‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 27 sur 32 · GUERRE DU PÉLOPONÈSE · texte numérisé non relu

GUERRE DU PÉLOPONÈSE

vàii plus tenir, 3a famine exerçait ses ravages. Le lendemain les députés annoncent à quelle condition les Lacédémoniens font ïa paix* Thé ramène , qui portait la parole, leur dit qu’il fallait obéir et I abattre ïes murs. Quelques-uns ouvrent un avis contraire , mais la majorité se déclarant pour Théramène, on décida que la paix serait acceptée. Lysandre al la ensuite au Pirée, suivi des bannis ; les murs furent démolis au son des flûtes : L'allégresse était générale; CE JOUR SEMBLAIT POUR TOUS LES GRECS L’AURORE DE LA LI¬ BERTÉ (404 av. Ï.-C.), »

Cos dernières paroles révèlent Xénoplion jusqu'au

fond de l ame.Mais passons sur ces insultes aux

vaincus.il n’est pas encore temps de dire toute

notre pensée. Que Von se souvienne seulement qae l’histoire a été presque toujours écrite par les ennemis de la démocratie.

£f Le peuple, ajoute Xénophon, décida qu'on éii- I tait trente citoyens qui rédigeraient les lois, base d un nouveau gouvernement. »

Mais le peuple pouvait-il manifester sa volonté ? i Tout ce qui se faisait ne se faisait-il pas sous la pression de l’étranger, ou plutôt l'étranger et Uaristo- ! crabe n'imposaient-ils pas la loi, qui n’était que leur caprice? Quoi qu'il en soit, il se trouvait parmi les élus POLTARCHÈS, CkïTIÀS, MÉLROHTS, HlPPOÉLQQUS, ThÉRAHÈnE, HrPPOMAOUE , ÉltASlSTltATE, PlfiON,

Ëratostïiêne, Chaiiïclès, etc., etc.

«L'élection faîte, dit Xénophon, Lysândre nmrclia contre Sam-os; Agis ramena de DécéJie

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son infanterie, et licencia les troupes alliées. Les Samiens, pressés de tous côtés par Lysaitdre, et voyant que, sur leur refus de capituler, et? général allait donner un assaut, se rendirent enfin, à condition que chaque homme libre emporterait un habit ; le reste serait à la discrétion du vainqueur* Ils sortirent clans cet étal, Lysandre rendit à la ville ses anciens habitants, leur donnant tout ce qui sÿ trouvaît , y établît un régime décent viral fi), puis congédia la Hotte des alliés. Pour lui , il retournait Sparte avec les vaisseaux ïaeédémoniens et ceux du Pïrée, à l'exception de douze, emportant les éperons de tant d’autres qu'il avait pris, les couronna dont les villes avaient en particulier honoré sou courage, quatre cent-soîxante-dîx talents, qui restaient des revenus que lui avait assignés Vyru&i successeur de Tissapherne ) pour les frais délit guerre, sans parler du butin qu’il avait fait dans ses différentes campagnes. Tout cela fut remis mix Lacédémoniens sur la fin de Tété qui vit finir la guerre du Péloponèse ; elle avait duré vingt-huit ans et ^ mois (404 av. J.-C.). »

révflliitlon il'Athènes,

Voilà donc cette longue guerre tînie et Allibnes

{I ) On donnait h dix hommes L’ai 1 1orité souveraine : ^ hommes faisaient des lots sous l'inspiration des Lav^demoniêivSi détruisaient Tétât populaire, s’associaient le petit nomb^i toujours prêt h servir Tennemi, pourvu qu’il y trouve son avantage particulier; et voilà comment Sparte de venait la ai^’ tresse de toute ia Grèce, ipTeJlc tyrannisait.

