DE TOUS LES JUGEMENTS DES MAGISTRATS
Ainsi le peuple, exclu des conseils et des magistratures, eut le droit de voter dans les assembléesde la nation ; il jouit de ce que nous appelons le suffrage universel, et il eu jouit amplement, vu quû toutes les fonctions étaient électives. Le peuple cul aussi le droit de juger; il fut l'arbitre de tous ta différends; toutes les affaires lui étaient soumises, il cassait, il réformait les arrêts des magistrats : îl fut juré et juge, il prononça sur la culpabilité et appliqua le degré plus ou moins élevé de la punition* li disposait des biens des individus, il disposait deleurvie, et ce n'était pas là peu de chose pour un peuple éclairé. Les jurés et les juges d'Athènes étaient i payés ; ils recevaient une indemnité pour le temps qu'ils passaient aux séances des tribunaux; et cela a donné matière aux plus atroces calomnies. Nous
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dirons ailleurs toute notre pensée à cet égard*
D’après ce que nous venons de dire, on voit que le législateur n'avait pas abandonné la multitude, et il ne devait pas en rester là* Plutarque dit :
« Il permit à tout Athénien de prendre la dé- « fense d'un citoyen insulté. Si quelqu'un avait été » battu, blessé, outragé, le plus simple particulier lavait le droit d’appeler et de poursuivre l’agresflseur en justice, te législateur avait voulu aecou- « tumer tes citoyens à se regarder comme membres « d’un même corps, à ressentir, à partager tes maux
* les uns des autres* »
Suivant Solon, la ville la mieux policée était celle « ou tous les citoyens sentent l’injure qui a été fai le «à l'un d'eux, et en poursuivent la réparation ^ aussi vivement que celui qui Ta reçue* » (Plutarque*)
Ces principes de justice sont excellents; et du moment que le peuple était juge , le pauvre devait trouver des tribunaux accessibles, et protecteurs contre la riche et le puissant,
Solon, dans ses lois, note d’infamie tous les citoyens qui, dans une sédition, ne se déclarent pas d'abord pour un parti. Il ne veut pas que les indifférents et les lâches puissent s'avantager ou s'enorgueillir d'une modération qui part d’un mauvais fond*
Voici pour les successions, Plutarque dit :
« Tous les biens d'un mourant retournaient k sa 11 famille* Solon, qui préférait l’amitié à la parenté,
* ki liberté du choix à la contrainte, et qui voulait
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if que chacun fût véritablement maître de ce qui ^ avait, permit à ceux qui étaient sans enfants de , « disposer de leurs biens comme ils voudraient, j « Mais il n’approuva pas indistinctement toute es*
« pèce de donation ; il n’autorïsa que celles qu'on if aurait faites sans avoir l’esprit aliéné ou affaibli « par les maladies, par des breuvages et des « enchantements * sans avoir éprouvé des viok lences ou avoir été séduit par les caresses d’une * femme, etc* »
Solon défendit de se meurtrir le visage en signe de deuil, de faire des lamentations simulées en suivant un convoi funèbre, surtout lorsqu’on n’était pas le parent de la personne décédée* II s’opposai ce qu’on versât le sang des bêtes sur les tombeam, et a ce qu’on enterrât avec le mort des objets k prix qui lui étaienttrès inutiles, et pouvaient servir aux vivants.
La population d’Athènes augmentait chaque jour, Les étrangers y accouraient en foule, attirés par b liberté, Solon encourage les arts, rïndustrie,le I travail; il dispense un fils de nourrir son père daos sa vieillesse, et quelle que soit sa misère, si ce per* I 11e lui a pas fait apprendre un métier*
Il poussa plus loin :
* Il chargea l’aréopage de s’assurer des ineyeti*
« que chacun avait pour vivre, et de punir cm « qui vivaient dans F oisive té* » (Plutarque.)
Il va sans dire que celui qui prouvait qu’il \m vait vivre de ses économies, de son revenu, norf pas Lourmenté, mais malheur au chevalier d’indu
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nié; malheur a l’usurier, à l'homme a bonne-fortune, li T escroc,..
Les étrangers qui venaient s’établir h Athènes avec toute leur famille pour y exercer un métier, recevaient le droit de bourgeoisie.
Jusqu'à Solon un Athénien avait pu vendre sa fille ou sa sœur; défense lui en Tut faite dorénavant, à moins qu'il ne les eût surprises en faute avant I d'être mariées. Ainsi fut limitée l'autorité du père.
Le territoire d’Athènes manquait de fertilité; Solon défend F exportation des aliments de première nécessité, afin que le riche ne puisse point atïamcr le pauvre.
Solon fait des lois sur le mariage, sur les enfants, sur les successions, sur les femmes, contre les adultères et les ravisseurs ; taxe les injures, ordonne le respect pour les morts; il s’occupe de la culture des champs, des plantations, du calendrier, des fêtes, etc., etc. Pour terminer, qu'il nous suffise de dire que les lois et ordonnances de Solon sont des plus populaires et des plus humaines, et qu'elles servirent de règle à beaucoup de peuples; aux Romains entre autres.
