‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernesChapitre 42 sur 45 · SOLO · texte numérisé non relu

SOLO

avec leschefs des partis; il leur paria du bien public. Pisïsthate , homme aimable, insinuant, doux et modéré envers ses ennemis même, obligeant envers tout le monde, mais pétri de génie et d’ambition, paraissait surtout entrer dans les vues de Solon; Pîsistrate semblait n'aimer que la justice et l'égalité, el le peuple avait en lui une entière confiance. Malheureusement le peuple était trompé; c'était F ambition qui se présentait à lut sous les traits de ^abnégation et du dévouement.

Pisîstraie était fertile en ruses. On dit qu’il se couvrit de blessures, plus apparentes que réelles, qu'il se fit apporter dans un charriot sur la place publique, et que là, au milieu de la multitude, il accusa les partis contraires de Favoirmis en cet état afin de le punir de son amour pour le peuple. Le peuple se courrouça ; il fallut , pour l'apaiser, en délibérer dans une assemblée, et accorder à son ami cinquante gardes chargés de le suivre partout et de le protéger.

Solon avait combattu cette mesure, mais en vain.

Les désordres s’accrurent; Pisistrate s’empara de la citadelle, et fit sentir sa puissance à Athènes.

Solon se rendit sur la place publique, tenta encore un effort en appelant aux armes les citoyens. Ils furent sourds à sa voix. Les riches firent preuve de lâcheté, et les pauvres, dégoûtés de tant d’agi tâtions stériles, préférèrent un seul tyran à l'oppression de toute une classe. Voilà comment l'égoïsme des grands et la misère des petits ouvrent , le trûnc au despotisme.

GRECS

Cependant Pi si si rate n*abusa pas de l'autorité. « il lit lui-même, dit Plutarque, quelques lois, et « entre autres, celle qui ordommit que les citoyens qui auraient été estropiés a la guerre, seraient « nourris aux dépens du public. » D'autres auteurs prétendent que Solon a donné ridée de cette loi en faveur des invalides, et que Pisistrate n T a fait que l'appliquer et Té tendre sur une plus grande échelle. Soit: Que chacun reçoive alors la part de gloire qui lui eu revient,

Solon, découragé, s’était retiré dans la solitude. Pisistrate tit tout afin qu’il lui pardonnât son usurpation ; et comme le tyran maintenait les lois du législateur, et qu’il gouvernail avec sagesse, le législateur approuva plusieurs de scs actes.

Cependant Athènes avait, perdu sa liberté ; après un bon chef, un chef pervers pouvait régner sur le pays, cela inquiétait Solon, le poète-législateur, et lui inspira des paroles de tristesse, qu’il laissa échapper de sa retraite : nous les reproduisons, et nous bornerons là ia biographie du sage Solon,

« Athènes, dit-il, la ville de Minerve, ne périra jamais par l'ordre du destin; mais scs propres citoyens la renverse ro ut.

« Peuples et chefs insensés, qui ne pouvez ni rassasier vos désirs ni jouir en paiv de vus richesses , vos injustices vous attirent vos malheurs L*. Sans respect pour les droits sacrés de la propriété, sans respect pour les trésors publics, însmieiauLs des saintes lois de la justice, chacun devons se hâte de s'emparer des biens de l'Etat.

« Et cependant la justice, en silence, compte les événements passés, observe le présent, et arrive à l'heure marquée pour frapper le criminel, u Telle est la première cause des malheurs de l'Etat ,*

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voilà ce qui fait tomber dans l'esclavage, ce qui excite le fin» des séditions et allume la guerre gui dévore la jeunesse. Hélas I la chère pairie est alors écrasée sous ses ennemis : des batailles, sources de pleurs, s'engagent et sont perdues; le peuple indigent est vendu dans la terre étrangère , et gémit sous le poids des fers, tt La calamité publique envahit toutes les maisons parliculières; ni les beaux portiques, ni les portes d'airain n sau ra ie n t Te mpèch er : elle mon te sur les to i is 1 es pl ns élevés et y découvre ceux qui s'y réfugient comme s’ils étaient couchés dans leur lit. Que les Athéniens apprennent ainsi que l’injustice est toujours la ruine des empires, Avec Injustice, au contraire, règne la modération : elle tempère la dureté, elle abaisse (ambition , elle repousse 1 injure et l’outrage ; elle détruit les semences naissantes de la discorde, elle rectifie les jugements, elle calme les cœurs aigris, elle met un frein à la sédition ; sous son gouvernement heureux ta sagesse et l'intégrité règlent toutes les actions des hommes,