K ÉVOLUTION A ATHENES

assume’... Elle n’est plus sous son gouvernement populaire , mais sous la domination de trente tyrans, que lui oui imposés les armées ennemies ! Et Xénophon, un savant, un philosophe, 11 a pas craint d’appeler l’ai uoke de la libebté, le jour de 1 asservissement de sa patrie ! Nous allons voir maintenant, d’après le même Xénophon, comment se dévelûpp© cette liberté :

« Les trente., dit-il, turent élus aussitôt aptes la démolition du Tirée et des longues murailles : nommés pour rédiger les lois constiluti onnelles, ils différaient toujours ce travail ; ils créaient un sénat et des nuMpstrats de leur boni- Tous cmx que I on connaissait sous ht démocratie* vivant dû dénonciation et mal uns des honnêtes ( J cns * lLS LKS EMPRI¬ SONNAIENT, ILS LES COKBAURAIENT A MORT. Le Sɬ NAT PRONONÇAIT VOLONTIERS LEUR SENTENCE* El CEUX Qui n’avaient point de reproches a se faire, n’en étaient pas fâchés, filais bientôt les gouveinants délibérèrent sur les moyens de s assurer une autorité absolue. Ils envoyèrent donc a Lacédémone Æschme et Aristote : par leur entremise , ils déterminèrent Lysandre à employer toui son crédit pour quÜlcur vîntfiartdson f jusqu ace qi ils eussent PURGÉ LA RÉPUBLIQUE DES MAUVAIS CITOYENS,

donné une constitution. Ils s’engageaient à nourrir la garnison. Lysandre, cédant h leurs vœux, obtint qu’on leur envoyât Fiiarmoste Caliibius avec des lmupes ; ces troupes arrivent. Ils rendent a C*«dli- Jjîus toute sorte de soins, afin qu’il loue tauteequ’ite feront. Caliibius, de son côté, leur envoyait les sa-

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teliites qu'iïs voulaient, ils saisissaient, non les hommes de néant et les plébéiens, mais ceux qu'ils croyaient décidés à ne souffrir aucune violence et h résister en se mettant k la tête d T un parti puissanl. »

Et voila le rayonnement de ce que l'histoire appelle l’aurore de LA liberté ! Tant qu’il ne fut question que de tuer les plébéiens, les vrais démocrates, ceux que la calomnie défigure d'une manière si étrange, les égorgeurs, qui s'appelaient les honnêtes gens, furent parfaitement d'accord ; mais la noblesse voulut mettre le pied sur la bourgeoisie, et alors celle-ci poussa les hauts cris* Mais laissons parler Xénophon :

« Dans les premiers temps, Critias et Théramèse vécurent en bonne intelligence ; mais le premier commençant à répandre le sang de ce peuple tpi I avait banni, Théramène , d’un avis contraire, lui représentait qu’il n’était pas juste de mettre à mort des hommes honorés du peuple, s'ils n’avaient fait aucun mal aux gens de bien : Et vous et moi , toi dit-il t que n avons-nous pas dit et fait pour gagner les bonnes grâces de la multitude! — Critias f alors encore ami de Théramène, lui répliqua qu’avec la volonté de dominer, ü leur était impossible de no pas se défaire de Lout ce qui pourrait nuire : 5/, pjarce qu int lieu d'un nous sommes trente , lui dit-il, tu penses que notre pouvoir, pour se conserver , exige moins de vigilance qu'un pouvoir absolu , tu es dans l'erreur. — Enfin, comme une foule d'innocents étaient sacrifiés, comme on se liguait ouvertement,

U EVOLUTION A ATHENES

qu’on-$e demandait avec effroi ce qu'allait devenir la chose publique, T hé ramène observa que l'oligarchie ne se maintiendrait pas si Ton n'associait au gouvernement un plus grand nombre de citoyens*)» Comme C rit tas voulait le règne d'un très petit nombre, c’est-à-dire de la noblesse et de ses valets; que, selon lui, trois mille hommes , au plus, devaient posséder des droits politiques, et que Théramàne voulait étendre ces memes droits à toute la bourgeoisie, c’est-à-dire à cinqt mille personnes environ (1); ces deux hommes, qui avaient chacun leurs partisans, ne furent plus d’accord*

« Les trente, dit Xénophon, firent une revue destrois-mïlle dans la place publique : celle des citoyens non compris dans le rôle se fit en différents | lieux ; et au moment où ces derniers venaient de I quitter leurs maisons, les trente avaient envoyé des

