X. IV
tS
GRECE
a La société: esl bien gouvernée quand tes citoyens obéissent aux magÔirats cl les magistrats, aux lois,
u Redoute la volupté, elle est mère de la douleur.
a Ou n'approche pas des rois, ou dis-leur ce qui leur est utile d'entendre* »
Chilon disait :
a R vaut mieux perdre que de faire un gain honteux*
« Ne permets pas a ta langue de courir au-devant de tu pensée.
« La pierre de touche fait connaître la qualité de l'or; et lor, le caractère des hommes* #
Pxtta eus disait :
n J’aime la maison ou je ne vois rien de superflu, où je trouve tout le n écossai re-
« Voulez-vu us connaître un homme Y revètex-îe d'une î grande puissance. »
Bias disait :
« Monarque, tu veux te couvrir de gloire, sois le premier soumis aux lois de ton empire.
a Désirer l'impossible, être insensible à la peine des autres, voilà deux grandes maladies de P&oie.
« Ecoute beaucoup, et ne parie qu'à propos* »
Cléobele disait :
a Choisis ta femme parmi tes égaux. Si lu la prends dans un rang plus élevé, lu n’auras pas des alliés, mats des tyrans.
a Répands tes bienfaits sur les amis, pour qu'ils t'aiment pîus tendrement encore; rcpands-Ies sur tes ennemis, p ou r qu’ i îs de v i e n n en t e n fi n tes am i s , »
Péri amibe disait :
« Veux-tu régner en sûreté Y note fais pas entourer de satellites armés de fer; n'aie d'autre garde que l'amour de tes sujets. i>
Ajoutons ceci : Thaïes , de Milet f est né en 610
TUÉOÜONIS.
av. J.-C. ; Solon, d'Athènes^ en 030 ; Fériandrc, de Corinthe, en 626; Pïliacus, de Mitylène v , en 612; Nias, de Priène, en G08; Chilon, de Sparte, vers G00 ; Ctéobule, de Lindes, est né vers la même époque.
AmACOAitsis et Pttiîagore étaient les contemporains des sept sages. Voici l’un des préceptes attribués à ce dernier :
« N'abandonne pas tes yeux aux douceurs du sommeil avant d'avoir examiné par trois Fois les actions de ta journée. Quelle faute ai-je commise? Qu'ai je fait? A quel devoir ai-je manqué? Commence par la première de tes actions* et parcours ainsi toutes les antres* Reproche-toi ce que lu as fait de mal ; jouis de ce que tu as fait de bien. »
An temps de Pythagore (auquel nous reviendrons en traitant de la Sicile), ou peu après lui, vécurent des poètes lyriques, dont les uns chantaient la gloire, les autres la volupté ; d’autres encore mirent en vers leurs pensées philosophiques et mondes. Ces poètes furent: àlcee, Sapho, Ésope, Axacréox, Théosortis, Piiücylide et bien d’autres, Tyrtée, le chantre de la guerre, les avait devancés.
Faisons quelques emprunts aux poètes moralistes, et commençons parThêogonis, le contemporain de Solon.
Tiiéoooms enseigne, dit-il, ce qu’il a appris des sages dans sa jeunesse. 11 s’exprime ainsi :
« Cultive la sagesse : garde-toi de chercher dans le vice cl dans riaîquitc. Je gloire, la richesse et la puissance*
a Puis-je voir sans gémir les hommes ne faire usage de leur esprit que pour se railler les uns 1rs autres, et de leur intelligence que pour se dresser mutuellement des embûches, se tromper, se trahir? Puis-je^sans verser ues lak-
(illECE.
m h y°* r principes du ihem et du mal négligés,confondus ou plutôt ignorés?
« Qui sait mettre des bornes à sa fortune? Celui qui possédé le plus de richesses veut au moins les doubler* Qui pourra satisfaire tant de gens qui tous ont le même diïsir? C’est P amour des richesses qui muse ta folie des hommes et leur perversité*
« Ta fortune vient d'être renversée : va, tu n’as plus d anus ; tou frère même ne te connaîtra plus*
h Ceux qui ont des richesses manquent de lumière pour en faire usage, ceux qui voient et désirent le bien sont opprimes par La pauvreté: les uns et les atitreséprouvent une égale impuissance; ceux-ci sontarrcics par la misère ceux-là par leur imbécillité.