« Athéniens , n'attribuez pas aux dieux les maux qui vous accablent; c’est l’œuvre de votre corruption,

(( Le vent soulève d’immenses orages sur les mers, et souvent par les grands hommespérissent les grands Etals; souvent les peuples imprudents se trouvent tout à coup dominés par des usurpateurs. J'avais donné par mes lois une égale puissance â tous les citoyens; je n'avais rien nié,rien ajouté à personne ; j'avaisordonnéaux plus riches rt aux plus puissants de ne rien faire contre les faibles; j’avais protégé les grands et les petits d*un double bouclier dont la force était égale de chaque céjé , sans donner plus aux uns qu’aux autres ; mes conseils furent méprisés, on en porte la peine aujourd'hui, p

Puisque nous sommes à citer des paroles de Solon, reproduisons encore celles-ci \ elles datent sans doute d'une époque un peu plus éloignée, mais elles peignent l'élévation de ses sentiments, et cela

( nous suffit :

« Un peu d’or satisferait mes désirs, mais je ne voudrais pas qu’il fut le prix de l'injustice; tôt ou tard elle est ^ punie : les richesses qui viennent des dieux sont solides.

OHECS,

celles que les hommes se procurent à Taide de moyens criminels sont incertaines. Enlevées par la violence, elles ne s'attachent point à la main qui les reçoit ; elles s'allient bientôt à la calamité.Les trésors amassés par

l'iniquité ne sont pas durables; le dominateur eternel se

hâte de les détruire.Le crime le plus caché ne peut

échapper à son regard pénétrant : iï sait le découvrir au fond du cœur. Tantôt il le punit à l'instant, tantôt il en diffère la vengeance. Si quelque méchant nous semble d'abord échapper à sa destinée, elle n’en est pas moins certaine ; elle arrive toujours. La punition méritée parles pères retombe même sur les enfants et leur postérité...,.

«L'ambition des richesses ne connaît pas de limites; les plus opulents veulent le devenir davantage. Qui pourrait satisfaire cette insatiable avidité. »

On reconnaît le cœur populaire de Solon dans ses poésies comme dans ses lois, et ce n'est pas à tort que nous l’avons revendiqué comme enfant du peuple.

Solon s’occupait dans sa retraite de poésie el d’histoire, mais les malheurs de sa patrie lui serrèrent le cœur, et il mourut peu de temps après qu'elle eut été asservie, laissant dans Thistoire une page qui 11 e s’effacera jamais.

On place la naissance de Solon en Tannée 639 avant Jésus-Christ; il donne scs lois en Tannée 594. cl meurt en 559, à Tàge de 80 ans. Solon est la contrepartie de Lycurgue; Solon est le législateur que nous aimons et que nous bénissons. Nous dirons plus loin comment le peuple d’Athènes devint bientôt apte,non seulement à être électeur, juré et juge, mais encore & occuper toutes les charges de l'État.

Piflitnte, if Ippurqiic et Hlpptafl, #e* AIm.

Pisistratc s'était attribué une grande part d auto-

PISISTRATE ; I1IPPAIUJEE ET HIPPU.S SES FIES. 2

rite; cependant il n'était qu’un chef de république, visant, il est vrai, à la monarchie (557 av, L-C,). Deux lois il fut chassé, deux fois il reprit les rênes de PÉtaL

Trente-trois ans après sa première usurpation, il mourut (52V av, Ce règne coupé en trois

fragments, n'avait été en tout que de dix ans. On dit que Pisistrate donna souvent des preuves de vigueur, de génie et de bienveillance, et qu’Àthènes lui dut de la puissance et de Téclat,

Les deux fils de Pisistrate, Hipparque et Hippias, succédèrent à leur père, et continuèrent l’œuvre qu'il avait commencée, Ils étaient, dit-on, naturellement portés au bien, mais la passion des jouissances était en eux. et ils firent de graves écarts, lis irritèrent contre eux deux hommes courageux, Harmodius et Àristogîton, et Hipparque périt sous leurs coups (516 av. J.-C,). Hippias vengea la mort de son frère, et appesantit son joug sur les Athéniens ; mais le peuple entier murmura, et bientôt il renversa avec indignation ce nouveau tyran (510 av, J.-C'.)*

Les pisistratides n’avaient point, dit-on, porté atteinte aux Sois de Solon ; ils ne s'étaient poïnL parés du titre de roi. Nous le croyons ; mais i! n en est pas moins vrai que des tendances monarchiques s'étalent manifestées dans cette famille ; quelle approcha de la royauté autant qu’elle le put, et que le peuple fit bien de l’arrêter dans ses envahissements.

