‹ Histoire des AbenakisChapitre 17 sur 69 · MO ^HISTOIRE · texte numérisé non relu

MO ^HISTOIRE

Jésus ne ferait que diminuer la pesanteur de leurs charges” (1).

Si quelqu’un laissait échapper contre lui quelques . paroles blessantes, il en était aussitôt sévèrement réprimandé. En voici un exemple assez remarquable. Se trouvant un jour dans une bourgade vçisine d’une ‘habitation anglaise, un domestique assista à l’une de ses instructions. Cet homme, soit par malice, soit parcequ’il n’avait pas compris, dit à son maître que le missionnaire aveit parlé contre les Anglais. Les sauvages apprirent que cet Anglais en était fâché, allèrent le trouver, et lui firent la harangue suivante.

* Nous entendons mieux notre langue que ton seru viteur. Nous étions près de ? notre père quand i^ u parlait ; nous l’écoutions attentivement et toutes ses “ paroles sont venues droit à nos oreilles. Sois assuré qu’il n’a jamais dit du mal des Anglais. Il nous u enseigne que Dieu haït, condamne et punit le men- “ songe, et qu’il faut l’éviter puisque nous voulons a suivre sa loi et lui obéir. Conserve ces paroles dans ton cœur : ces gens là ne mentent pas.

“ Au reste il est bon que tu saches qu’il est mainu tenant de notre nation, que nous l’avons adopté “ pour notre compatriote, que nous le considérons et 46 l’aimons comme le plus sage de nos Chefs, que “ nous le respectons comme l’amt^ssadeur de Jésus, u auquel nous voulons nous donner entièrement. Par “ conséquent, quiconque l’attaque attaque tous les “ Abénakis (2).

(1) Relations des Jésuites. 1652. 29,

(2) Relations 4 es Jésuites. 165?, 29. 3.0.

DES ABENAKïS; I4i?

Convaincu qu’il avait été trompé, l’Anglais pria le missionnaire d’oublier le passé, et lui assura qu’il ne croyait rien de ce qui lui avait été rapporté.

Les saurages dirent dans cette harangue “ qu’ils “ avaient adopté le missionnaire comme leur compatriote ” ; en effets les Nurhantsuaks, qui formaient une tribu considerable située dans le haut de la ri— vière Kénébec, voulant lui donner une preuve d’affection et de confiance, l’incorporèrent à leur nation dans un grand Conseil. Le grand Chef, nommé Umamanradok (1) dit dans sa harangue “ que le Père était non seulement leur maître en la foi, mais qu’il était de plus la meilleure tête du pays, pour traiter u d’affaires, qu’il le regardait comme un vieillard * rempli de sagesse, et que, quoiqu’il regardât pour- “ tant le scdeil depuis longtemps, il ne se considérait d que comme un enfant auprès de lui ” (2).

4°. Le missionnaire admira le courage de ces sauvages à mettre en pratique ce qu’il leur avait enseigné, et à éviter ce qu’il leur avait défendu. Nous donnerons une idée de ce courage admirable par les discours de ces bons néophytes.

Tu nous as commande,” disaient-ils au missionnaire, “ de combattre les démons qui nous attaquent. u Nous l’avons fait, et nous le ferons encore. Ces dé„~ < mons sont en grand nombre ; mais leurs forces diminuent de jour en jour, et nc©re courage augmente.

“ Le démon qui excitait et fomentait les querel-

(1) De ‘‘Umamoratak,” il y a là des loups. (H Relation des Jésuites. 1652.

u les P:lrrn* 130118 est chassé pour toujours. Tu n’en- “ tends plus de bruit dans nos wiguams. Les fem- “ mes ne se querellent plus entr’elles. La mort sou- “ daine de l’un de nos Chefs, à lasuite d’un différend “ avec Ie CJlef de ceux qui résident à l’embouchure “ de cette rivière, nous avait fait croire qu’il avait été tué secrètement par le moyen de sortilèges. Les anciennes inimitiés que nous avons eues avec cette “ nation se réveillaient dans nos cœurs, et nous étions “ sur le point de lui déclarer la guerre ; mais tes paro- “ les ont chassé le démon qui nous portait à cette £" vengeance. Tu es notre Père, sois aussi notre arbitre. Parle dans nos Conseils, et tu seras écouté. Nous remettrons toujours nos différends entre tes “ mains. Nous voyons bien que tu nous aimes, puis- ‘‘ que tu souffres et pries jour et nuit pour nous.

Quant au démon de l’ivrognerie, que tu avais “ chassé de nos wiguams en ton premier voyage, les “ Anglais l’ont ramené aussitôt que tu nous as quitté. Mais il faut maintenant l’exterminer pour toujours, car il nous ote la vie, nous cause des meurtres, nous “ fait perdre l’esprit, nous rendant semblables à des “ enragés. Nous irons trouver le commis des An- “ glais et nous lui dirons : toi, commis de Plymouth “ et de Boston, peins nos paroles sur le papier, et en- “ vc,ie les à ceux de qui tu dépends ; dis leur que “ tous les sauvages de la rivière Kénébec haïssent “ l’eau-de-feu et que s’ils en font encore apporter pour f‘ leur vendre, ils croiront qu’ils veulent les exterminer. Peins ces paroles, et notre Père nous servira

DES ABENAKIS.

