tête de mille hommes, entre de nuit au Pirée, Les Trente, instruits de Pinvasion, accourent avec la troupe lacédémonienne, leur cavalerie et les hoplites. Thrasybule, se sentant trop faible, se retire sur la colline Munychïe, Les Trenteet leurs troupes avancent pour l’attaquer, j Thrasybule adresse cette courte proclamation à ses soldats :
« Citoyens, il faut que je vous apprenne ou vous « rappelle que parmi les ennemis qui s’avancent.
« vous avez vaincu et poursuivi ceux qui occupent a T aile droite. Quant aux derniers de Paile gauche,
« ce sont ces trente tyrans qui nous ont exclus d’A- « tliènes quoique innocents, qui nous ont chassés « de nos maisons ( qui ont proscrit nos meilleurs « amis; mais les voilà maintenant dans une position « oit ils ne croyaient jamais se trouver, et ou nous « désirions qiTifc fussen i .
n Nous nous montrons en armes h des tyrans qui <r faisaient mette la main sur nous pendant nos rc- « pas, pendant notre sommeil, dans la place publi- * que, qui condamnaient à P exil des hommes, je ne « dis pas innocents, mais absents de leur foyer, Ven- « gcurs de ces forfaits, les dieux aujourd’hui con>
« battent évidemment pour nous ; quand notre
REVOLUTION À ATHÈNES
tintérêt le demande, ils nous envoient des frimas u dans un temps serein ; lorsque avec peu de inonde a nous attaquons de nombreux ennemis, ils nous « donnent la victoire.
« À présent encore ils nous conduisent dans un « poste ou, forcés de monter pour venir à nous, nos « adversaires ne pourront nous blesser que du front a de leur bataille, tandis que les pierres et les traits a que nous lancerons iront les chercher et les per- « cer jusque dans leurs derniers rangs.
t Et qu’on ne s’imagine pas que du moins la tête « de leur troupe puisse combattre avec un avantage « égal. Vous les voyez entassés dans le chemin; at- « taquez-ies aussi vivement que vous le devez , au- <£ cun de vos coups ne portera à faux : s’ils veulent tt se garantir, ils battront en retraite, cachés sous ^ leurs boucliers. Ce seront des aveugles que nous « frapperons où nous voudrons , et que nous met- ■ irons en fuite en tombant sur eux avec toutes nos « forces.
« Guerriers, que chacun de vous combatte comme « s’il était convaincu qu’il sera le principal auteur a d’une victoire qui nous rendra en ce jour, s’il plaît « h Dieu, notre patrie, nos maisons, notre liberté, nos « privilèges, nos femmes, nos enfants.Heureux ceux « qui verront le plus agréable des jours, le jour de fl la victoire I Heureux aussi qui mourra au champ « d’honneur 1 OU pourrait-on trouver un plus mari guifique tombeau I Je commencerai, dès qu’il en fl sera temps, lliymne du combat : dès que nous au* rons invoqué le dieu Mars, avançons tous ensem-
GRECE
« bte animés d'une même ardeur» et vengeons nos « injures. »
Le combat s’engagea; et bicntôtles tyrans et leurs satellites furent mis en fuite. Critias et Hippomaquc, appartenant aux Trente, périrent dans Faction, Charmide, Fun des dix généraux qu’on avait établis au Pirée avec une autorité exorbitante, fut éga* lement tué. D’autres combattants restèrent sur la place-
n Le vainqueur, dit Xénophon , sans dépouiller les corps de ses concitoyens, se contenta de remporter leurs armes et rendit les morts pour la sépulturc. Bientôt on s’approcha de part et d’autre; on conférait ensemble. »
Le héraut des initiés, Cïéocrite, prononça de fort i belles paroles, elles devaient faire impression sur ! tous les citoyens.
Les trente se retirèrent avec leurs troupes àms la ville. Le lendemain ils tinrent conseil, tristes cl désolés ; ils décidèrent de se retirer h Éleusis. D m [a ville, au Pirée , dans la campagne, partout les hommes étaient sur le qui vive. II y eut des alertes, * des escarmouches, des pourparlers.
« Cependant, dit Xénophon, les trente tyrans retirés à Éïeusïs, et les trois mille enrôlés restés dans la ville, envoyèrent à Lacédémone demander du secours, comme si toutle peuple eût secoué le joug des Lacédémoniens, m
Lysandre revint avec des troupes pour bloquer lû port et la ville. On prétend que Pansantes* l’un des lieux rois, jaloux de sa réputation, le seconda mol.