Plutarque dit dans la vie de Lycurgue :
« On raconte qu'un Spartiate, se trouvant à Athènes un jour qu’on y rendait la justice, et ayant su qu'on venait de condamner , pour cause d'oisivkté, un citoyen qui s’en retournait fort triste, accompagné de ses amis qui partageaient sa peine, il pria ses voisins de lui montrer ce citoyen qui ve- Qîut d’être puni pour avoir vécu en homme libre ;
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tant ils {les Spartiates) regardaient comme une occupation basse et servile d’exercer les arts mécaniques, et de travailler pour amasser des richesses ( 4 ), »
Voilà la différence de système des deux pricipales républiques de la Grèce. À Sparte, le travail était méprisé; à Athènes il était honoré, et l'artisan jouissait du titre de citoyen. Point d'il ilotes, point de duretés pour râgranger, point de race esclave dans le pays qu'administrèrent jadis Cécrops et Thésée, el auquel vint plus tard donner des lois le sage Solon. Lycurgue était fils de roi, ou ne peut le contester; mais Solon, que Plutarque fait d abord descendre de Codrus, qu’il fait naître ensuite « d'une famille plébéienne, el dans une condition « médiocre , ne pouvait être, quoiqu'on aient dil ses biographes, qu'un enfant du peuple. Sa vie entière le prouve, et nous le revendiquons comme l'un dos nôtres.
Dans un pays où Ton a mis tant d'enfants sur le compte des dieux, on devait bien en mettre quelques-uns sur le compte des rots, bien que leur origine fût toute plébéienne*
Lycurgue voulait que ses lois fussent éternelles; Solon ne demanda pour les siennes que la durée d’un siècle, sachant bien qu'il n’y a d’impérissable que Dieu. Lycurgue partit de Sparte après avoir fait jurer à ses concitoyens d’observer scs lois jus-
(1) Il ne s'agit pas d’amasser des ri classe s, mais de se procurer Ja nourri turc par le travail, et de vivre ainsi qu'un homme doit le faire.
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qu'à son retour, et il savait bien qu'il ne rctournerait plus ; Solon , après avoir reçu des archontes, des sénats, du peuple, le serment d'obéissance à ses lois; après les avoir fait afficher sur des rouleaux de bois tournant sur eux-mêmes, exposés à tous les yeux, et sur lesquels chacun pouvait les lire et les méditer ; voyant enfin que des objections nombreuses, contradictoires, absurdes souvent lui arrivaient de toutes parts ; que l’un demandait un changement en un sens t un autre en un sens opposé , conçut îe projet de s'éloigner d'Athènes, pensant que le temps seul pouvait consolider son œuvre. Il demanda un conge de dix ans à ses concitoyens; il l'obtint; et après leur avoir fait jurer de ne rien changer à ses lois pendant ce îftrme laps de temps, il s'éloigna de sa patrie.
II parcourut plusieurs pays, entre autres l'Egypte «t 1 île de Crète ; il eut de profonds entretiens avec 1rs prêtres et les savants. Etant arrivé dans la Lydie, il se rendît auprès de Cresus, roi de Sardes, qui 1 avait fait demander. Ce roi si célèbre par son Hixo et ses richesses immenses, étala à dessein, sous les yeux du Grec, toute sa magnificence, et lui dit ensuite : Avez-vous connu quelqu'un plus heureux que moi ?
fr Oui, répondit Solon ; c'était un simple citoyen
* rï Athènes, nommé Tellus, qui , ayant vécu en
* homme de bien, laissa des enfants généralement estimes ; et après avoir été toute sa vie au-dessus du besoin, mourut avec gloire en combattant
Ir pour la patrie, » (Plutarque.)
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Crésus trouva ce raisonnement absurde et grossier; et il le méprisa : il ne méprisa pas moins plusieurs bons avis que le législateur eut le courage de lui faire entendre- « Rien de plus commun, di- « sait Solon, que le malheur dans l'opulence elle tf bonheur dans la médiocrité. » Crésus ne comprenait rien à cela; mais plus tard* après la chute de sa capitale, il se rappela Solon, le sage Solon ! et ce souvenir lui porta bonheur.
Pendant que Solon voyageait, les Athéniens sV gîtèrent de nouveau; le législateur en fut instruit; il prit le chemin de sa patrie, il put revoir Athènes après une longue absence ; le désordre était à sûe comble. Plutarque dit :
« Les habitants de la plaine avaient Lycurgue i leur tète (c'était un riche d'Athènes) ; MégaclésJÈs d'Alcméon, était chef de ceux de la côte , et Pisifr traie de ceux de la montagne . A ces derniers s’éta: jointe la tourbe des mereénaîres, ennemis déclaré des riches. »
Nous le répétons, la plaine était pour Poligarcfc la côte pour un état mixte ou bourgeois, et laflio* tagne pour la démocratie; ou en d'autres ternies,!* plaine était pour les nobles, la côte pour les commerçants, et la montagne pour le règne du peuple lui-même.
Solon fut bien reçu. Scs lois étaient encore à servées ; mais chaque parti croyait pouvoir trouva son avantage dans un changement. Solon vieux; il ne lui était plus possible de parler en pgttô cl d'agir vigoureusement. Cependant il s’abotM*