(f ) Lors de la première usurpation de Foligarchie, los nobles et les bourgeois étaient ensemble. Ils formèrent d’abord h conseil des quatre-cents , qui pourrait, au besoin, convoquer ; ÙSù mille citoyens en possession des dfo ils poli tiques. Dans la pensée des nobles, ces cinq mille n’étaient qu’un mot, qu’une i fiction pour tromper lo public; dans la pensée do J a bourgeoisie, ce devait être une réalité* Les nobles voulaient gouverner exclusivement; les bourgeois voulaient prendre part A la di- I roetion des affaires publiques; de ï h leur désunion, et, enfin, il victoire do ceux-ci , grâce au concours de la démocratie, Après le triomphe de SparLO sur Athènes, les mêmes diîbW ronds se manifestent : Critins et les nobles veulent s’appuyer sur thûis mille citoyens, ou plutôt sur trois mille satellites ; Tliéramèneet les bourgeois veulent que lo nombre des citoyens rMs soit porté à cînq bille* De là, et d'autres causes, naqiii- | la désunion et les luttes, comme on le voit déjà.

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gardes et des citoyens de leur parti, qui les avaient tous désarmés * On porta ces armes dans la citadelle: on les déposa au temple de Minerve.

« Après ce coup de main, comme s’ils avaient acquis le droit de tout faire, ils sacrifiaient les tm$ parce f/i£*ils les haïssaient, les autres parce qitils me voilaient leur fortune. Pour su procurer de quoi payer leurs satellites, ils décidèrent que chacun d'eux constituerait un métèque prisonnier; qu'il le ferait mourir et confisquerait ses biens à son prolit lis pressèrent Théramène de prendre celui qui! voudrait* *

Théramène se récria ; il blâma cette résolution.

# Les trente, dit Xénophon, persuadés dés-ïôtt que Théramène traverserait leurs projets, lui dressèrent des e m b û ch es y le calomnier eut, te dêpeitjni* rent à chaque sénateur comme un factieux bouler mat VÉtàt, puis, ayant appelé k eux une jeckesbi audacieuse (la jeunesse dorée) qu’ils armèrent de courtes dagues, cachées sous faisselle, ils commquèrent le sénat. *

Théramène s’y rend* Critias l’attaque otivertëment; ii lui reproche ses revirements ; il l’accuse d’avoir contribué à détruire la démocratie et de fofà nui Intenant cause commune avec les démagogues dont il faut sé défaire. Il lui jeta à la faec les plfô sanglantes accusations, accusations trop méritées* Théramène répondit, et son discours ne fut passai! effet, tuais Cri lias, craignant de ne pouvoir le terrasser sous les formes légales * appelle k lui U jeunesse armée de poignards, et peu après Théra-

RÉVOLUTION A ATHÈNES

mène avait cessé de vivre, il n’est que trop vrai que cel homme, malgré sa prétendue modération* n’était qu’un malheureux, et qu’il avait fait le plus grand mal à la république» Nous en reparlerons*

« Les trente, dit Xénophon, comme s’ils n’eussent plus qu’à commander tyranniquement et sans crainte, tantôt défendaient à ceux qui n’étaïent pas dans le rôle des trots-mille d’entrer dans la ville ; tantôt ils les dépouillaient de leurs terres, pour se les adjuger à eux-mêmes ou à leurs amis. On se réfugiait au Pirée, d’ou Ton était chassé par les Trente, Alors Mégarc et Thèbesse remplirent de fugitifs*

Di ü dore nous dit que les tyrans firent mourir Nicératus, fils de N ici a s, et que toutes leurs viokm ces produisaient un deuil général, puis il ajoute : «t Cependant les trente, loin de s’arrêter dans leur scélératesse, ne montrèrent que plus do fureur : ils égorgèrent soixante des plus riches étrangers pour s’emparer de leurs biens* Les massacres se renouvelaient journellement, presque tous les citoyens jouissant de quelque opulence s’enfuirent d’Athènes, Autolycus, orateur populaire, perdit également lu vie; en un mot , les citoyens les plus aimés devinrent îe point de mire des Trente, La ville d*Aihènes fut tellement ruinée , que plus de la moitié de m habitants Vabandonna* » Xénophon dit luimême « qu’ils firent mourir plus de gens m huit mois de paix, que les ennemis n’en avaient tué eu tien te ans de guerre, v