RÉVOLUTION A ATHENES
Enfin, quoi qu’il en soit» malgré les efforts des Lacédémoniens et des tyrans, la ville d'Athènes finit par s’affranchir ; et Thrasybule, son sauveur, afin de rassurer les poltrons et pour détruire les calomnies qu* on répandait alors comme aujourd’hui sur les hommes du peuple , prononça ces paroles au milieu d’une nombreuse assemblée ;
«r Citoyens qui n’avez pas quitté la ville, je vous « conseille d’apprendre k vous connaître vous-mê- « mes. Or vous y parviendrez , si vous examinez ce « qui pourrait vous donner de l'orgueil, et en vertu
* de quoi vousprélendrieznous commander. Serait- « ce pour votre intégrité ? Mais la classe la uoiueusk
* vous a-t-elle jamais persécutés pour envahir vos
* biens (i) ? Et vous, pour un vil intérêt,vous commetû tes mille crimes honteux. Vous prévaudriez-vous « de votre valeur ? Maïs peut-on mieux la jugerque « par l’issue de nos combats ? Direz-vous que, vous « nous surpassez en intelligence, vous qui , avec des
* murailles, des armes, de Vargent, des alliés, navez , < pu échapper à la tyrannie que secondêspar des hom -
1 mes qui n'avaient aucun de vos avantages ? Vous « enorgueillirez-vous de votre alliance avec Lacédé-
* moae? Comptezdoncsurune république qui vous « livre au peuple offensé, comme ces chiens qu’on ■ livre muselés a ceux qu’ils ont mordus, et qui dis-
* paraît ensuite. Quoiqu'il en soit, compagnons de
(t) Alors, comme aujourd’hui, on débitait contre la classa laborieuse toutes sortes de calomnies* On prétendait sans doute wissï qu*eîto voulait s’emparer de îa propriété d’autrui.
GRECE
iGG
<t nos périls , n’attendez pas de moi le conseil d'ék luder un traité dont vous venez de jurer le main' « tien; montrez qu’aux autres vertus, vous joigne « la fidélité la plus religieuse à vos engagements, s « Après ces réflexions et autres semblables, ajoute Xénophon, après les avoir exhortés à redouter toute innovation et à se régler sur les anciennes lois, i! congédia rassemblée... Bientôt on créa des magistrats pour gouverner la république. Peu de temps après, la nouvelle se répandit que ceux d’ÉIeusis ( les tyrans qui s’y étaient réfugiés) levaient des troupes étrangères : on se leva en masse, on marcha contre eux ; leurs généraux furent tués dans une rencontre; on amena les autres h un accommodement par l’entremise de leurs parents et de leurs amîs; Ton jura ensuite qu’on oublierait toutes lfô injures. Le serment fut respecté, A présent iAta encore, iis vivent tous ensemble sous l’empire des mêmes lois (404 av. J.-G.), a
Résumé «1 réflexion».
De quel côté la générosité? de quel côté le courage ? de que! côté l’amour de la patrie et de rhuinanité ? à qui le beau rôle enfin? N’est-ce pas à la démocratie ? Et pourtant l'histoire que nous venons de retracer est écrite par un ami de l'aristocratie î Que serait-ce donc si nous la tenions en ligne directe des démocrates ? de nos amis?
Pourquoi Athènes est-elle ainsi tombée autan! dire deux fois aux mains de l'ennemi ? Parce qu’elle était trop bonne, trop confiante, et qu’elle donnai!
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trop de pouvoir h des hommes indignes de la servir.