ü Qui pourra révérer les dieux, quand Je scélérat, couvert d’iniquités, brave la colère des humains et celle des immortels; quand, du sein des richesses, il insulte à l'homme de bien ; quand le juste est courbé sous le poids de la misère?*,* Jupiter! étends du haut des deux la main sur ma pairie* »
On voit bien que Théogonis était pauvre, et qu’il écrivait flans un temps où les riches opprimaient les travailleurs par leur cupidité,
Phocylide, dont voici des sentences, était contemporain de Théogonis; ce qui veut dire qu’ils vivaient Pua et l'autre environ 600 ans av* J.-C,
« Ne cou iracle pas de mariage furtif et scandaleux ; ne te livre pas à des amours infâmes.
« Ne trame point de ruses; ne trempe point tes mains dans le sang.
u Que tes premiers respects soient pour les dieux * les seconds pour tes parents ; accorde à chacun ce qui lui est du, *sans jamais te laisser corrompre.
y Ne rebute pas te pauvre ; que les jugemen ts soient dictes par Injustice* Si tes jugements sont iniques^ tu seras jugé par Dieu même à ton tour.
PHOCYLÏDE. 21
(t Ne retiens pas la récompense de T homme laborieux ; garde-loi d'opprimer le pauvre*
? Sers de guide à l'aveugle; ouvre ta maison à l'exile; présente ta main à celui qui tombe.
«Puissent tous les mortels n'avoir qu'un sentiment, une tort une, une vie.
« Ceins l'épée pour te défendre, et non pour frapper, et plut à Dieu que tu n'eusses jamais besoin def armer* même pour une juste cause; car tu ne peux donner la mort à 1 ennemi que tes mains ne soient souillées.
« Accorde aux étrangers tes mêmes égards qu'à tes concitoyens ,
«L'a varice est ta mtr e de tous tes crimes* C’est Tor qui conduit et qui égare les hommes. Funeste métal l que lu es un guide infidèle!...
« Ne t'enorgueillis ni de les richesses, ni de ta force, ni de la sagesse. Dieu seul est sage, seul il est riche et puissant, 1
« Tous les mortels sont égaux , et Dieu commande aux aines. Tous seront reçus dans les demeures éternelles, tous auront une commune patrie, et les mûmes lieux attendent et les pauvres et les rois.
« Mortels , nous avons peu de temps à vivre; quelques instants nous sonL accordes. Mais J'dme n'éprouvera pas fa vieillesse^ et jouira d'une éternelle vie ,
« La sagesse est inspirée par Dieu même; rien n’est superieur a Ta raison qu elle conduit. L'homme qui n'a que de la torue, ne peut su mesurer avec le sage. C’est la sagesse qui règle les travaux des laboureurs; c'est elle qur fcgit les cites, c'est elle qui dompte les mers.
« Remets dans son chemin le voyageur qui s’égare; arrache à la fureur des flots les malheureux qu'ils vonlengloutir,
« FtelÈve même L'éne de ton ennemi mortel qui est tombé sur la route...
« Ne compose pus de poisons, ne consulte pas de livre de niagie. 1
« 1 lUYATLi.E ; tu dois payer ta vie par tes travaux. Le ta- Resseux fait ira vol a la société.
22 GRÈCE-
« N'as-lu pas appris d e métier? va donc bêcher la terre. Donne-toi de la peine,
« Sans le travail, rien n'est facile h l'homme ni meme aux dieux ; le travail ajoute encore à la vertu.
«Ne t'abandonne point à des amours effrénées. Non, IV mour n’est point un dieu; il est de toutes les passions la plus!funeste. Mais chéris la compagne de Ion sort. Quelle douceur, quelle félicité, quand une sage épousées Un mée de son époux jusqu'à la dernière vieillesse, quand il lui rend toute la tendresse qu'elle lui prodigue, quand les querelles n’ont jamais divisé ce couple heureux!
« Tes enfants on t-ils reçu le dangereux avantage de la beauté ? veille sur tes fils, défends-les des attaques de la fureur licencieuse. Que des clefs te répondent de la couche de tes filles... C’est une garde difficile que celle de la jeunesse tinte à la beauté.
« Accorde à tes domestiques une nourriture saine et suffisante, Tu veux qu'Hs Le chérissent, ne leur refuse pas ce qu'ils ont droil d'attendre de toi. N'abuso pas du pouvoir que la fortune t'a donné sur eux, et n'ajoute pas de nouvelles peines à leurs maux, un nouvel avilissement à leur humiliation. N'accuse pas légèrement auprès de son maître un domestique étranger,
« Ton valet est-il prudent? ne rougis pas de prendre scs conseils, »
Nous avons reproduit un grand nombre de sentences de Phocylide, parce qu'on y remarque un esprit de justice des plus élevés. Beaucoup de philosophes en renom ont été Mon loin d’être aussi sages que le poète, et nous préciserons mieux notre remarque quand il en sera temps : il y a de l’hébreu dans la manière de Phocylide.