Les Spartiates secondaient les tyrans de toutes leurs forces. « Les Lacédémoniens, dit Diodore,

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voyant la ville déserte , se réjouirent, et, décidés à empêcher les Athéniens de reconquérir leur puissance primitive, ils firent bientôt connaître leurs intentions. Ils décrétèrent que les émigrés d’Athènes seraient arrêtés dans toute la Grèce et livres aux Trente; que quiconque s’opposerait à F exécution de ce décret, serait passible d'une amende de cinq talents. Bien que cette mesure fût souverainement. inique, les villes, redoutant le pouvoir des Spartiates, se soumirent II y eut cependant d'honorables exceptions, Argos et Thèbes furent du nombre av* »

Comblent trouve-ton l'aurore de la liberté?

Mais heureusement Trasyrule, le héros républicain, n’était pas mort; réfugié dans la ville de Thèbes, il pensait à donner une seconde fois l'indépendance à sa patrie.

« Bientôt Thrasybule , dit Xénophon, sortit de Thèbes avec soixante-dix hommes (1 ), et se saisît de b forteresse de Phyle. Les trente y accoururent avec

(1) l/Mstoire, écrite par des hommes de parti, et trop favorable aux Lacédémoniens, renferme cle nombreuses contradictions, Xénophon nous dit que lorsque Thérarnène et autres députés se rendirent à Sparte pour traiter de la capitulation d'Athènes : « Des Corinthiens, des Teïmins surtout et beajv- « coup d’antres Grecs, soutinrent qu’il fallait, non faire lapri* « avec les Athéniens, mais les exterminer; » qui] fallait enfin détruire leur ville de fond en comble ; et que les Lacédémoniens « déclarèrent qu’ils ne détruiraient jamais une ville qui, n dans les Circonstances les plus critiques, avait, si bien mérite tf de la Grèce. »

On prèle aussi à Pausanias, roi de Sparte* les meilleurs sen-

RÉVOLUTION A ATHÈNES* Ifîl

leur cavalerie et les irois-mîite; le ciel était serein. Iis arrivent; quelques braves de leur jeunesse attaquent T puis se retirent sans avoir rien gagné que des blessures* » Les attaques recommencent vainement; des orages terribles viennent protéger les assiégés.

Thrasybule, après avoir rassemblé environ sept

liments pour Athènes, on prétend qu'il ne dépendait quûdelni de mieux seconder Ly sandre et de lui fournir les moyens de prendre cette ville une seconde fois. Erreurs, contredis Lion s que tout cela* Non, les Thébains ne voulaient pas exterminer ions les Athéniens; et ce qui le prouve, c'est qu'ils accueidirent Thrasybulc et les autres bannis dans leur ville, et qu'ils le favorisèrent certainement; ce qui le prouve, c'est que pendant que Pausanias, ce prétendu protecteur d'Athènes, vint attaquer cette ville et tenter dû traverser Tbrasybule dans son entreprise , les Béotiens et les Corinthiens dirent, d’après Xénophon lui-même , « qu'ils croiraient manquer à leur serment s’ils « marchaient contre les Athéniens, qui n'avaient violé en rien « la foi des traités* » Xénophon ajbute ; « Ils coloraient leur « respect de ce prétexte, pensant que les Lacédémoniens vou- <* Ment se rendre maîtres du territoire d’Athènes. »

« Les Thébams' rendirent nu décret, dit Diodore de Sicile, « qui condamnait à une amende tout individu qui, voyant nrré- « 1er un réfugié, ne lui porterait pas tout lé secours possible; »

Xénophon nous dit, et d’après lui Phistoire le répète généralement, que les Lacédémoniens furent, après leur victoire, bienveillants pour les Athéniens et pour Athènes, et que les Corinthiens et les Thébains furent cruels envers ces mêmes gens et cette même ville. Et c'est le contraire qui eut lieu. Xénol'hon le prouve lui-même. C’est que son amour pour Lacédémone l'égarait, comme il en égara beaucoup d'autres. Il faut donc lire l'histoire avec une grande précaution, afin de démêlé la vérité, trop souvent obscurcie par les passions, les pré dilections et les intérêts des écrivains.

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