Athènes était belle et forte sous Périclès, belle et forte sous Cléon, Mais après la fatale expédition de Sicile, qu’Alcibiade avait fait décider, tous les malheurs devaient fondre sur elle. La Terse, la Macédoine, l'Asie, l’Italie, la Sicile, la Grèce entière presque, s’étaient liguées contre elle ; et Alcibiade, qui connaissait la force et la faiblesse de sa ville natale, inspirait, dirigeait cette funesje ligue, II faisait plus que cela, Î3 jetait la désunion, la perturbation dans Athènes môme : il donnait de l’espérance, de l'audace à l'oligarchie ; il lui disait : Lève-toi ; prends en main les rênes de l'État. De là les troubles de la république, de là Fusurpation des riches, de là l’abandon des principes qui parlaient au eœur des peuples et qui donnaient à Athènes tant de dévoués alliés ; de là l’isolement de cette république , son affaiblissement graduel, et sa mort certaine, si le peuple d’À- Ihènes n'eût pas été plus sage et plus brave que les usurpateurs; car c’est lui qui la sauva d’une première invasion, et Thrasybule et Thrasylle vinrent ensuite, par leurs courageux efforts sur les mors, la débarrasser de su ceinture d’ennemis, et lui permettre de respirer (411 av. L-C.),
Mais,malgré ce succès du peuple etdesesamis, malgré !a chute des quatre-cents , la faction bourgeoise se rendit entièrement maîtresse du pouvoir. Èn abolissant le salaire pour les fonctions et magistratures, elle en excluait le peuple ; du moment qu’elle ne comptait que cinq mille citoyens
ICS
GRÈCE
ayant des droits politiques dans la cité, elle créait des catégories, des privilégiés et des déshérités.Ceus qui se comportaient (Je la sorte, les Théramènc * les Aristocrate, et tous leurs amis, ne voyaient pas, ces aveugles, qu'ils étaient entourés d’ennemis, qu'il fallait faire alliance avec les peuples contre les tyrans, qu’il fallait parler au coeur des pauvres, les ranimer, se les attacher de nouveau; relever dans la Grèce entière l'étendard de la démocratie, et grouper autour d'eux une force capable de briser toutes les forces aristocratiques* Us ne comprirent point cela, ces pauvres bourgeois, ces ambitieus effrénés et vulgaires ; ils crurent, sans Vaillance des peuples, sans le levier de Vêlement démocratique, pouvoir sc tenir debout. Quelle grave erreur 1 Quand Athènes ne tint plus en main Vétenclard de la démocratie, dans tous les États, les pauvres ne furent plus pour elle ; et depuis longtemps les riches consr piraient sa ruine. Elle s’affaiblit donc alors de plus en plus; la bravoure de Vannée ne compensait pcial la lûchetc d’un gouvernement sans àme, sans principe, sans élans, sans grandeur et sans racine ni en bas ni en haut. Une seule défaite sur mer porta répouvante dans la république, et ses chefs, avecTIiéramène en tète, furent les premiers à se mettre d’intelligence avec l’ennemi , et à crier : Rendonsnous. Ils furent obéis; ils avaient pris leurs mesures pour qui! en fût ainsi, Sparte imposa donc ù Athènes les trente tyrans , dont Théramènc fit partie.
Ce Théramènc avait conspiré contre la démocia-
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tie, et fut l'un des Quatre-Ccnts ; ce Théramène conspira contre T aristocratie, et fut T un des principaux membres du gouvernement après [a chute des QuatreCents; ce Théramène fut le plus ardent accusateur des généraux vainqueurs aux Arginuses, et ses paroles contribuèrent puissamment, dans un temps où les pauvres n'avaient plus de droits, k faire mettre b mort huit généreux guerriers, parmi lesquels se trouvaille brave Thrasylle, l'un des libérateurs de la patrie ; Théramène, après la défaite dVEgos-Potamos, fut le premier à se mettre d'intelligence avec l'ennemi, et ce caméléon bourgeois, cet adorateur des fonctions publiques, ce conspirateur contre tous les principes, mérita une place d'honneur parmi les trente tvrans(W5 av. J.-C.).
Tant qu'on tua les démocrates, il applaudit \ mais du moment que les vengeances, que les persécutions montèrent du peuple à la bourgeoisie, de la démocratie à cette sorte de juste milieu dont il était le chef, alors U se récria, alors il se plaignit à Critias, le chef du parti aristocratique, de tant de violences* Critias, dont l'influence était grande dans le gouvernement, passa outre. Théramène cherchait b former un parti ; celui qui avait contribué à renverser la démocratie, puis l’aristocratie, puis encore la démocratie, voulait frappe r Y aristocratie pour la seconde fois : Critias s'en aperçut, et prévint le coup qu’on voulait lui porter en se hâtant de faire mettre b mort son dangereux adversaire.
Critias était maître, et, appuyé sur la faction aristocratique et sur l'étranger, il pouvait tout : la ter-
G-BKCK.
reur régnait dans Athènes* Mais ThrasybuIÉ; lui qui, peu d'années auparavant,était parvenu, avec le secours de Farinée, à sauver la république, maintenant fugitif, banni, réfugié dans Thèbes, se prépare à la sauver une seconde fois : il revient à Athènes
avec une poignée d'hommes, et Dieu le secondant, il ren verse les tyrans, affranchit sa patrie, et redonne aux citoyens tous les droits que Pusurpation leur avait enlevés (403 av.