M d’ambassadeur, et ira lui-même les porter à tes “ Chefs.

“ Le démon qui nous portait à croire aux supersti- * tiens des jongleurs a complètement perdu son créfi dit parmi nous. Nous comprenons la vanité et Pimpuissance des jongleurs et de leurs sortilèges. De- “ PU1S <îlîe tu nous as instruits sur ce point, nous avons “ souvent vu des personnes, que nous pensions ensor- “ celés, revenir à la santé, après avoir prié celui qui “ est maître de tous les démons. Maintenant tous les jongleurs avouent leur faiblesse, et reconnaissent “ le pouvoir de Jésus” (1).

Les jongleurs cédèrent, en effet, devant le missionnaire, et reconnurent que son autorité venait de Dieu, Quelques uns l’invitèrent dans leurs wiguams, et le reçurent avec bienveillance. Le plus célèbre d’en- 1 1 eux Aranbino (2). qui, trois ans auparavant avait levé sur lui la hache pour l’assommer, revint comme les autres à de meilleurs sentiments, et fit même profession ensuite d’être son intime ami (3).

“ Quant au démon qui nous a fait aimer la polygamie,” ajoutaient les sauvages, “ il est fort décrié “ parmi nous, car nous voyons bien les inconvénients “ et les désordres qui proviennent de la pluralité des femmes. Celui qui prétend être nommé Chef parmi nous ne le sera jamais, s’il ne quitte l’une de ses femmes. Et quand même quelqu’un d’entre nous

|(I) delations des Jésuites, 1652. 30. 31.

(2) Ue“AraK8muo,”ila8tdef0r; ceci s’entend aussi de cel»; omit le caractère est indomptable.

ç 3) Relation des Jésuites, 1652, 31.

“ ne voudrait pas avoir de l’esprit, ceci n’empêcherait “ pas que les autres ne se fissent chrétiens. Prends u donc courage et demeure avec nous, puisque nous u voulons t’obéir. Tu es notre compatriote ; nous “ sommes maintenant tous d’une même nation. Tu “ es notre maître, nous sommes tes dissiples. Tu es {‘•notre Père, nous sommes tes enfants. Ne nous abanu donne pas à la furie des démons. Ne crois pas a qu’ils soient bien élognés de nous. Ils viendront 14 nous égorger dès que tu seras parti. Délivre-toi, et “ nous aussi, de la peine et des dangers de tant de

longs voyages pour aller te chercher en Canada. “ Nous sommes témoins que les principaux Anglais “ de ces contrées te respectent. Les Pères de l’Acadie “ nous ont dit qu’ils t’avaient écrit, et que tu pouvais “ revenir en notre pays quand tu voudrais. Que de- “ viendront ceux qui mourront sans baptême et sans a confession en ton absence” (1).

Ces discours touchaient le missionnaire, l’attendrissaient jusqu’aux larmes, et l’attachaient tellement à ces bons néophytes qu’il n’eût jamais songé à laisser leur pays, n’eût été la voix de Dieu qui l’appelait à Québec.

5°. Enfin, il admira le désintéressement de ces sauvages dans leur empressement à embrasser le christianisme. Les sauvages du Canada pouvaient attendre des secours temporels des P. P. Jésuites et des Français, tandis que les Abénakis ne pouvaient espéreT de leur missionnaire que leur instruction religieuse, parcequ’ils le voyaient vivre dans la pauvreté comme'

(1) Relations des Jésuites. 165 4. 3i.

DES ABENAKïSe

eux,'" noyant pour demeure qtfé leurs wiguams, et pour lit que la terre nue. Ils n’attendaient aucune faveur des Anglais par l’influence du missionnaire. Ils n’etaient donc pas engagés à embrasser le christia» nisme par Pespoir de récompenses temporelles. La grace seule agissait sur leurs cœurs, et les portait à recevoir avec ardeur les enseignements qui leur étaient donnes. Dieu seul mettait dans leurs cœurs cette affection qu’ils avaient pour son ministre ; c’était un moyen qu’il employait, dans sa miséricorde envers ce pauvre peuple, pour l’appeler à lui.

Au mois de Janvier, le missionnaire accompagna ses sauvages à la grande chasse, comme il Pavait fait en 1647, et au retour de cette excursion, il songea à partir pour le Canada,

Il lui fut pénible de laisser ses chers néophytes, qu’il aimait plus que lui-même. Ce fut donc avec regret qu’il quitta sa mission de l’Assomption, pour se mettre en route vers Québec, où il arriva dans le mois de Juin 1651 (1).

(1) Relations des Jésuites. 1652, 22.

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