Démocrate dit :
* Evite les fautes, non par crainte, mais parce que tuk dois.
« Ces gens qui se plaisent à contre-dire et qui veulent
ÜÉMOCEATE, ®
tout savoir» ont un malheur, c'est qu’ils ne peuvent apprendre ce qui est vraiment utile»
« Il est des caractères heureux qui, sans avoir cultivé la raison, y conforment cependant toute leur vie»
« Ce no sont pas les belles paroles, c'est une conduite vertueuse qui rend hommage à ta vertu»
u Tout est perdu quand tes méchants servent d'exemple et les bons de risée»
« L'ignorance du bien est la cause du mal.
« Que souvent il en coule peu pour exercer Vmm \wm 1 Un faible bienfait, répandu à propos, peut quelquefois sauver l'honneur ou la vie de celui qui le reçoit.
« Mais celui que je vais obliger est peut-être un fourbe qui ne reconnaîtra mes bienfaits que parle mal qti il s apprête à me faire».» L'homme bienfaisant cherche a contenter son cœur : que lui importe d’ubLcnir de retour»
« Celui qui ne peut trouver un seul ami est-il digne de vivre? et celui qui n’aime personne peut-il donc être aime * Hommes, ne rions pas des faiblesses de rbutnapîté , elles doivent bien plutôt faire couler nos larmes.
« La vie est un passage, te monde est uuc salle de spectacle. On entre, on regarde, on sort. »
H est bien certain que tous ces poètes moralistes étaient des pauvres» Les sujets qu'ils traitent, et h manière dont ils les traitent le prouvent assez».
Donnons maintenant une table d Ésope, de cet esclave Phrygien d’un si grand esprit » qui vécut, dit-on, u lu cour de Crésus, et que Solon put voir lorsqu’il voyagea dans TAsie-Mineure.
« Un père de famille avait plusieurs enfants. Gomme il se vit, dans une extrême vieillesse, assez proche de sa au , il les manda tous. Sitôt qu'il les vit assemblés, il prit plusieurs baguettes, et les lia toutes ensemble cri laiseè&ii, puisiîïe donna àj'ainê de ses enfants, lui ordonnant de e rompre. Celui-ci se mit en devoir de le faire, mais quelque effort qu'il fil à plusieurs reprises, il u en pul jamais
venir à bout 11 le donna tout entier au second, etcelui-d ou troisième, sans que ni les uns ni les autres en etüSlnt pu rompre une seule baguette. Cela Tait, le vieillard reprit le faisceau et en sépara les baguettes; ensuite il les redonna lune après J autre à chacun de ses enfants et leur commanda d essayer une seconde [bis kk s rompre. Ils n eurent pas plus tut obéi, qu'ils les rompirent toutes du premier effort. Enfants, leur dit le père, quand j'aurai pm congé de ce monde, il en sera ainsi de vous. Tant que vous demeurerez tous dans l'union, vous serez si forts nue rien ne pourra vous ébranler ; mais dès que vous serez désunis, vous vous affaiblirez de telle sorte, que le moindre choc suffira pour vous abattre. »
Voilà comment le vieillard conseillait àses enfants d éviter les procès , les querelles, les discordes ce leur faisait sentir lesavantages de l'union.U exemple était des mieux choisis.
Nous avons prononcé le nom d* Anacréon. Ce poète naquit k Téos, en 533 av. J.-C>, et vécut à la cour de Polycrate, tyran de Samos. Nous ne voulons donner qu’un court fragment du chantre des plaisirs, car sa poésie, bien que supérieure en sou genre, convient peu h notre sujet.
^ Couché sur de tendres feuilles de myrte et de lotos, je veux boire longuement L'Amour, attachant sa tu nique sur son épaule avec un lien de papyrus, me verse un vin pur. Ainsi que la roue d'un char, là vie tourne sur elle-même et fuil. Une fois couchés dans la tombe, un peu de pous^ sière est lotit ce qui restera de nos ossements dissous. Toi, a quoi bon parfumer une pierre, à quoi bon répandre sur la terre de vaines libations? Parfinne-moi plutôt durant que je vis encore; charge mon front de roses, et appelle près de terni mon atûic. Avant de desceudresous terre eide m y joindre aux danses des morts, je veux. Amour, mettre en fuite les Soucis. »
Après avoir donné une pièce d’Anacréon, pouvons-nous ne pas en faire autant pour sa devancière.
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