Quelle différence entre cet homme et Alcibiade! Suivons un moment celui-ci : Bans sa patrie, il se livre aux orgies, aux bris des statues ; il fait décider Fexpédition de Sicile, expédition fatale; rappelé pour subir un Jugement, il passe chez tes Spartiates, donne des avis, se fait Pâme de la plus terrible ligue de peuples contre sa patrie ; devenu suspect aux Lacédémoniens, il passe chez les Perses, leur conseille d'établir leur puissance sur les divisions, sur ^affaiblissement, sur les ruines de la Grèce; pendant ce temps-là, il correspond avec les généraux grecs, avec les chefs de l'aristocratie d’Athènes, fait valoir ses relations avec le roi de Perse, et leur promet son alliance f ses secours, s’ils peuvent faire en sorte qu’Athènes renonce à la démocratie* De cette intrigue naquit un gouvernement aristocratique, auquel il ne vint pas se joindre, on ne sait pourquoi, et ce gouvernement décrète qu’il restera dans l'exil.
Ce général passe alors pour un démocrate Thrasybule lui-même Fappelie à venir se joindre à Famée de Samos pour renverser les tyrans, et re-
RÉFLEXIONS
donner è Athènes scs lois et sa grandeur nationale.
Alcibiade parle encore de Tissaph&me, du roi de Perse, de la faveur dont il jouit auprès d'eux, de la nécessité pour l’armée de Samo s de captiver leur bienveillance en amoindrissant l’élément démocratique, qui était cependant toute la force de l’insurrection contre la tyrannie. L’armée de Samos veut marcher contre les Quatre-Cents, rétablir la démocralie et voler aussitôt contre l'ennemi; Alcibiade s’y oppose et lui persuadede faire le contraire.L’armée de Samos, avec Thrasybule et Thrasylle, vont combattre et vaincre les Lacédémoniens, les Siciliens et les Perses unis ensemble, relèvent le moral et la puissance d’Athènes qui, trop confiante, se livre à la bourgeoisie. Après cette bataille, Alcibiade, qui avait en vain promis le secours du roi de Perse, écrit aux généraux vainqueurs qu’il avait empêché la flotta phénicienne. Hotte appartenant au roi de Perse, de venir se joindre à Tannée ennemie qu’ils venaient de combattre et de vaincre.
Cependant, quand Théramèneet sa faction furent au faite du pouvoir, Alcibiade fit son entrée dans Athènes, entrée triomphale: il est élu généralissime, non par les pauvres, ils n’étaient plus rien, mais par la bourgeoisie. Aussitôt il va combattre, et grâce aux efforts de Thrasybule et des autres chefs, il est vainqueur, et accapare toutes les palmes de la victoire. Il s’éloigne de la Hotte, îi la néglige ; en son absence, elle est battue, dispersée ; le peuple et l’armée ne veulent plus de ce chef, qui va dès-lors jouir du repos dans un château qu’îl
GRÈCE
possédait dans la Cher son èse. On voit quels sont Les services d’Alcibiade; on lui en attribue encore un : on dît que quand Fermée fut surprise par l’ennemi a Ægos-Potamos, il l’avait avertie, bien qu'exilé, de se tenir sur ses gardes* Ainsi, absent comme présent, Alcibiade se manifestait toujours : il fallait qu’il eût agi T ou parle ou écrit, qu'il eût enfin fait quelque chose. Eh bien moi, je dis que les actions d’Alcibiade, appréciées à leur juste valeur, se réduisent à peu de chose. Qu’il était surtout le héros de nntrigue, de la cabale, et qu'il tient sa renommée plus de ses vanteries, de ses mensonges, de ses réclames colportées par ceux de son parti qu’il avait fascinés, et dont les paroles et les écrits devaient inspirer les historiens, que de travaux vraiment méritoires*
Que Thrasybule, le chef de trirème fait général par les soldats, est plus simple et plus grandi Celui-là, toujours il fut démocrate, toujours il combattit pour îa patrie, et rien de haineux ne pénétra jamais dans son âme* Je ne rappellerai pas toutes ses batailles, ou il luttait vraiment de sa personne; on sait ce qu’il a fait pour la liberté, pour l'indépendance de son pays, et combien le proscrit, devenu libre de proscrire à son tour, se montra généreux* Laissons ici parler Cornélius Népos (1) ;
(1) Cornéüus-Népos, historien latin, naquit près de Vérone, dans la premier siècle avant Jésus-Christ. Il était l'anii do Catulle, de Cicéron et d’Àtfâcus* De tous ses écrits, qui paraissaient être assez consîrtérâbles, il ne nous reste que les ï'iVs des iüwstm généraux grecs et romains ; et encore ce travail est incomplet.