Hippias renversé du pouvoir se sauva en Perse,

en rcs.

et mendia l'assistance du grand roi et l'appui de ses armes.

Les Athéniens, en haine des pisistratides et par devoir patriotique, rendirent de grands honneurs h îa mémoire d’Àrmodius et d’Àristogiton; leur dressèrent des statues dans les places publiques, elles célébrèrent par des chants comme les plus purs amis de la liberté. L'enthousiasme républicain s'exalta de plus en plus • le génie de TAltique se développa, de grands courages devaient bientôt se manifester*

En ce temps î'Eubée envoie ses colonies, Syracuse et d'autres villes de Sicile et d'Italie ont été fondées par des Corinthiens et d'autres Grecs, On parle de Rome et de Carthage, Les côtes de l'Asie, de la Thrace, de la Macédoine, les lies de la Méditerranée sont peuplées de Grecs.

Les Spartiates, depuis leur conquête de la Messénie, n'ont point cessé de faire preuve de vertus guerrières. Les Corinthiens, après avoir subi des tyrans, recouvrent leur liberté; des fêtes nationales sont instituées de toutes parts; Olympie, Sparte, Delphes, Corinthe ont leurs jeuxoIympiques,carnéèns, pylhîques , isthmiques. Les jeux olympiques, qui servent de date à la chronologie grecque, se célèbrent tous les quatre ans, ceux des autres villesàdes intervalles plus ou moins rapprochés. Là on s'exerce à la lutte, aux courses à pied, à cheval, en char; de toutes les villes de la Grèce, de tous les pays colonisés par les Grecs, les peuples y accourent; làlcshommes se voient, apprennent à se connaître et à fraterniser ensemble.

LA GRECE URRI-.

Apres Homère et Hésiode» les poètes Anacréon* Ésope,Saphos, Théogonis, Aleée, Thespis, Tyctée* Pindare ont paru; leurs chants exaltent la vive imagination des Grecs : — on connaît Thaïes de Milet, Pythagore de Samos, Bias de Priène, Cléobule de Lindes, jpyUacus de Mythilène, Ànaeharsis de la Scythîe, Chilon de Sparte, Solon d’Athènes : et tous ces sages nés en des Üeux si divers, créent des écoles de philosophie, sondent les secrets de h nature, font progresser la science, les connaissances humaines; ils se réunissent en des concours, en des banquets, et discutent sur les plus hautes questions de lu morale, de la philosophie, de la politique ; ils répandent de toutes parts les lumières^ consolident l’esprit de solidarité entre les Grecs; et bien que la Grèce soit divisée en une foule d’États, trop souvent en guerre les uns contre les autres, tes Grecs forment un grand peuple*

Sparte possède Léonîdas, Eurybi ade T Eéoi y ch ide; Athènes possède Miltïade, Aristide, Thémistocle, et bientôt on connaîtra la valeur de ces braves.

Hippias intrigue u la cour du roi de Perse, il excite à la haine, à la guerre contre sa patrie.

Notre tâche n’est pas de décrire des guerres; cependant nous serons forcés do nous arrêter un moment sur cette éclatante lutte de l'Asie contre l’Europe, du despotisme contre la liberté.

Mais nous avons passé sous silence des peuples importants : continuer de ne point nous en occuper, ce serait manquer au titre de ce livre. Quittons donc TAttique et le Pélôponèse, faisons une

G R t CS*

excursion en Chine, ensuite aux Indes : leur civilisation est autre que la nôtre, autant dire en dehors de la nôtre; cependant Confucius, Manou, leurs systèmes, leurs lois, doivent être connus de nos lecteurs. De Tlnde nous passerons chez les Perses; nous les suivrons dans leur marche, et nous retournerons en Grèce à la suite de Xercès : alors nous aurons de nouvelles études à faire, bien profita hlec nmiq rfiSUfirOUS.

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