RÉVLBXIOftS.
g Après ïa paix, Thrasybule, qui était tout puissant dans Athènes, donna une nouvelle preuve de sa magnanimité; il fit porter une loi qui défendait d'accuser ou de punir personne pour les faits du passé. On la nomma loi d’oubli * Mais il ne se con~ tenta pas de la faire décréter; il veilla encore à son exécution,,. Pour prix de tant de services, le peuple lui décerna une couronne formée de deux branches d'olivier ; et comme cette récompense notait pas arrachée par la force, mais qu'elle lui était offerte par l’amour de ses concitoyens, elle le couvrit de gloire sans exciter l'envie* »
Voilà un bel éloge, mais Cornélius-Népos ne s'en lient pas là* Laissonsde parler encore :
«Thrasybule, fils de Lycus, naquit à Athènes, Si Ton ne s'attache qu’au mérite sam avoir égard à la fortune f ce générai est peut-être le premier de ceux dont j'écris lavie. Pour moi, je n’en vois aucun qui l’aît surpassé en grandeur d'âme, en loyauté, encourage, en patriotisme* Beaucoup de citoyens ont tenté de délivrer leur patrie d'un seul tyran : Thrasybule lui seul a affranchi son pays de trente oppresseurs. Mais comment se fait-il que tant d’autres raient éclipsé en renommée, quand personne ne l'a égalé en vertu ? Bans la guerre du Péloponèse, par exemple, il fit beaucoup de choses sans Alcibiade , qui ne fit jamais rien sans lui. Mats ce dernier , né heureux , eut la gloire de tous les succès * ÏI n'en est pas de meme de Thrasybule : sa gloire lui appartient tout entière, »
Je n’ajoute plus rien : La gloire de Thrasybule
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lui appartient tout entière . Alcibiade, ?ié ftfttrew, cè ayant sans doute à son service des écrivains qu’iî payait bien elqui le servaient en conséquence, (i) eut l<a gloire de tous lesmcçès, de ceux mêmes auxquels il était complètement étranger. Maintenant, que l'on mette h côté de ses services, ses trahisons, ses méfaits, et qu'une juste balance pèse les uns et les autres.
Alcibiade avait du génie, de la bravoure; mais c était un homme léger, vain , frivole, inconstant, débauché; mettant sa personnalité au-dessus de toutes choses ; foulant aux pieds tout sentiment de loyauLé, de patrie et d'honneur ; il fut le fléau de son pays, et cependant F histoire a toujours eu pour ce héros de l'encens et des couronnes k prodiguer.
(1) D’après Plutarque : y Lysandre se faisait toujours accom- « pagner du poète Cîiérile, afin qu'il embellît des charmes de « la poésie le récit de ses actions. Le poète Autilochus ayant « composé quelques vers à sa louange, il en fut si ravi, qu’il « lui donna son chapeau plein d'argent. Àntimachus, de Golo- <f phon, et Mcératus, d’Héraclée, avaient fail chacun un poème « qui portait son nom, cl ils disputèrent le prix devant lui, etc,» Alcibiade avait aussi autour de sa personne des poètes, des nouveUist.es, des écrivains amis, prompts à rédiger des bulle^ tins de bataille, à créer des üétions, à publier ses hauts faits, eL qui devaient transmettre à la postérité un mélange confus de mensonges et de vérités. Ce sont IA les sources de l’histoire. Aussi elle attribue souvent aux plus riches, aux plus vains, aux plus rusés, aux plus Corrupteurs, aux plus indignes, les œuvres et la gloire qui appartiennent à d’autres, et surtout aux plus pauvres et aux plus modestes, qui n'ont ni le pouvuir ai le vouloir de se faire louer.
INFLEXIONS. 175
Alcibiade fut assassiné par des émissaires lacédémoniens peu après qu'il eut été exilé.
Thrasybule servit encore longtemps son pays.
Le fait principal de cette époque, c'est la guerre de Cyrus contre le roi de Perse, son frère.
Ce Cyms avait remplacé Tissapherne dans le gouvernement de rAsie-Mineiire, et comme Tissapherne, il avait favorisé les Spartiates au détriment des Athéniens; mais quand ïe roi voulut remettre Tissapherne dans la place qu’il avait déjà occupée, Cyniù refusa de se démettre ; il se révolta et appela à son aide les Lacédémoniens, qui ne furent point sourds à sa voix (401 av, L-C.)- « Cyrus, dit Xénophon , députa vers les Lacédémoniens pour demander qu’on le défendît avec ce fcele dont il leur avait donné des preuves dans la guerre contre les Athéniens, Les éphores, jugeant sa demande équitable* ordonnèrent àSAMius, alors navarque, de seconder Cyrus dans toutes ses vues ; ce qu’il fit avec un parfait dévouement, »
Beaucoup de Grecs accoururent se ranger sous Je drapeau de Cyrus, Xénophon fut du nombre; ils marchèrent avec lui contre le roi de Perse, sans déclaration de guerre préalable ; une bataille fut livrée près deBabylone; Cyrus fut tué, son armée fut mise en déroute : et c’est de là que part la retraite des dix mille * conduite et décrite par Xénophon, retraite si célèbre dans lés fastes militaires.
Cependant, disons-le, cette guerre des Grecs eonh’e le roi de Perse n* était qu’une entreprise d’aventuriers et de bandits, de laquelle nous dirons
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encore quelques mots quami II en sera temps.
La grande guerre du Péloponèse, les révolutions ! nombreuses qu'elle avait occasionnées, les atrocités auxquelles s’étaient livrés les deux peuples et les deux partis, avaient démoralisé, énervé, paralysé la Grèce, et maintenant elle vivra dans une sorte de 1 paix, eu égard aux commotions passées,maïs non dans le bonheur,
Lacédémone, qui avait tant calomnié sa rivale, qui avait recruté tant de forces au nom delà liberté, que faisait-elle, maintenant qu’elle avait la suprématie dans la Grèce entière? Elle établissait partout l'oligarchie, le despotisme, et faisait peser son joug sur tous les alliés qui Pavaient si bien servie.
Le sentiment du juste et de l’injuste s'était obscurci; le peuple souffrait, mais il n'avait plus le courage de réclamer, de protester; et, bien que la démocratie eût été relevée dans Athènes parle libérateur Thrasybule, dans cette ville même, les riches, qu’on avait embrassé après les avoir vaincus* étaient tout; les pauvres, plus nombreux que jamais, n’étaient plus rien, ou plutôt, ils étaient devenus l’objet de leur mépris. Dans une si longue guerre, pendant de si nombreux revirements, 1rs généraux, les fonctionnaires, les administrateurs s’étaient enrichis au détriment de la multitude*
« Avaît-on des succès, dît Thucydide, ce n était guère que des particuliers qui en recueillaient la gloire et le profit ; les entreprises manquaient-elles, le malheur tombait sur la république* »
Ainsi, richesse excessive chez le petit nombre,
RÉFLEXIONS
pauvreté hideuse au sein des populations, et de lu* altération des mœurs en haut et en bas : La cupidité, Ja dureté* l’orgueil, la bassesse, la débauche* Y extravagance. Ferme, la haine, avaient pris la place des vertus.
Cependant Socrate vivait alors : i! avait fait et il fit encore de constants efforts pour retremper Fesprit public; pour faire aimer la justice, le travail, la tempérance, la simplicité, l'humanité : son dévouement sans bornes lui mérita les persécutions des tyrans, qui lui interdirent la parole ; et * à la fin , il dut payer de sa vie son dévouement a sa patrie. Arrêtons-nous donc à ce sage philosophe; parlons-en longuement; donnons de ses discours de longs cxLraits; il le mérite bien ; nous parlerons ensuite de ses disciples et de ses successeurs les plus célèbres ; nous en parlerons avec étendue, de Platon surtout, homme d’un grand génie, mais philosophe plein d’erreurs et de monstruosités, auquel je consacrerai une appréciation approfondie et fort neuve, j'en suis assuré; car, ouvrier comme je le suis, me trouvant placé à un point de vue tout particulier, je vois autrement que ceux qui en ont traité jusqu’à ce jour, et je ne crois pas voir moins juste qu’eux.